Trinité - Sr Bénédicte Rollin

Année liturgique 2013-2014 [A]

Ne nous habituons ni au mystère de Dieu, ni à celui des autres.

Les textes de ce jour, très courts, sont à lire ensemble. Ils nous mettent de manière frontale en face du mystère de Dieu, tout en nous maintenant les pieds bien ancrés dans la réalité.

Le passage de l’Exode, un des plus beaux du livre, nous invite à entrer comme Moïse dans l’intimité de Dieu. Il vaut la peine de lire le contexte : on vient de vivre la catastrophe du veau d’or, apostasie du peuple au lendemain même de la plus haute révélation au Sinaï, où s’est conclue l’Alliance. Dans ce moment de détresse et de colère, une prière monte dans le cœur de Moïse : « fais moi de grâce voir ta gloire ! » Au moment le plus dur, il pressent le besoin d’un contact plus intense avec la divine Présence, d’une révélation plus grande encore. Et cette Présence s’approche dans la nuée qui, toujours dans la Bible, maintient la distance du Mystère. Dieu se dit : sa gloire, c’est son Nom, non pas « Dieu », mais son Nom propre, qui dans la tradition juive signifie le visage aimant et de Celui qui n’est pas seulement le Créateur tout puissant, mais aussi le Dieu proche, le Dieu de l’Alliance. Et Dieu, pour ainsi dire, décline son Nom : "endre, miséricordieux, lent à la colère, plein d’amour et de fidélité…" Tout le lexique de l’amour est utilisé dans ce célèbre verset, "carte d’identité"du Dieu d’Israël. Il est bon dans la prière de ruminer ses mots, d’en sentir le poids, le son, la couleur, le goût.

Quelle est la réaction de Moïse ? Il adore, front à terre. Et puis il intercède ! Il implore la Présence de marcher au milieu du peuple qui l’a reniée. Et lui, Moïse, qui n’a pas trahi, qui a été comblé d’une faveur inouïe, ajoute : "Tu pardonneras nos fautes…" La contemplation le mène au plus haut degré de l’amour humble, qui reconnaît le péché et se fait solidaire. Elle l’amène aussi à espérer contre tout espoir que l’Amour sera plus fort que le péché.

Ainsi sommes-nous au seuil de l’évangile. Dieu lui-même assume, prend sur Lui le péché du monde : "Dieu a tant aimé le monde qu’Il a donné son Fils unique… non pas pour condamner le monde, mais pour que par lui le monde soit sauvé". Ces mots si connus qu’ils sont usés, il nous faut les peser dans la certitude que nous n’en comprendrons jamais le sens ! Jamais nous ne mesurerons ni l’abîme du péché, ni l’abîme de l’amour. La fête de la Trinité est l’occasion chaque année de nous mettre face à cet Incompréhensible qui se rend pourtant si proche.

Et cet incompréhensible se vit et s’expérimente de la façon la plus quotidienne qu’il soit. Le passage de l’épître aux Corinthiens lie la belle formule trinitaire finale à des recommandations très concrètes : "soyez bien d’accord entre vous, vivez en paix… exprimez votre amitié par le baiser de paix". Dieu sait que les relations dans l’Eglise de Corinthe n’étaient pas faciles…il suffit de lire les deux épitres pour s’en convaincre ! Mais St Paul nous dit, comme aux Corinthiens, que l’amitié, l’encouragement mutuel, l’affection fraternelle, ce travail quotidien des relations nous font vivre réellement le mystère de la Trinité. Ne nous habituons pas, ni au mystère de Dieu, ni à celui des autres !

Sr Bénédicte Rollin, ra
Vilnius, Europe du Nord


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