Vous êtes ici:

Un texte de sainte Marie-Eugénie pour la fête de l’Annonciation

Ses écrits

Répondre par une grande générosité au don que notre Seigneur nous fait de lui-même dans l’incarnation et dans la passion

Mes chères filles,
En continuant la méditation des souffrances de notre Seigneur et des immenses douleurs qu’il a endurées pour nous, après le sentiment de tendre compassion qui doit nous attacher à ses plaies et nous faire sentir chacune de ses souffrances, je viens tout de suite à ce que nous pouvons lui rendre, c’est-à-dire à la générosité. Il faut que nous voyions là la générosité de Dieu envers nous et que nous tâchions de nous donner, – je ne dis pas comme Dieu s’est donné, parce que nous n’atteindrons jamais au degré de son amour, – mais en imitant cet amour.

Le mystère d’aujourd’hui, dont on ne peut entièrement détourner sa pensée, est le mystère de la grande générosité de Dieu pour l’homme. C’est Dieu se donnant tout entier, s’incarnant, descendant dans le sein d’une humble vierge, petite, cachée au fond des montagnes de la Judée, qui n’est connue de personne, qui vit dans la plus grande pauvreté. C’est, il est vrai, la plus sainte âme qu’il y ait sur la terre, c’est la reine des anges et des saints pour le temps et pour l’éternité. C’est aussi une faible créature qui ne peut ni se défendre, ni défendre son Dieu. Notre Seigneur descend là dans la faiblesse, dans l’infirmité, dans la pauvreté, dans un état où il veut dépendre de sa créature, où il veut se donner tout entier pendant toute sa vie, et tant que le monde durera, puisque l’Eucharistie n’est que la continuation de l’Incarnation.

L’acte de l’Incarnation peut donc être considéré comme l’acte de la générosité. Mais puisque nous nous appliquons plus particulièrement à la Passion de notre Seigneur, revenons à la générosité qu’il nous montre dans ses douleurs et ses souffrances. Quel est le coeur qui, s’appliquant à comprendre que c’est pour lui que Jésus-Christ a souffert, ne voudrait pas lui rendre toute la générosité dont il est capable ? Pour cela, mes soeurs, qu’y a-t-il à faire ? Il y a à se donner. À vrai dire, toute la question de la vie religieuse est là : se donner, se redonner sans cesse.

Par l’entrée en religion, on se donne. Par la prise d’habit, on se donne. Par la profession, on se donne. Ce n’est pas tout : il faut encore se donner à toutes les heures, à tous les instants du jour. On a des efforts à faire du matin au soir, si l’on veut se sanctifier. Eh bien, il faut être généreuse dans ces efforts vis-à-vis des tentations, vis-à-vis des faiblesses, vis-à-vis de nos propres dispositions. Il faut toujours se donner et aller en avant, en se donnant sans cesse. Je vais spécifier.

Tout d’abord, il faut être généreuse dans la prière.

Vous savez que sainte Thérèse dit qu’on ne peut avancer dans l’oraison que si on se propose d’y aider Jésus-Christ à porter sa croix. Les personnes qui se proposent d’y trouver des joies, des lumières, des consolations, n’avanceront jamais. Il faut se proposer d’y tenir compagnie à notre Seigneur Jésus-Christ dans sa Passion, l’accompagner au jardin des Oliviers, l’aider à porter sa croix et la porter à sa suite. Qui entre dans la voie de l’oraison sans se proposer d’y porter sa croix, n’a pas la vraie disposition que l’âme doit avoir pour avancer dans l’oraison. Vous comprenez donc, mes soeurs, que l’oraison est une voie de générosité. Quand Dieu demande quelque chose, il faut le donner ; il faut que la vie soit un oui perpétuel à Dieu.

Saint François de Sales conseillait à ses religieuses, et je vous l’ai aussi recommandé, de prévoir le matin, en s’habillant, les diverses dispositions que la divine Providence pouvait faire d’elles dans la journée et de dire : « Oui, mon Dieu » devant chaque disposition de la divine Providence. Eh bien, mes soeurs, l’oraison, c’est cela. Dieu demande, et l’âme donne. Quand Dieu se retire et qu’il ne parle pas, alors nous avons la loi, nous avons l’Évangile, nous avons nos règles. Nous savons très bien ce que Dieu demande quand il ne parle pas : il demande la persévérance dans la prière. C’est ce que notre Seigneur nous enseigne dans l’Évangile. Il nous dit de frapper, de toujours frapper, d’importuner, de demander. Les exemples qu’il donne sont très concluants. Il prend un homme qui n’a pas de pain et qui va en demander à son ami. Il nous représente celui-ci ne voulant pas entendre, ennuyé de ce qu’on fait du bruit à sa porte, et qui ne bouge pas pour ne rien donner, tandis que l’autre frappe avec instance, demande, supplie (Lc 11,5-8).

Voyez comme cela répond à l’état d’âme où Dieu n’ouvre pas la porte, où il ne répond rien, où il semble qu’il n’y a pas de Dieu ou au moins qu’il est là-haut, dans son ciel, tandis que nous sommes sur la terre, sans aucune communication avec lui. Que nous propose notre Seigneur ? C’est de continuer, toute la nuit, de frapper à la porte, sans aucune relâche, sans aucun repos ; et il ajoute : Je vous le dis en vérité, demandez et on vous donnera ; cherchez et vous trouverez ; frappez et l’on vous ouvrira ; car quiconque demande, reçoit ; qui cherche, trouve ; et on ouvre à celui qui frappe (Mt 7, 7-8).

Nous savons cela : c’est l’Évangile, et c’est une science que nous avons toutes. La générosité dans l’oraison consiste à persévérer dans la prière. Quand nous n’avons pas autre chose, demandons, prions, supplions. La prière de supplication est très méritoire aux yeux de Dieu. Plus nous sommes pauvres, plus nous avons sujet de supplier. Nous avons besoin de l’esprit de foi, de l’esprit d’amour, de l’esprit de générosité : demandons-les avec confiance. Présentons-nous à Dieu, comme une terre sèche, altérée, sans eau145, selon l’expression du psalmiste. Continuer à prier, à supplier, à demander, persévérer à attendre quand Dieu ne parle pas, c’est de la générosité et une générosité très méritoire.

Pour vous y exciter, regardez la Sainte Vierge.

Il ne faut pas se figurer que la Sainte Vierge, parce qu’elle était pure, sainte, parfaite, n’avait qu’à se tourner vers Dieu pour entrer aussitôt en extase. Elle a fait connaître à une de ses servantes que, bien que Dieu lui ait accordé des grâces immenses et extraordinaires, il n’y en a pas une qu’elle n’ait attirée par des supplications très humbles et une prière très continuelle.

Elle ne serait pas la reine des vertus, si elle n’avait appris à l’homme à supplier et à prier, dans les moments où Dieu ne la comblait pas de ses consolations. Regardez-la au Calvaire. Vous aurez là la preuve qu’elle n’était pas toujours comblée. Quel était là le comble que Dieu lui donnait pour toutes ses vertus, sinon la douleur ? De même pendant toute sa vie, il a fallu qu’elle fît des efforts dignes de la grâce qu’elle reçut quand l’ange vint la visiter pour lui annoncer la venue du Verbe de Dieu en elle. Son travail, sa générosité, sa prière partaient certainement du sommet de toutes les vertus. Mais enfin, sans cesse elle se donnait.

Je reviens au Calvaire. Que donnait-elle, au Calvaire ? Elle donnait Jésus-Christ, son Fils, son Dieu, son amour, sa vie. Elle le donnait dans des douleurs atroces et une mort cruelle. Elle l’offrait comme le premier prêtre, et là, au pied de la croix, elle immolait Jésus-Christ, parce que c’était la volonté du Père céleste. Elle offrait son sacrifice dans une union parfaite à la volonté divine.

Il faut que tout cela se trouve dans la générosité de notre prière. Cette générosité n’excepte rien, elle donne tout, elle s’unit à toutes les volontés de Dieu. C’est là le premier point de la générosité de l’âme religieuse, qui s’applique, dans une méditation ardente, à considérer tout ce que Jésus-Christ a souffert pour elle.

Enfin il y a la générosité dans l’action.

En cela, mes soeurs, soyons raisonnables. Qu’est-ce que Dieu demande de l’âme religieuse ? Avant tout c’est la fidélité dans ce qu’elle a promis. Vous avez fait le voeu de pauvreté, de chasteté, d’obéissance. Votre générosité doit être dans la pratique de ces trois voeux et des trois vertus qui leur correspondent. Il ne faut pas se représenter une générosité en Chine, se dire par exemple : « Ah ! si j’avais la santé, je ferais comme le bienheureux frère Fourrier (dont on lit la vie en ce moment au réfectoire), je déchirerais mon corps, je laisserais courir les bêtes dans mes plaies. Malheureusement, on ne me le permet pas, je ne peux rien faire ! » Tous ces beaux discours ne vous avancent à rien.

Il faut mettre votre générosité dans la pratique des vertus religieuses et dans l’observance de vos règles.

Croyez-vous que soit peu de chose aux yeux de Dieu, une générosité absolue dans l’obéissance, qui fait qu’on sacrifie tout à l’obéissance, qu’on veut obéir en tout ; qu’on cherche à établir dans son âme tous les degrés de l’obéissance pour s’en servir comme d’autant d’échelons pour s’élever vers Dieu ?

J’en dis autant pour la pauvreté. Sans aucun doute, aucune de vous ne désire posséder un champ ou une maison, j’admets même que vous n’avez aucune attache à votre couteau, comme saint Dosithée. Mais il y a la perfection de la vertu qui consiste, comme dit la Règle, à ne tenir à rien sur la terre, à être prête à quitter les lieux et les personnes, même les plus chères, pour Jésus-Christ et pour son saint amour.

En êtes-vous toutes arrivées au point où était un grand personnage du XVIIe siècle qui, au cours d’une grave maladie, se représentait qu’il était tout d’un coup chassé de la maison, mis à la porte et que, sur un fumier, au coin de la rue, il exhalait son dernier soupir. La pensée de cette pauvreté de toute consolation, de cette pauvreté d’habitation et de toute espèce de satisfaction, lui causait une telle joie, qu’il racontait que pendant ses grosses fièvres, ce lui était une distraction fort agréable, à l’aide de laquelle il charmait ses loisirs. Ce saint homme-là avait certainement un grand amour de la pauvreté. Cependant ce n’était pas unreligieux : c’était un saint prêtre. Donc, c’est quelque chose que d’être pauvre de tout, que d’être pauvre de soi-même, et il faut mettre là sa générosité.

Pour la chasteté, la générosité consiste dans le détachement de toute satisfaction, de toute affection, de tout ce qui plaît à la nature. Elle consiste encore dans un amour virginal envers notre Seigneur, qui se garde de tout autre amour, qui ne veut pas plaire aux créatures, qui prend pour devise cette parole de saint Paul : Si j’en étais encore à plaire aux hommes, je ne serais pas serviteur de Jésus-Chris (Gal 1, 10). Il ne désire pas être estimé, être loué, être aimé et ne cherche son appui en aucune chose créée.

Enfin, prenez votre Règle.

C’est une générosité extrêmement raisonnable que celle qui consiste à être fidèle aux plus petits points de la Règle. On est endormie, et on se lève dès que la cloche sonne. On parle, et l’on s’arrête en pensant que c’est le temps du silence. On a quelque chose à dire, et on ne le dit pas. On a de la peine à faire quelque chose, et on le fait immédiatement. On a quelque humiliation à supporter, et l’on se réfugie dans la règle de l’humilité et de la charité. C’est quelque chose cela, mes soeurs. Je vous demande cette générosité vraie, pratique, solide, qui s’attache aux choses que les saints et les Souverains Pontifes ont déclaré les meilleures pour l’âme religieuse.

Je vous l’ai répété souvent : un saint Pape disait que, s’il avait la certitude qu’un religieux eût observé, toute sa vie, tous les points de sa Règle, il le canoniserait sur-le-champ, sans avoir besoin d’autre preuve. Les Souverains Pontifes ne vous demandent pas de vous faire un sillon dans les chairs du dos et d’y remettre les bêtes qui vous dévorent, quand elles s’échappent : ceci est une voie extraordinaire, à laquelle il faut être appelé comme le bienheureux père Fourrier. Ils demandent que, tous les jours de votre vie, vous pratiquiez les voeux que vous avez faits et les règles auxquelles vous vous êtes soumises. Si vous faites cela, ils vous considéreront comme saintes, d’une sainteté qu’eux-mêmes sont prêts à proclamer.

Le bienheureux Berchmans n’avait rien fait d’extraordinaire. Il avait extraordinairement bien fait toutes les choses de la vie commune. Quand il est mort, tenant son livre des règles entre les mains, on pouvait dire que c’était là l’expression de toute sa vie. C’est pourquoi l’Église l’a proclamé bienheureux.

Je reviens, mes soeurs, à ce que je vous disais. Dieu a usé envers nous d’une générosité admirable qui se montre dans tous ses mystères. Nous, chrétiennes, élevées à la lumière de l’Évangile, nous, religieuses consacrées à notre Seigneur, nous sommes toujours face à la générosité de notre Seigneur envers nous. Nous n’avons rien qu’il ne nous l’ait donné. C’est du sang de Jésus-Christ, répandu sous les coups de la flagellation, au couronnement d’épines, à la croix surtout, que sont sorties les grâces qui vous rendent capables de faire ce que je vous demande. Redonnez-vous sans cesse. Donnez-vous à la messe, à la communion, en union avec Jésus-Christ qui se donne à vous. Que tous les actes de votre vie religieuse soient des actes dans lesquels vous mettrez toute l’intensité de votre âme en vous donnant.
Alors vous serez des âmes généreuses.

Sainte Marie-Eugénie de Jésus
Fondatrice des Religieuses de l’Assomption
Instruction de chapitre du 25 mars 1881

Dans la même rubrique


Ajouter un commentaire



Informations légales

Ce site est édité par "Religieuses de l’Assomption" :

Ecusson
  • Religieuses de l’Assomption - 17, rue de l’Assomption 75016 Paris - France
  • Tél +33 (0) 1 46 47 84 56
  • Fax + 33 (0) 1 46 47 21 13

S'inscrire à l'info-lettre