Temps ordinaire (4)

Année liturgique 2006-2007 [C]

- Christ Roi : dimanche 25 novembre 2007 : Je suis du même sang que vous...
La fête du Christ Roi de l’univers honore le caractère cosmique et eschatologique de la royauté du Christ. Elle termine l’année liturgique et annonce déjà l’Avent dans la perspective de la venue du Seigneur en gloire. Dans quel paradoxe nous fait alors entrer la liturgie en nous donnant à méditer un passage du récit de la Passion de l’évangile de Luc ! Nous sommes radicalement interrogé sur l’identité de Jésus, roi sans pouvoir qui se laisse mettre à mort... Nous sommes aussi radicalement interrogés sur les valeurs que nous adoptons pour nous mettre à sa suite...
Jésus avait été proclamé par les disciples Christ (9, 20) et Roi (19, 38). Les foules avaient vu en lui un grand prophète. Mais au pied de la croix, les chefs religieux et les soldats se refusent à voir en Jésus l’envoyé de Dieu, le Messie. Ils l’outragent et le bafouent. Jésus ne répond pas. Il refuse d’affronter cette ultime épreuve en se soustrayant à sa condition humaine. Parce qu’aucun homme ne peut se soustraire aux difficultés, aux forces du mal, à la mort violente en faisant des miracles, Jésus n’en fera pour se sauver lui-même. Comme déjà au début de sa vie publique, dans les récits des tentations, il avait refusé que sa condition divine lui serve à éviter le poids de la condition humaine, il choisit de traverser cette ultime épreuve en restant solidaire jusqu’au bout de ceux qui subissent le mal et de ceux qui le crucifient. Inconditionnellement solidaire des hommes en proie au mal...
Les deux malfaiteurs crucifiés avec Jésus, dans leur attitude respective, montrent que deux prises de position sont possibles : ridiculiser ce qui apparaît comme une impuissance de Jésus devant le mal qu’il subit ; entrer dans la liberté où Jésus se tient, se savoir pardonné et renoncer à répondre à la violence subie. Le premier, qui reprend en écho les moqueries des chefs, est incapable de dépasser la conception d’une prise de pouvoir immédiate, spectaculaire et violente : c’était déjà la proposition de Satan ! Le second commence par un aveu de ces crimes, qui lui ont valu la condamnation de la justice humaine : pour nous, c’est juste. Il reconnaît l’innocence de Jésus ; bien plus, il reconnaît en lui le Royaume qui vient. Cette humilité le conduit aux portes du Royaume. La réponse de Jésus est l’affirmation d’un aujourd’hui du salut pour cet homme qui est et restera avec lui.
Ainsi, la croix révèle la vérité de Dieu quant à la violence : librement et par amour, Jésus fait de cette emprise du mal le lieu du don de soi. Là il nous redit : je suis du même sang que vous... Mais il nous apprend aussi que cette attitude est à portée humaine : nous avons à nous situer et à prendre position face au mal subi, ce lieu ultime, ce lieu frontière où se joue notre solidarité avec l’humanité toute entière...

- 33e dimanche du temps ordinaire : dimanche 18 novembre 2007 : Espérer dans la confiance et persévérer avec constance.
Aux fidèles qui admirent le Temple, Jésus oppose la fragilité du bâtiment : dans un discours eschatologique, il annonce la fin du Temple et le jugement de Jérusalem. Sans doute, l’évangéliste fait-il là une allusion à la chute de Jérusalem et à sa destruction en 70. Traditionnellement, le Temple était considéré comme la maison de Dieu à Jérusalem. La destruction du Temple posera la question cruciale de la présence de Dieu au milieu de son peuple. Les disciples alors demandent à Jésus quand cela se produira et d’après quelles indications on connaîtra l’imminence de l’événement. En posant leur question sous cette forme, ils semblent associer la destruction du Temple à la fin des temps, ce qui est pour Jésus l’occasion d’en parler et surtout d’attirer l’attention sur ce qui doit précéder, le temps de l’histoire des hommes.
L’invitation est d’une part à discerner les signes des temps et à ne pas se laisser abuser par les faux messies et d’autre part à ne pas s’abandonner au découragement face aux terribles événements qui secoueront le monde. Le cours du monde, les événements de l’histoire, l’emprise du mal (subi et commis) dans nos propres vies, peuvent bien nous questionner. En aucun cas, ils ne doivent nous conduire à un désespoir qui postulerait jusqu’à l’absence de Dieu ou à son désintérêt pour nos vies. Pas un cheveu de votre tête ne sera perdu, promet Jésus. Mais cette promesse créait une exigence : C’est par votre persévérance que vous obtiendrez la vie. Autrement dit, la grâce ne supprime pas la responsabilité, elle l’a crée. Le salut est un don à accueillir et une tâche à accomplir. Croyants, soyons donc comme nous y invite Ezéchiel 3, 17 des sentinelles établis par Dieu pour la communauté des hommes, fermes dans l’espérance et persévérants dans la foi, y compris en temps d’épreuves.

- 32e dimanche du temps ordinaire : dimanche 11 novembre 2007 : Quelle est notre foi en la Résurrection ?
Jésus est entré à Jérusalem et les foules l’ont acclamé. Mais, dans le même temps, l’opposition continue de grandir et des controverses se succèdent, au cours desquelles des questions-pièges sont posées à Jésus : l’impôt dû à César par les pharisiens et les hérodiens ; la résurrection des morts par les sadducéens... Ces polémiques manifestent l’indépendance de Jésus par rapport aux mouvements religieux de son temps.
Des sadducéens donc interrogent Jésus sur sa conception de la résurrection. La foi juive, en effet, proclamait un maître absolu de la vie et de la mort (voir par exemple 1 S 2, 6). Mais selon les divers courants, cette maîtrise était supposée s’exercer soit par la résurrection finale des morts (ainsi pensaient les pharisiens), soit dans le cadre de la seule vie terrestre (ainsi pensaient les sadducéens). Sceptiques sur ce qu’on peut dire de la vie après la mort, les sadducéens s’en tenaient, semble-t-il, à la vieille conception biblique du shéol, où les morts traînaient une morne survie. Auprès de Jésus, ils ridiculisent l’idée de résurrection en partant de la loi du lévirat (Dt 25, 5-6) appliquée au cas hypothétique d’une femme qui, selon cette règle, aurait eu sept maris. Jésus corrige leur conception matérialiste : d’une part, il affirme la foi en un Dieu des vivants, pour qui la mort ne saurait avoir le dernier mot ; d’autre part, il énonce que la résurrection implique une transfiguration : ressuscités, nous serons semblables aux anges.
Ainsi la réponse de Jésus interroge notre foi en la résurrection. Croyons nous vraiment, comme nous l’affirmons lorsque nous proclamons la foi de l’Eglise, en la résurrection des morts ? Quelle poids d’espérance cette foi en la résurrection donne-t-elle à nos vies présentes ? Dans nos moments difficiles ne nous invite-t-elle pas à célébrer la vie envers et contre tout ? Ne nous convie-t-elle pas aussi à croire en la beauté, en la bonté, en refusant la tentation de considérer le monde comme un lieu de mort, de mal ? Ne nous sollicite-t-elle pas à refuser le découragement devant la fragilité et la mort et à toujours nous recentrer (peut-être avec un peu d’humour !) sur la beauté et la bonté de Dieu ?
Comme nous y invite saint Paul, prions les uns pour les autres : Que le Seigneur (nous) conduise à l’amour de Dieu et à la persévérance pour attendre le Christ.

- 31e dimanche du temps ordinaire : dimanche 4 novembre 2007 : Quelle sera la qualité de nos relations ?
Jésus est en train de traverser la ville de Jéricho et Zachée a la curiosité de voir qui il est. Rien ne dit qu’il a le désir de se convertir ou le désir de rencontrer Jésus. Il a sans doute simplement la curiosité de le voir face à face. Mais le riche chef des publicains est petit de taille ! Cette particularité l’empêche de voir. Il aurait pu certes demander qu’on lui fasse un peu de place au premier rang ; s’il ne le fait pas, c’est comme nous l’apprendrons grâce à la réflexion des témoins (Il est aller loger chez un homme pécheur, v. 7), parce qu’on ne fréquente ni ne parle aux pécheurs ! Zachée donc monte sur un arbre et tandis qu’il pense avoir obtenu ce qu’il veut, il est surpris par l’initiative de Jésus, qui le regarde, non par curiosité, mais parce qu’il veut le rencontrer. Les paroles de Jésus expliquent immédiatement que son regard n’est pas un regard de jugement et de mise à l’écart. Il appelle Zachée par son nom et s’invite chez lui. Il se fait proche de ce publicain et cette décision manifeste son désir de construire une relation en vérité, sans calculs de convenance. De fait, Jésus s’expose au jugement des autres ; selon les habitudes et valeurs communément partagées, se faire l’hôte d’un publicain et partager son repas c’est, en effet, partager sa condition de pécheurs aux yeux de tous. « Tous murmuraient » : Comment est-il possible que Jésus commette une erreur pareille ? Si au moins Zachée s’était d’abord converti, s’il avait fait pénitence, s’il avait abandonné sa profession ou au moins s’il avait promis de le faire ! Zachée, lui, voit dans le geste de Jésus la gratuité de s’être mis à sa recherche, une volonté de l’aimer comme personne. C’est cet amour même et cet amour seul, manifesté dans le désir d’une rencontre, qui le convertit. L’histoire de Zachée nous apprend que c’est à l’intérieur de la proximité et de la communion voulues par Dieu qu’il est possible de changer son cœur et sa vie. Le Dieu que Jésus révèle à Zachée est celui dont le livre de la Sagesse disait : Tu aimes en effet tout ce qui existe, tu n’as de répulsion envers aucune de tes œuvres, car tu n’aurais pas créé un être en ayant de la haine envers lui.
Si le Seigneur est capable de fermer les yeux sur les péchés des hommes pour qu’ils se convertissent, serons-nous reconnaître que nous sommes de ceux-là qui ont besoin d’être avertis de leurs péchés pour s’en détourner et croire ? Quelle sera la qualité de nos relations pour que, sans jugement ni condamnation, sans compromission non plus avec le mal, elles manifestent respect et amour de l’autre et lui ouvrent peut-être ainsi la possibilité d’un avenir nouveau ?

- 30e dimanche du temps ordinaire : dimanche 28 octobre 2007 : Humilité
A l’adresse de ceux qui s’estiment justes, Jésus adresse une parabole qui met en scène un pharisien, centré sur lui-même et rempli de bonne conscience et un publicain qui s’en remet à Dieu. Jésus conclut la parabole par une sentence, qui donne la clef d’interprétation de la parabole : Qui s’élève, sera abaissé ; qui s’abaisse sera élevé. En faveur des orgueilleux sûrs de leur propre valeur, Dieu ne peut rien faire ; la miséricorde n’a pas de brèche pour s’infiltrer. Déjà Marie chantait le Dieu qui jette les yeux sur l’abaissement de sa servante (1, 48). L’épître aux Philippiens proclamera Jésus qui s’est abaissé en devenant obéissant jusqu’à la mort (2, 8). Le Christ s’est abaissé, Dieu l’a élevé. Ceux qui s’abaissent seront élevés. Jésus révèle que notre Dieu est le Dieu des humbles, de ceux qui reconnaissent avoir besoin de son salut. Bienheureux alors si nous sommes de ceux qui peuvent vivre sans avoir besoin de cacher leurs limites, ni éprouver celui de se mettre en valeur... Bienheureux si nous sommes de ceux qui se reconnaissent pécheurs et implorent le pardon de Dieu...
La pharisien de la parabole s’estime meilleur que le publicain, que celui dont la réputation est celle d’un homme au service de l’occupant, voleur. En déclarant que c’est ce dernier qui est devenu juste et non le pharisien sûr de sa valeur, Jésus révèle un Dieu qui regarde le cœur des hommes, qui sonde leurs intentions profondes et qui accueille la prière de celui qui se situe en vérité devant lui. Ben Sirac le disait déjà : Le Seigneur est un juge qui ne fait pas de différence entre les hommes. Bienheureux alors sommes-nous si notre prière ne se confond pas avec un monologue d’auto-justification et s’accompagne de relations respectueuses des autres...
L’humilité qui s’exprime dans une prière de demande confiante et qui conjointement permet de reconnaître soi-même et les autres en vérité devant le Créateur, voilà peut-être le don que nous pouvons demander aujourd’hui pour nous-mêmes et les uns pour les autres...

- 29e dimanche du temps ordinaire : dimanche 21 octobre 2007 : Croire, espérer, prier...
Jésus raconte une parabole dont il donne d’emblée la clef : il exhorte à toujours prier sans se décourager. L’histoire met en scène deux personnages : la veuve, le type biblique par excellence de la personne sans défense, et un juge en réalité peu empressé à rendre la justice. C’est l’attitude persévérante de la veuve qui change le comportement du juge. Jésus exhorte donc les disciples à la persévérance : s’ils crient jour et nuit vers lui, Dieu ne tardera pas à leur faire justice ! Mais le risque est que les disciples perdent confiance : Le Fils de l’homme quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ?
La figure du Fils de l’homme est paradoxale. Elle évoque d’abord la puissance et la gloire du personnage énigmatique de la tradition apocalyptique, qui vient à la fin des temps pour juger les vivants et les morts. Mais en araméen comme en hébreu, l’expression est courante pour désigner l’homme faible et fini (cf. Ps 8, 5). Or, chaque fois qu’il annonce sa passion, Jésus se désigne comme le Fils de l’homme qui doit souffrir beaucoup, être rejeté par les anciens, les chefs des prêtres et les scribes, être tué et le troisième jour ressusciter (9, 22 ; 9, 44 ; 17, 25 ; 18, 31). Ainsi à travers la figure du Fils de l’homme, Jésus fait pressentir aux disciples à la fois sa traversée douloureuse de la Passion et de la mort et sa venue glorieuse à la fin des temps pour instituer la plénitude du Royaume. Dans l’invitation de Jésus à prier sans se décourager, il faut donc aussi, et y compris en temps d’épreuves, entendre la promesse du Royaume.
Demandons donc pour nous et les uns pour les autres cette grâce d’une foi confiante qui soit fondamentalement une prière adressée à Jésus... Comme Moïse nous en donne l’exemple, le Seigneur n’abandonne pas celui qui s’adresse à lui. Mais il nous revient de durer dans la confiance : la persévérance au quotidien est la mise en œuvre concrète de la vertu théologale de l’espérance.

- 28e dimanche du temps ordinaire : dimanche 14 octobre 2007 : Une énigme ?
L’évangile de Luc semble vouloir nous mener aujourd’hui vers une énigme : les neuf hommes guéris de la lèpre et qui ne reviennent pas n’ont-ils pas la foi ? Lorsque Jésus les envoie tous les dix aux prêtres alors qu’ils ne sont pas encore guéris, ils auraient pu lui crier : Guéris-nous d’abord ! On allait voir le prêtre, en effet, non pour se faire guérir mais pour lui faire constater une guérison déjà effectuée et lui demander de célébrer le rite de purification. En obéissant et en s’en remettant à une parole apparemment folle, les dix lépreux montrent donc leur entière confiance. Alors pourquoi Jésus semble-t-il stigmatiser le manque de foi de ceux qui ne sont pas revenus rendre grâce en sa présence ?
En Israël, la lèpre appartient à la sphère du religieux : le Lévitique (13-14) décrit l’impureté qu’elle constitue et prescrit les règles de purification. Plusieurs fois, elle apparaît comme le signe du châtiment divin (Nb 12, 9-10 ; 2R 5, 27 ; 2Ch 26, 16-21). Seule la force de Dieu purifie la lèpre. Aussi la purification des lépreux annonce les temps messianiques. Le salut est offert à tous, mais seul le Samaritain reconnaît en Jésus la puissance de Dieu et lui rend gloire. Agissant ainsi, il remplit la mission d’Israël. Jésus lui dit : Relève-toi, va, ta foi t’a sauvé. Il devient le témoin vivant du salut promis à tous. L’avertissement que lance Jésus s’adresse aussi au lecteur : Est-ce que les dix n’ont pas été purifiés ? Les neufs autres où sont-ils  ? Les signes du Royaume sont difficiles à reconnaître et nous sommes parfois bien peu perméables à la louange...
L’épisode renvoie sans doute à la guérison de Naaman le Syrien par le prophète Elisée. Outre la lèpre, on peut noter un certain nombre de parallèles. Elisée fait dire à Naaman d’aller se plonger dans le Jourdain, et le Syrien retrouve la santé à distance, de même les dix lépreux sont envoyés aux prêtres et se voient guéris alors qu’ils sont en chemin. Naman est un étranger, et le Samaritain est déclaré tel par Jésus. Naaman revient rendre grâce et louer le vrai Dieu, celui d’Israël, devant Elisée et le Samaritain fait de même aux pieds de Jésus. Le livre des Rois insiste sur le fait qu’un païen en vient à confesser et adorer le vrai Dieu ; de la même façon, le passage de Luc met en valeur la foi du Samaritain, pour qui rendre grâce à Jésus et louer Dieu sont inséparables. Les deux passages soulignent bien qu’un étranger, considéré par les Israélites comme un mal croyant, leur donne pourtant un exemple de foi véritable et parfaite !

- 27e dimanche du temps ordinaire : dimanche 7 octobre 2007 : Réveille en toi le don de Dieu...
Les Apôtres s’approchent de Jésus et lui demandent d’augmenter leur foi, comme s’ils craignaient de ne pouvoir le suivre, de ne pouvoir répondre à son appel. La réponse de Jésus, en forme de sentence, est pour le moins déconcertante : La foi, si vous en aviez gros comme une graine de moutarde... Les Apôtres prient pour que soit augmenté en eux le don de Dieu ; Jésus les renvoie à la confiance qu’ils placent en lui. La foi, rappelle-t-il de manière détournée, est confiance dans le Père qui veille sur ses créatures, qui exauce leurs prières ; elle est confiance aussi dans la puissance de Jésus. A plusieurs reprises Jésus a manifesté à ses interlocuteurs que la foi lorsque qu’elle est abandon confiant et résolu est la cause de leur salut : ta foi t’a sauvé (cf. 7, 50 ; 8, 48...). Sans foi, il n’y aurait pas de miracle. La foi donc est confiance et, comme telle, elle rend participant de la puissance divine : elle peut opérer des choses hors du commun. Paul, d’une certaine façon, ne dira pas autre chose : ‘ tu dois réveiller en toi le don de Dieu que tu as reçu quand je t’ai imposé les mains. Car ce n’est pas un esprit de peur que Dieu nous a donné, mais un esprit de force, d’amour et de raison =.
Ainsi Jésus invite à garder confiance en ce que nous pouvons obtenir par la foi. Et si avec un peu de foi, on peut obtenir un résultat incroyable, à plus forte raison pourra-t-on accomplir parfaitement sa vocation de serviteur... La foi est cette relation confiante au Seigneur, capable de traverser les épreuves, d’œuvrer à l’annonce de l’Evangile, avec la force de Dieu, et en adoptant les manières d’être et d’agir du Christ, lui qui n’a jugé bon de revendiquer son droit d’être traité à l’égal de Dieu... (Phil 2, 4). Demandons donc les uns pour les autres que soit réveillé en nous le don de Dieu...

- 26e dimanche du temps ordinaire : dimanche 30 septembre 2007 : Ecouter et se laisser convaincre...
Jésus raconte une parabole qui met en scène un homme riche et un pauvre nommé Lazare. Un premier tableau (vv. 19-21) dépeint le point de vue de Lazare et de sa détresse impuissante. Un second tableau (vv. 22-31) opère un renversement : à sa mort, Lazare est emporté auprès d’Abraham tandis que le riche est au désespoir. Successivement la parabole fait donc entrer son lecteur ou son auditeur dans la peau des deux protagonistes. L’un, l’homme riche est caractérisé par ce qu’il a et ce qu’il fait ; l’autre a un nom, une identité, une consistance d’être, des attentes et des espoirs déçus. Le premier, à sa mort, est en proie à la torture : lui qui n’éprouvait ni désir ni manque, ayant vécu son existence repu, souffre d’être assoiffé ; le second est transféré auprès des anges dont la mission est de louer Dieu. Lazare reste muet tout au long de la scène tandis que le riche prie Abraham d’abord pour lui-même, puis pour les siens.
L’homme riche identifie Abraham : donc il connaît les Ecritures. Il est de ceux qui, connaissant les Ecritures, ne les entendent pas, de ceux qui se suffisent à eux-mêmes et n’ouvrent pas de brèche en eux par où la Parole de Dieu puisse s’infiltrer pour aviver le désir de vivre en relation aux autres, à l’Autre. Comme Abraham le dit lui-même à l’homme riche : ceux qui n’écoutent pas les Ecritures ne peuvent convaincus. Tout se joue donc dans l’écoute de l’Ecriture : on peut les connaître de l’extérieur sans se laisser toucher, affecter ; on peut écouter et en être radicalement changés au point de chercher à construire sa vie en cohérence au message biblique.
L’homme riche, fermé aux Ecritures, fermé à la souffrance du pauvre Lazare est sans nom. Parce qu’il est anonyme, la question de son identité se pose. Pourrions-nous être cet homme riche, repu, pour lequel pourtant le récit évangélique ne nous invite pas à éprouver de la sympathie ? Quel est l’obstacle en nous qui parasite l’écoute de la Parole et nous ferme à l’accueil de don de Dieu ? Quelle est la suffisance qui nous ferme à l’attention au prochain et à la relation à Dieu ? Puissions-nous entendre, à l’intime de nous-mêmes, l’invitation de saint Paul à Timothée : Toi, l’homme -le femme- de Dieu, cherche à être juste et religieux, vis dans la foi et l’amour, la persévérance et la douceur...

- 25e dimanche du temps ordinaire : dimanche 23 septembre : De l’habileté dans les affaires de Dieu...
Jésus tient dans les textes que la liturgie nous présence en ce jour un bien étrange discours ! Louerait-il la malhonnêteté ? En réalité, pour bien comprendre la portée de ses paroles, il est nécessaire de considérer le contexte dans lesquelles elle s’insèrent. Au chapitre précédent (chapitre 15), Jésus s’est adressé aux pharisiens et aux scribes scandalisés parce qu’il fréquente des pécheurs. Il leur révèle la joie miséricordieuses du Père pour un seul pécheur qui se repent. Puis il se tourne vers ses disciples et leur adresse la parabole de l’intendant habile. Jésus donc ne se contente pas de répondre à ses opposants, les scribes et les pharisiens ; il livre à ses intimes la parole qui leur convient et il le fait de manière détournée, par l’intermédiaire d’une petite histoire. Dans cette petite histoire un intendant malhonnête est dénoncé. Son maître le convoque et lui signifie son renvoi. Pour se sortir de cette situation difficile, avant de quitter son poste l’intendant diminue les dettes des débiteurs de son maître. Autrement dit, il fausse les comptes et fait ainsi preuve d’une magnanimité apparente. Nous lecteurs de la parabole, nous en savons plus que les interlocuteurs de cet homme : ceux-ci croient qu’il fait preuve de clémence ; nous nous savons qu’il pervertit la réalité et manipule ces débiteurs de manière à se les rendre favorables. Et Jésus de conclure : pour vos propres intérêts vous pouvez remettre des dettes qui n’affectent pas vos comptes ! Comme il est facile de prêcher la bonne parole et de dire que Dieu pardonne... Oui, mais quand nous sommes impliqués, quand l’offense nous atteint dans notre propre chair, sommes-nous assez habiles pour trouver en nous les ressources suffisantes pour un pardon authentique ? Savons-nous trouver en nous la force nécessaire d’un pardon qui nous rend semblables à Dieu ?
La suite du discours de Jésus, du reste, rappelle que l’argent est une idole dès qu’il devient une fin en soi et rappelle qu’il ne s’agit pas d’avoir le cœur double. Pour ses disciples, il prononce l’exhortation à ne pas être trompeurs et manipulateurs. Qui l’est pour des biens étrangers, les biens de Dieu, ne peut être associé à la mission du Christ, ne reçoit pas en plénitude sa vocation d’enfant d’un Père tendre et miséricordieux... A nous de choisir vers où s’oriente notre cœur...

- 24e dimanche du temps ordinaire : dimanche 16 septembre 2007 : Moi le premier, je suis pécheur...
Dans la première lecture, Moïse est présenté comme faisant partie d’un peuple perverti, à la tête dure. Le Seigneur en est tellement fâché qu’il ne veut plus considérer ce peuple, avec qui pourtant il a fait alliance, comme son peuple : Va, descends, ton peuple s’est perverti, lui que tu as fait monter du pays d’Égypte, dit-il à Moïse, rejetant sur ce dernier toute responsabilité d’une relation avec ce peuple. On croirait assister à une dispute de couple, lorsque l’un des parents, fâché du comportement de l’un de ses enfants, s’adresse à son conjoint en lui disant : ton fils, ta fille a encore fait des siennes ! Et Moïse, du reste, répond comme le ferait le conjoint interpellé : Pourquoi, Seigneur, ta colère s’enflammerait-elle contre ton peuple, que tu as fait sortir du pays d’Égypte... ? Peuple du Seigneur ou peuple de Moïse... les deux sont vrais, en réalité. Moïse, en tout cas, le comprend ainsi. Il scelle son destin à celui de ce peuple à la nuque raide. Lorsque Dieu lui fait part de sa volonté d’exterminer les fils d’Israël qui ont choisi le veau d’or au lieu d’accueillir le don de la loi et lui propose de devenir une grande nation, il refuse de dissocier son avenir de celui du peuple et continue d’intercéder pour lui auprès de Dieu.
Dans l’Evangile, Jésus apparaît comme un nouveau Moïse. S’il est reconnu comme un homme de Dieu, dont la parole fait autorité, le problème est qu’il se compromet avec des pécheurs, des hommes corrompus par le pouvoir romain ! Il adresse trois paraboles aux pharisiens et aux scribes scandalisés par son attitude. Dans chacune des histoires l’accent est mis sur la joie du protagoniste qui retrouve ce qu’il avait perdu. Les paraboles visent à révéler la joie de Dieu devant le pécheur repentant.
Dans le contexte de Jésus, les scribes étaient les spécialistes des Ecritures, sûrs de leur savoir et les pharisiens des partisans d’une stricte observance de la loi, méprisants pour tous ceux qui ne pouvaient en suivre toutes les prescriptions. C’est aussi à cette part en nous, sûre de son discernement et de sa fidélité, que s’adresse l’enseignement de Jésus. Serions-nous capables, comme Moïse, d’être assez humbles pour ne pas dénoncer mais intercéder pour ceux qui s’égarent ? Serions-nous capables d’abandonner toute idée de rétribution, de punition du mal, pour offrir notre pardon à ceux qui se repentent ? Serions-nous capables de les considérer avec un regard neuf qui leurs ouvre la possibilité d’un avenir non entaché du poids de leur faute passée ? A l’intime de nous-mêmes serions-nous capables enfin de dire avec Paul : le Christ Jésus est venu dans le monde pour sauver les pécheurs ; et moi le premier, je suis pécheur...

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