Temps ordinaire (3)

Année liturgique 2006-2007 [C]

- 9 septembre 2007 : 23e dimanche ordinaire : De la vrai humilité
Les lectures que la liturgie nous propose en ce dimanche insistent sur la brièveté de la vie humaine et sur l’entrelacement de la vie et de la mort. Le psaume responsorial nous invite à prendre conscience que l’homme est un vivant qui se dirige vers la mort. Paul mentionne ses limites physiques, la vieillesse et l’emprisonnement. Les images de la tente et de l’argile, dans le livre de la Sagesse, évoquent la précarité humaine. Le priant qui s’exprime dans ce livre semble, de plus, le porte-parole d’une humanité qui avoue son besoin d’une révélation pour connaître la vérité de sa condition et vivre selon Dieu. L’évangile, enfin, invite à prendre la mesure de ce dont nous sommes capables pour être disciple, afin de ne pas être pris en défaut comme un homme incapable de bâtir une tour jusqu’au bout ou un roi d’emporter la guerre. Bref, serions-nous condamner aujourd’hui à méditer sur notre faiblesse ?
Ce serait ignorer que le livre de la Sagesse enseigne que la connaissance de la volonté de Dieu est un don de la sagesse, le fruit de l’Esprit. Le Psaume invite à faire confiance en ce que Dieu peut opérer en nous : Consolide pour nous l’ouvrage de nos mains. Paul, malgré sa situation, continue à être au service du Royaume : il a donné la vie du Christ à Onésime. Quant à Jésus, s’il donne les conditions pour être disciple, c’est bien qu’il croit possible pour nous ce chemin de vie.
Au fond, n’est-ce pas sagesse de savoir que seuls nous sommes radicalement impuissants ? Nous avons besoin du salut de Dieu et de sa grâce, nous avons besoin de médiations humaines et d’entraide, pour devenir ce que nous sommes appelés à être. Demandons donc la grâce de la lucidité quant à ce qui, en nous, est de l’ordre d’un orgueil illusoire sur ce que nous pourrions accomplir seuls ou apporter aux autres...Demandons à Dieu qu’il achève en nous son ouvrage et demandons-lui la grâce de savoir laisser les autres servir le Christ en nous...Comme l’enseigne la Règle de vie des Religieuses de l’Assomption, au chapitre de l’humilité, il s’agit d’apprendre à s’accepter avec ses dons comme avec ses difficultés et ses limites, sans se réfugier dans l’illusion, ni fuir ce que Dieu appelle à devenir.

2 septembre 2007 : 22e dimanche du temps ordinaire : Deux paraboles outrancières.

Jésus est dans la maison d’un chef des pharisiens pour un repas de fête et à cette occasion il raconte deux paraboles. La première évoque un repas de noce et la seconde n’importe quel repas. Ces récits sont d’une certaine manière outranciers : se pourrait-il qu’étant invités nous cherchions la meilleure place ? Ou que nous n’invitions que ceux qui pourraient nous rendre la pareille ? Pourtant les conclusions respectives de ces deux paraboles invitent à aller plus loin.
Qui s’élève, sera abaissé ; qui s’abaisse, sera élevé reprend une thématique chère à Luc, celle du renversement. Le Magnificat l’introduisait : tout ce qui qualifie la grandeur humaine, orgueil, pouvoir, richesse sera dispersé, détruit, alors que seront exaltés et comblés les humbles et les affamés. Est ainsi révélé un amour qui met en cause tout ce qui, dans les sociétés humaines, abaisse, humilie ou exclut les petits ; un amour qui conduira Jésus à la mort.
Tu seras heureux, parce qu’ils n’ont rien à te rendre est la béatitude qui conclut la seconde parabole. Elle signale avec clarté que le don de Dieu sera accordé à quiconque est capable de gratuité.
Alors Jésus qui nous invite à la communion avec lui (ce dont les noces sont symboles), nous rappelle que cette intimité se joue dans une dimension communautaire. Heureux sommes-nous si notre suite du Christ n’est pas prétexte à manipuler les évènements et les personnes de manière à masquer nos propres ambitions ? Heureux sommes-nous si nous sommes capables de gratuité, d’attention aux pauvres et aux petits, sans calcul de recevoir en retour. L’orgueil de se croire au dessus des autres, de mériter d’être bien traité ou servi peut prendre des formes bien subtiles... Il appartient à chacun de nous de sonder son cœur pour dévoiler ce qui pervertit sa suite du Christ. Oui heureux serons-nous si nous apprenons peu à peu à adopter ses manières d’être et d’agir dans la confiance que ce chemin est un chemin de vie...

- 26 août 2007 : 21e dimanche du temps ordinaire : Jusqu’où ?
Jésus est en marche vers Jérusalem, et tout lecteur qui désire être son disciple, est invité à emprunter le même chemin. Il enseigne et nous sommes de ceux qui écoutent sa Parole. Mais la question du personnage anonyme qui lui demande si peu de gens seulement sera sauvé rappelle qu’avoir la connaissance de Jésus et de son message n’est pas le seul critère du salut. Ceux qui n’auront pas été évangélisés seront jugés sur leurs actes. Voilà le rassemblement de toutes les nations dont nous parle le prophète Isaïe.
Pour nous, cependant, la réponse de Jésus révèle d’autres exigences : à nous qui le connaissons il est demandé plus que la simple écoute de la Parole, la pratique formelle de la religion, le souci de son salut personnel. Nous qui mangeons et buvons avec lui à la table de l’Eucharistie, faisons-nous de toute notre vie un don de soi dans l’action de grâce et le partage de ce que nous avons avec tous nos frères et sœurs ? Nous qui entendons sa Parole, la mettons-nous en pratique avec le souci de vivre en cohérence avec ce que nous annonçons ?
La mission de Jésus est toute tendue vers Jérusalem ; et Jérusalem c’est le lieu de la Pâque, le lieu où le Christ livre sa vie pour notre salut. Est-ce sur cette voie que nous voulons marcher avec lui ? Certes l’enseignement de Jésus est bonne nouvelle, mais cette bonne nouvelle n’est pas l’assurance que nous serons sauvés « malgré nous ».... C’est notre être tout entier qui est appelé à se mettre à la suite de Jésus, par amour de lui et de nos frères et sœurs. Soyons de ceux dont la foi se révèle agissante, en cohérence avec ce qu’ils professent...

- 19 août 2007 : 20e dimanche du temps ordinaire : Avec quoi nous faut-il rompre ?
Jésus donne à ses disciples un avertissement singulier. Reprenant le vocabulaire de Jean-Baptiste annonçant un Messie qui baptisera les croyants dans l’Esprit et le feu, il annonce les épreuves que connaîtront ceux qui marchent à sa suite. Jésus annonce même qu’il apporte la division dans les familles. Est-ce que Jésus ne désire pas la paix pour les siens ? Il y aurait là quelque chose d’étonnamment contradictoire à son message et à l’attitude qui fut sienne, particulièrement au temps de sa Passion. En réalité, Jésus annonce que la prophétie de Michée 7, 6 s’accomplit avec sa venue : un homme aura pour ennemi même les gens de sa maison. Pourquoi cela ? Parce que son message provoque des fractures. Jésus est source de division entre ceux qui rejètent sa parole et ceux qui y adhèrent. L’épître aux Hébreux nous le rappelle : lui-même a enduré l’hostilité des hommes qui le refusaient, la honte et l’humiliation de la croix.
Mais le texte évangélique nous invite à aller plus loin. Pour suivre plus intensément le Christ, n’y aurait-il pas quelque parent, quelque élément de notre entourage familier, de notre quotidien avec lequel il conviendrait de rompre ? N’y aurait-il pas notre « parent » autoritaire à combattre pour que notre suite du Christ soit libre, gratuite, intense et non mue par l’idée du devoir à accomplir ? Ne faudrait-il pas rompre avec notre « parent » manipulateur qui nous a enseigné que l’important est de réussir et qui secrètement nous pousse à placer nos ambitions personnelles au dessus du Royaume ? N’y aurait-il pas le « parent » éducateur qui nous dicte ce qu’il faut penser en matière politique, religieuse... et qui nous empêche d’écouter ce que d’autres pourraient avoir à nous dire ? Bref, à chacun de nous de sonder son cœur pour découvrir ce qui lui revient de rejeter par amour du Christ... A chacun aussi de discerner avec sincérité à quel point il peut devenir un parent qui détourne subtilement de la voie évangélique...

- 12 août 2007 : 19e dimanche du temps ordinaire : La dimension eucharistique de nos vies.
Les textes de la liturgie de ce jour nous invitent à trois attitudes : la louange, la foi et le service des frères.
Le livre de la Sagesse, en effet, rappelle les prodiges de la nuit pascale pour les Hébreux, dans le but de conduire ses auditeurs à reconnaître le Seigneur et, le reconnaissant, à le louer. La louange est donc tout à la fois anamnèse des promesses passées et confiance en l’avenir. Les fidèles, à l’écoute du rappel de la nuit pascale, déjà entonnaient les chants de louange des Pères. Ils louaient Dieu comme libérateur avant d’avoir été eux-mêmes libérés. En même temps, la louange créait un peuple de frères : ils partageaient aussi bien le meilleur que le pire.
La lettre aux Hébreux fait mémoire des patriarches et rend témoignage à leur foi : cette commémoration est appel pour notre propre foi au temps présent et à l’espérance pour l’avenir.
Jésus invite ses disciples à veiller et à garder la tenue de service. Il les compare à des serviteurs dont le maître, parti pour une noce, peut revenir à tout instant. Une deuxième parabole invite à être vigilant comme un maître de maison qui ne peut savoir à quelle heure viendra le voleur. Il précise que cette exhortation s’adresse plus encore à ceux qui sont en charge de leurs frères. Jésus reprendra cette invitation à la veille et au service au chapitre 17 (vv. 7-10) : un serviteur, après avoir labouré ou gardé les bêtes, doit encore servir à table. Ainsi les disciples doivent se reconnaître simples serviteurs face à Dieu. Mettre en pratique la Parole de Dieu, être au service de ses frères, c’est se donner sans compter. Néanmoins ces serviteurs seront récompensés par un étrange renversement des rôles : le Seigneur les servira, lui qui est là au milieu d’eux à la place de celui qui sert (22, 27).
Faire mémoire dans la foi et l’espérance, rendre grâce, servir... voilà sans doute la dimension eucharistique à inscrire dans nos vies.

- 5 août 2007, 18e dimanche du temps ordinaire : Y a-t-il un sens à la vie ?
Le livre de Qohélet s’ouvre sur une dénonciation de l’absurdité de la vie : Vanité des vanité. Tout est vanité. Le terme de vanité, hebel en hébreu, signifie souffle (cf. Ps 57, 13 un souffle les enlève), ce qui est passager, vague, vain (cf. Jb 7, 16 mes jours sont un souffle, un néant), vapeur, brouillard, (cf. Qo 6, 4 car il est venu entouré de brouillard, dans les ténèbres ; ou il est venu en vain, sans but). De la même racine vient le nom Abel, celui dont la vie a été brève, qui est passé comme un souffle. La connotation de ce terme est donc celle de la fragilité de la vie, de son inconsistance, et peut-être de son non-sens. Le livre de Qohélet semble marqué par l’angoisse de la mort qui rend vaine toute la vie, par une réflexion qui oscille sur deux versants : dénonciation de l’absurdité de la vie et célébration de la vie. On ne peut vivre en marginalisant la mort car alors on ne vit pas de manière réaliste ; on ne peut vivre non plus en ayant le regard rivé sur la mort, car alors on est aveugle face à la richesse de la vie...
Jésus reprend d’une certaine manière cette question du sens de la vie, à partir de ce qui la conclut, la mort : Mais Dieu lui dit : ‘Tu es fou cette nuit même, on te redemande ta vie. Et ce que tu auras mis de côté, qui l’aura ?’ En partant de la demande d’un homme d’arbitrer un problème d’héritage, il met en garde ses disciples contre le désir insatiable d’avoir toujours plus. La parabole, qui illustre cette mise en garde, s’adresse dans sa conclusion à celui qui égoïstement amasse pour lui-même, au lieu d’être riche en vue de Dieu. Qu’est-ce que s’enrichir en vue de Dieu ? C’est d’abord ne pas accumuler des richesses matérielles dans le but de parer l’inquiétude du lendemain, ne pas vivre replié sur soi. Dit positivement, c’est faire confiance en la vie et en la providence divine. Il s’agit d’avoir foi en la protection divine : Dieu connaît nos besoins et en prend soin. Plus encore, l’évangile nous enseigne que si la mort perd sa fonction de tout rendre vain, la vie change. Jésus a vaincu la mort ; vivons-nous simplement comme des vivants en marche vers la mort, entre sentiment de l’absurdité de la vie et désir égoïste d’en jouir au maximum ? Ou bien est-ce que notre espérance en la résurrection informe-t-elle notre manière de vivre ?

- 29 juillet 2007, 17e dimanche du temps ordinaire : Enfants du Père, frères les uns des autres.
Jésus est en prière, en dialogue avec son Père et les disciples lui demandent d’apprendre à prier. Jésus s’adresse à Dieu en l’appelant Père (cf. 10, 21) et il invite les disciples à entrer dans une même relation d’intimité avec Dieu. Il les invite à être compatissants comme le Père est compatissant (cf. 6, 36) ; il leur dit que le Père donne l’Esprit Saint à ceux qui l’en prient. Il ne faut d’ailleurs pas s’inquiéter, car le Père sait de quoi nous avons besoin. Cependant, Jésus enseigne à dire : Père, non pas d’une façon individuelle, mais au sein de la communauté : les demandes qu’il enseigne sont formulées en nous et invite, de la sorte, à saisir que nous ne sommes enfants du Père qu’en étant en même temps frères les uns des autres.
Il raconte ensuite la parabole de l’ami qui se laisse fléchir, avec pour but d’enseigner qu’il faut avoir de la constance et de la persévérance dans la prière. Il faut prier pour obtenir le don par excellence, l’Esprit Saint. Jésus présente la prière comme une pédagogie du désir. Demander, chercher, frapper disent les attitudes de l’homme en attente d’une réponse de la part de Dieu. Pourquoi demander avec la certitude d’être exaucé ? Pour nous l’indiquer Jésus prend exemple sur la paternité humaine : Dieu est comparé à un père qui ne peut que donner de bonnes choses à ses enfants. Demander nous remet dans une vraie relation filiale au Père : en nous ouvrant à sa bonté avec confiance, nous commençons à la recevoir, c’est-à-dire à la laisser venir jusqu’à nous. Nous nous mettons dans une attitude d’accueil, de disponibilité à la grâce divine. Nous en sommes transformés ; en relation avec Dieu comme des enfants confiants avec leur Père, nous devenons capables d’être frères et sœurs les uns des autres.
N’est-ce pas ce que nous voyons à l’œuvre en Abraham ? Abraham accueille avec bonté trois hommes, qui se révèle être le Seigneur ; puis il intercède pour Sodome et Gomorrhe, villes particulièrement réputées pour leur perversité. Saurons-nous, dans la prière et dans un même mouvement, nous ouvrir au Seigneur et à nos frères ?
Sr Sophie Ramond, r.a.

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