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Tournai - Profession perpétuelle : l’homélie de Mgr Guy Harpigny

Tournai

Homélie à l’occasion de la Profession perpétuelle
De Sœur Anne du Cœur de Jésus
Dans la Congrégation des Religieuses de l’Assomption
Le 24 avril 2004
En l’église Saint-Piat, à Tournai

Lorsque nous relisons notre vie, nous pouvons partir de ce que nous ressentons au moment-même, au moment où nous faisons le point. Il nous arrive de classer les événements qui nous précèdent en étapes positives et en régressions. Il nous arrive de faire un bilan et de chercher comment nous allons avancer pour correspondre à un idéal, une image de nous-mêmes, qui se manifeste en autant de qualités et se prolonge dans un apport conséquent que nous pourrions offrir à l’humanité. Cette manière de relire notre vie entraîne soit l’aveuglement sur nous-mêmes, soit une profonde culpabilité. Un aveuglement, car se regarder soi-même, sans faire appel au regard des autres, ne permet de voir qu’une facette de soi, une facette qui, bien souvent, n’est pas la plus importante. Une culpabilité, car évaluer ce que l’on est par rapport à une image parfaite à atteindre, c’est constater, quand on est lucide, qu’on n’y parviendra jamais.

La profession perpétuelle d’une femme dans une Congrégation de Religieuses n’est pas une sorte de décision pour correspondre à une image parfaite. Si c’était le cas, on pourrait en effet dire que cette femme est aveugle sur elle-même, ou qu’elle s’engage sur un chemin où elle découvrira jour après jour qu’elle est encore très loin de l’image parfaite d’elle-même.
Lorsque nous relisons notre vie, nous pouvons partir de ce que les autres ont comme image des engagements que nous prenons. Si nous faisons une enquête sur la manière dont nos contemporains, en Europe occidentale, voient la vie religieuse, nous constatons que ce qui est mis en avant, c’est son aspect social. Des personnes comme Sœur Emmanuel ou Mère Thérésa, au moins, elles sont utiles à la société. Mais, devenir comme elles, utiles à la société, à la rigueur je veux bien le faire, mais pourquoi devrais-je devenir religieuse ? On peut être utile sans devoir porter un voile. Cependant, pour nos contemporains, il y a autre chose qui est mis en avant, c’est le bonheur personnel. Si cette femme veut absolument se rendre utile, tout en devenant membre d’une congrégation religieuse, on ne va pas l’en empêcher, puisqu’elle semble y trouver son bonheur.
La profession perpétuelle d’une femme dans une congrégation religieuse n’est pas un engagement à devenir utile à la société, ni même une recherche frénétique du bonheur personnel.
Lorsque nous relisons notre vie, nous nous situons face à Dieu, un Dieu qui nous connaît depuis toujours, un Dieu qui nous parle au cœur, un Dieu qui nous propose à vivre avec lui, selon sa parole. Chacun de nous peut se situer, seul, face à Dieu. Il s’agit d’une expérience personnelle, intime, que personne d’autre que nous n’a la possibilité ou la capacité de connaître. Nous-mêmes, nous avons parfois bien du mal à la saisir, cette expérience. A certains moments, il nous arrive d’en témoigner, de la partager avec des mots qui suggèrent une réalité presque indicible.

Sœur Anne nous partage aujourd’hui ce qu’elle a, il y a bien longtemps, découvert dans son expérience de Dieu. Pour témoigner de cette expérience, elle a trouvé chez un prophète, Jérémie, une parole qui suggère qui est Dieu : " D’un amour éternel, je t’aime ". Il s’agit d’une parole que Dieu dit à Sœur Anne. Et, de même que Jérémie parle aussi d’une alliance nouvelle qui sera gravée dans le cœur, Sœur Anne a fait graver la parole de Jérémie dans l’anneau qu’elle portera chaque jour. Cet anneau, cette alliance, qui a plusieurs significations, rappelle à tout moment ce que Sœur Anne fait comme expérience de Dieu.
L’amour que Dieu manifeste depuis toujours à Sœur Anne, le Christ lui-même le reçoit et il le manifeste. Au moment de son baptême par Jean-Baptiste, une voix se fait entendre : " Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en lui, j’ai mis tout mon amour ". Ce Fils dont l’évangile de Jean dit ; " Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils, son unique, pour que tout homme qui croit en lui ne périsse pas mais ait la vie éternelle " (Jn 3, 16). En étant élevé sur la Croix, le Fils de Dieu manifeste jusqu’où a été l’amour de Dieu. Ceux qui regardent vers la Croix reçoivent la vie que Jésus nous donne, par amour pour nous. Reprenant bien des textes de la Bible, les disciples de Jésus ont trouvé dans le cœur de Jésus l’amour qui se donne pour que nous ayons la vie.
Sœur Anne, en plus de la parole du Prophète Jérémie, gravée dans l’anneau, porte le nom de Sœur Anne du Cœur de Jésus.

Elle a choisi comme textes bibliques un passage de la Lettre de l’apôtre Paul aux chrétiens de Rome : " Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? Lui qui n’a pas épargné son propre Fils, mais l’a livré pour nous tous, comment, avec son Fils, ne nous donnerait-il pas tout ? ". En réponse à cette confession de foi de l’apôtre Paul, Sœur Anne a choisi le psaume 29 qui exprime le merci profond face à cette découverte de l’amour de Dieu, manifesté en son Fils : " Que mon cœur ne se taise pas, qu’il soit en fête pour toi, et que sans fin Seigneur, mon Dieu, je te rende grâce ". L’évangile de Jean nous a raconté une des manifestations du Christ Ressuscité à ses disciples, au cours d’une pêche sur les bords de la mer de Tibériade. Après la pêche miraculeuse, Jésus demande par trois fois à Pierre, s’il l’aime vraiment. Jésus demande cet amour, autant de fois que Pierre a mis à le renier devant une femme qui l’interrogeait quelques jours plus tôt aussitôt après l’arrestation de Jésus. Jésus pardonne à ses frères, qui l’ont pourtant abandonné au moment de la Passion. Jésus demande si nous l’aimons, autant de fois que nous l’avons renié ou oublié. Jésus n’oublie pas l’appel qu’il a un jour adressé à Pierre ; plus encore, Jésus confirme cet appel et demande à Pierre de partager sa mission vis-à-vis de ses brebis.
Plongée dans la mort avec le Christ, pour ressusciter avec lui, le jour de son baptême, Sœur Anne, comme tous les baptisés, a été consacrée. Au cours de son itinéraire de foi, de son itinéraire spirituel, Sœur Anne a perçu l’appel à tout quitter pour suivre le Christ, à tout quitter à cause du Christ. L’Eglise demande à Dieu, le Père, de mettre au coeur de Sœur Anne le feu de l’Esprit Saint pour qu’il rende plus ardent le projet de vie que Dieu, le Père, lui a inspiré. Ainsi, l’éclatante lumière du baptême de Sœur Anne resplendira dans sa vie ; sa consécration fera grandir son amour pour le Père ; rien ne la séparera du Christ ; elle aura pour l’Eglise un dévouement sans bornes ; elle sera pour tous les hommes un signe de l’amour de Dieu et un témoin du Royaume qui vient.
Au cours de cette liturgie, Sœur Anne entend la voix de l’Epoux, le Christ Ressuscité, qui l’invite à partager sa joie.
Toute l’Eglise, nous qui participons à cette liturgie, nous partageons la joie du Ressuscité, nous partageons Sœur Anne votre joie.

Que la Vierge Marie, qui partage déjà dans son âme et dans son corps, la gloire du Ressuscité, reste votre modèle, elle qui, unifiée dans l’amour de son Seigneur, n’a qu’un seul regard tout entier en Jésus-Christ ; elle qui n’a qu’un seul désir : participer à l’extension du Règne du Christ ; elle qui se donne sans réserve au service de Dieu et de ses frères et sœurs.

+ Guy Harpigny,
Evêque de Tournai
24 avril 2004

>> Le témoignage de Soeur Anne
>> Le reportage photo de la Profession

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