Temps ordinaire (3)

Année liturgique 2005-2006 [B]

- Dimanche 19 novembre 2006 : Vivre sous l’horizon d’une fin... - 33e dimanche ordinaire
Dans le style des apocalypses, le livre de Daniel et l’Evangile de Marc cherchent à dire les événements de la fin des temps. Les apocalypses visaient à réveiller l’espérance des persécutés qui se sentaient broyés par les forces du mal ; généralement, elles s’achevaient par l’anéantissement des pécheurs et le triomphe des élus dans les cieux. Que comprendre cependant des catastrophes astrales décrites en Marc et symbolisant un retour au chaos des origines en vue d’une nouvelle création ? Comment s’imaginer le rassemblement final du peuple de Dieu par l’action des anges, messagers du Fils de l’homme, qui rameutent les disciples des quatre coins du monde ? Seul le fantastique semble pouvoir traduire cet événement inédit de la venue du Fils de l’homme.
Sa venue pour le jugement à la fin des temps est annoncée comme inéluctable, comme victoire définitive sur toutes les forces de mal et de mort. Mais puisque nul ne connaît la date de la fin, comment gérer une histoire qui dure et dans laquelle le bien et la vie ne semblent pas toujours l’emporter ?
Si la fin du monde n’est pas pour demain, avec chaque génération un monde se termine. Toute génération disparaîtra, de même que cet univers en sa forme actuelle, mais non pas les paroles de Jésus qui se vérifieront dans l’histoire à venir. Dieu jugera chacune sur ses occasions de progresser, irréversiblement gagnées ou perdues. La foi chrétienne n’est-elle pas alors à comprendre comme une histoire à construire, une route au bout de laquelle il y a un jugement ? Si nous vivons sous l’horizon d’une fin, le jugement se joue toutefois aujourd’hui... A nous de choisir alors, sans peur, mais en prenant conscience de notre liberté et responsabilité, ce que sera notre vie éternelle... Christ nous apporte le salut, nous offre le don de la communion divine. Prenons dès aujourd’hui ce chemin d’éternité en choisissant la vie plus forte que la mort, le bien plus fort que le mal, la sollicitude plus forte que l’égoïsme, l’espérance plus forte que le découragement... Chacun discernera sa voie.
- Dimanche 12 novembre 2006 : Mourir à soi... - 32e dimanche ordinaire :
Dans le premier livre des Rois, la veuve répond à toutes les demandes de l’homme qui l’interpelle. Il lui demande ce qui est le minimum vital pour vivre : de l’eau et du pain. Elle, qui de par son état social est particulièrement vulnérable, ne se dérobe pas à la requête de l’inconnu. Dans sa confiance, elle lui donne ce qu’elle a pour nourrir son fils - sa descendance - et elle-même. Lui est semblable la veuve de l’Evangile, citée en exemple par Jésus parce qu’elle donne les deux piécettes qui représentent tout ce qu’elle possède, tout ce qu’elle a pour vivre. Son attitude, qui consiste à se dépouiller de tout son bien, de tout ce qui représente sa subsistance, on pourrait traduire de « toute sa vie », en fait à sa manière une figure de disciple idéal, en écho à l’invitation de Jésus à se renier soi-même et à perdre sa vie pour la sauver (8, 34-35).
Ces deux femmes donnent tout, leur vie... Leur geste n’est pas sans risque. L’épître aux Hébreux le rappelle : "le sort des hommes est de mourir une seule fois..." ! Alors cette radicalité doit nous interroger : que sommes-nous prêts à risquer, à abandonner, à donner... qui morde sur notre vie, qui l’ébranle, qui soit une mort à soi ?... Oui, le prix peut être lourd. Livrer ce que l’on a pour vivre, donner sa vie... c’est, en effet, courir le risque de la perdre... Pure folie ? Dynamisme mortifère ? Ce pourrait l’être si nous ne situons notre don de nous-mêmes dans la mouvance de celui du Christ, lui qui s’est offert pour nous, une fois pour toutes. Profondément, à l’intime de nous-mêmes, jusqu’où va notre suite du Christ ? Jusqu’où acceptons-nous de nous dessaisir de notre vie, quel qu’en soit le prix... simplement parce que nous voulons suivre celui qui a abandonné totalement la sienne ?

- Dimanche 5 novembre 2006 : A l’intime de nous-mêmes...- 31e dimanche ordinaire
La réponse de Jésus au scribe qui l’interroge pour savoir quel est le plus grand commandement cite d’abord la confession de foi du "shema Israël", que le juif pratiquant récite le soir et le matin et que l’on trouve en Dt 6, 4-9. Jésus ajoute ensuite le précepte de l’amour du prochain que l’on trouve en Lv 19, 18. D’emblée les paroles de Jésus situent le débat dans les termes d’une relation à Dieu et à l’autre, à celui de qui on peut se rendre proche. Elles lient entre eux les préceptes de l’amour de Dieu et du prochain : celui qui aime Dieu, dans le même mouvement, doit aimer son prochain. Celui qui de tout son être s’attache à Dieu désire lui ressembler, aspire à adopter ses manières d’être et d’agir.
Cette discussion fait suite à toute une série de controverse qui ont lieu dans le Temple de Jérusalem. Or à l’entrée du Temple, le prêtre était chargé de donner une instruction aux fidèles sur la pureté ou l’impureté du sacrifice qu’il apportait à Dieu ; il devait aussi faire passer aux fidèles une sorte d’examen d’entrer au Temple, en leur posant certaines questions sur leurs rapports avec Dieu et avec le prochain dans la vie courante, sur leurs dispositions intérieures. A l’arrivée au sanctuaire, on rappelait donc les conditions requises pour se présenter devant Dieu. Est-ce ce rôle que Jésus assume ? C’est ce que le scribe semblerait indiquer en reprenant les commandements pour préciser, comme l’ont fait les prophètes, que les accomplir vaut mieux que toutes les offrandes et tous les sacrifices. Jésus déplace la discussion du respect des commandements aux motivations intimes qui sont à la source des actes. Accepterons-nous de nous laisser sonder et interroger en ce lieu même de notre intimité où se jouent la vérité et la cohérence de nos comportements ?

- Dimanche 29 octobre 2006 : Que cherches-tu ? - 30e dimanche ordinaire
Le contexte de la guérison de l’aveugle Bartimée est celui de l’incompréhension des disciples sur les conditions pour suivre Jésus. Dans l’épisode précédent, Jacques et Jean faisaient partie du groupe qui suivait Jésus sur le chemin, mais ils rêvaient d’être "assis" dans la gloire. En revanche, assis au bord du chemin, Bartimée est invité à se lever ; il marche alors vers Jésus, puis il le suit. Comme il l’avait fait avec les fils de Zébédée Jésus demande au fils de Timée : "Que veux-tu que je fasse pour toi ?". Les premiers demandaient le pouvoir et la gloire, le second implore la guérison. Les uns voulaient suivre un Messie triomphant avec qui ils partageraient la corégence, l’autre un Messie qui peut le sauver et l’enseigner.
Il y a donc une opposition entre, d’un côté, la mise en mouvement à la suite de Jésus de celui qui était auparavant statique au bord du chemin, et, de l’autre, l’incapacité de ceux qui suivent matériellement Jésus mais ne peuvent être véritablement disciples.
Les uns et les autres s’offrent comme figures d’identification au lecteur. Autrement dit, il nous faut choisir entre des possibles que le texte évangélique nous propose : suivre Jésus comme les disciples mais sans abandonner le désir d’avoir le pouvoir et les honneurs ou s’identifier à Bartimée qui exprime sa foi dans le pouvoir de guérison de Jésus. L’Evangile ne peut être édulcoré, ni la question qu’il nous adresse : que cherches-tu ? Le pouvoir ou le service ? La gloire ou le don de soi ? Au fond, nous sommes invités à réentendre et à reconnaître que le sens de notre vie se trouve en Dieu, non en nous-mêmes. Il n’est pas au bout de nos calculs mais de notre reconnaissance de la présence de Dieu et de ce qu’elle peut transformer en nous.

- Dimanche 22 octobre 2006 : Faire du mal subi le lieu d’un don de soi - 29e dimanche ordinaire
Le livre du prophète Isaïe présente la figure d’un serviteur qui "fait de sa vie un sacrifice d’expiation". Le terme employé en hébreu pour désigner le sacrifice est très précis : il désigne le sacrifice spécifique prévu pour obtenir le pardon pour le détournement d’un bien sacré, réservé au Seigneur. Que peut être ce bien profané sinon le serviteur lui-même, choisi par Dieu pour une mission particulière ? Une telle élection consacre et sanctifie le serviteur, parce qu’elle le réserve totalement pour Dieu. La violence subie par le Serviteur est alors une atteinte au bien du Seigneur ; et cette atteinte exige quelque chose d’analogue au sacrifice de réparation. Mais le Serviteur offre volontairement sa vie pour le pardon de ceux qui ont porté une main criminelle contre lui : il consent à mourir injustement dans la confiance que Dieu accepte son abandon comme une offrande de sa vie, qui a valeur de pardon pour les coupables.
Dans l’évangile les fils de Zébédée ne comprennent pas que Jésus accomplit la figure du Serviteur. Ils demandent de "siéger dans la gloire". Jésus renvoie à la Passion et il y associe les disciples : "pouvez-vous boire à la coupe que je vais boire..." Il les invite à partager d’abord la réalité concrète de son obéissance au Père, symbolisée par la coupe et le baptême. Dans l’Ancien Testament, la coupe représente fréquemment l’amertume du châtiment divin et l’épreuve qui purifie le pécheur. On entrevoit déjà la coupe eucharistique et celle de l’agonie. Le baptême du Christ, comme celui du chrétien, est un engagement jusqu’à la mort dans le dessein sauveur de Dieu.
Ainsi nous sommes invités à contempler ce que Jésus-Christ a accepté pour nous, sans édulcorer ce qu’il a souffert, l’épreuve qui a été sienne, comme le rappelle la lettre aux Hébreux. En même temps, se pose à nous cette question cruciale : sommes-nous capables d’être des serviteurs, à la ressemblance du Christ, c’est-à-dire de faire du mal subi le lieu d’un don de soi ?

- Dimanche 15 octobre 2006 : Accepterons-nous aujourd’hui de nous mettre à découvert devant Dieu ? - 28e dimanche ordinaire
Discernement et esprit de sagesse, comme dons obtenus par la prière, plutôt que richesse et pouvoir : voilà ce que propose le sage de la première lecture, comme critère de choix d’une vie sensée. La Parole de Dieu, qui scrute et sonde nos intentions, passe nos actions au creuset du discernement de leurs motivations profondes : voilà ce qui fait la vérité de notre être face à Dieu, enseigne la lettre aux Hébreux. Autrement dit, discernement et sagesse sont préférables à tout bien temporel, à toute capacité humaine ; ce sont des dons de Dieu à recevoir dans la prière, quand nous consentons à exposer notre vie à la Parole de Dieu. Terrible exigence que Jésus radicalise encore.
En réponse à la question du jeune homme riche, Jésus ne s’écarte pas des commandements de Dieu énoncés dans l’Ancien Testament ; mais quand le jeune homme dit qu’il les a observés, Jésus, avec tendresse, lui demande de vendre ses biens et d’en donner le montant aux pauvres. La condition de disciple dépasse une simple fidélité à la loi de Dieu : elle est adhésion à une personne, dont l’appel détermine le sens de sa vie, parce qu’elle inaugure la venue du Royaume de Dieu. Renoncer à soi-même pour suivre le Christ, c’est vendre les biens qui empêchent d’avancer et deviennent obstacle, c’est accepter d’abandonner tout ce en quoi nous recherchons quelque sécurité trop humaine : richesse, pouvoir, perfection, apparence, image positive de soi livrée aux autres...
Le "viens, suis-moi" que Jésus adresse à ce riche interpelle notre propre capacité à lire les Ecritures pour comprendre le Christ, à mettre à nu notre vie devant les exigences de la Parole qui nous est adressée, à nous recevoir de Dieu... Qui suis-je en vérité ? Qu’est-ce qui motive réellement mes choix ? Quelle est l’authenticité de ma suite du Christ ?...
Bref, accepterons-nous aujourd’hui de nous mettre à découvert devant Dieu ? Nous ne pouvons nous y dérober : c’est à l’acceptation ou non de la Parole et à sa mise en pratique que se mesure la foi !

- Dimanche 8 octobre 2006 : La dépendance, une richesse - 27e dimanche ordinaire
L’évangile qui est présenté à notre méditation en ce dimanche a quelque chose de déconcertant : il rapporte une controverse entre les pharisiens et Jésus à propos de l’acte de répudiation et la dispute de Jésus et de ses disciples à propos de l’accueil des enfants. S’il est facile d’établir un lien entre la première controverse et le texte de la Genèse, il est à première vue plus complexe de déceler la logique qui préside la rédaction évangélique dans l’enchaînement des deux discussions. Pourquoi Marc rapporte-t-il la prise de position de Jésus sur le mariage et tout à la suite sa présentation de l’enfant comme modèle pour entrer dans le Royaume ?
Le texte de la Genèse dévoile que la femme est l’aide qui correspond à l’homme, son aide en vis-à-vis. Une complémentarité est établie entre l’homme et la femme et la différence sexuelle manifeste ainsi qu’aucun être vivant ne se suffit à lui-même. Tous nous avons besoin des autres, de partenaires à égalité, pour nous construire et bâtir notre vie. Mais Jésus signifie plus radicalement encore la limite humaine en présentant l’exigence de devenir comme un enfant pour accueillir le royaume. L’enfant est par définition radicalement dépendant des autres ; il est un être en devenir qui a besoin d’être soigné, nourri, enseigné... L’enfant représente alors la vérité de l’homme comme créature. L’enfant face à ses parents révèle ce que tout homme et toute femme sont devant Dieu : ils sont limités parce que créatures, dépendants de leur créateur, c’est-à-dire au fond, plus positivement, dans une relation de filiation avec Lui. Voilà pourquoi aussi la lettre aux Hébreux rapporte que Jésus n’a pas honte de nous appeler ses frères, nous qui recevons de Lui le salut que nous en pouvons nous donner à nous-mêmes.
Nous voilà donc invités à regarder positivement nos limites et nos dépendances comme lieu possible de rencontre et de communion avec nos frères et sœurs et avec Dieu ! Invités à nous accueillir nous-mêmes et à accueillir les autres comme dons de Dieu !

- Dimanche 1er octobre 2006 : Ne bafouons pas l’esprit de tendresse par notre jalousie... - 26e dimanche ordinaire
La semaine dernière la lettre de saint Jacques nous invitait à entendre que la jalousie et les rivalités mènent au désordre et à toutes sortes d’actions malfaisantes. Dans les lectures de ce jour, le même avertissement est repris. Le livre des Nombres rapporte que Dieu accorde à d’autres hommes une part de l’Esprit qui repose sur Moïse, pour qu’ils partagent avec lui sa responsabilité envers le peuple. Partager l’Esprit ne retire rien à celui qui en était le dépositaire initial, pas plus que l’Esprit lui-même n’en est affaibli. Alors à Josué qui s’offense que deux hommes aient reçu l’Esprit alors qu’ils n’étaient pas à la tente de la rencontre, Moïse exprime son désir que la vocation du peuple tout entier soit de vivre de l’Esprit prophétique.
Dans l’évangile, la réaction de Jean est semblable à celle de Josué. Il voudrait empêcher ceux qui chassent des démons au nom de Jésus alors qu’ils ne sont pas de ceux qui le suivent. La réponse de Jésus est sans équivoque : "celui qui n’est pas contre nous est pour nous". Sans doute inconsciemment Jean réagit de la même manière que les scribes qui accusent Jésus d’expulser les démons par le prince des démons (3, 22). Au lieu de se réjouir que Dieu donne à un homme le pouvoir de libérer ses semblables, jaloux d’une action qui paraît le dépouiller d’un pouvoir spirituel qu’il s’était approprié, il juge cette action selon un autre esprit. L’Esprit de tendresse est bafoué par l’esprit de jalousie !
Alors sachons nous aussi reconnaître l’Esprit à l’œuvre dans tous les gestes qui portent réconfort, soutien... petits gestes quotidiens qui font reculer le mal parce qu’ils traduisent le choix pour la vie plus forte que la mort, l’amour plus fort que la haine. Sans jalousie, rendons grâce pour tout ce que les autres peuvent accomplir de positif au service du Royaume...

- Dimanche 24 septembre 2006 : Le plus grand est le plus petit - 25e dimanche ordinaire
Alors qu’il traverse la Galilée avec ses disciples, Jésus répète qu’il va vers la mort et qu’il ressuscitera. Les disciples ne comprennent pas mais ils ont peur de l’interroger. Leur relation à lui n’est pas totalement libre encore et c’est pourquoi ils ne sont pas dans la vérité. Ils ne comprennent pas qui est Jésus et ils ne comprennent pas ce que signifie être à sa suite.
Ils discutent pour savoir qui est le plus grand. Ils ne sont pas capables de s’ouvrir à Jésus ; alors ils parlent entre eux en se dissimulant. Ils ne sont pas capables de formuler leur difficulté à le suivre sur ce chemin qui passe par la croix ; alors ils discutent pour savoir qui a le pouvoir. Leur attitude est ainsi diamétralement opposée à la sienne. Jésus, au début de sa vie publique, avait refusé la prétention qu’il faille être puissant pour apporter le salut, comme le lui suggérait Satan ; au terme de sa vie, à Gethsémani, il ne succombera pas à la tentation de se soustraire à la menace de souffrance et de mort.
Les disciples attendaient sans doute un Messie grand, puissant, capable de subjuguer tous les peuples et de vaincre les ennemis. Leur manière de comprendre le Messie est enracinée dans la logique selon laquelle « le plus grand » est celui qui soumet sous son pouvoir les autres.
Et nous, saisissons-nous l’enjeu d’une relation libre et ouverte au Christ pour notre être disciple ? Quelle place a dans nos vies cette valeur du Royaume enseignée par Jésus : le plus grand est à chercher parmi les plus petits ? Sommes-nous capables de renoncer à exercer notre pouvoir sur les autres même pour défendre une cause que nous jugeons bonne ? Le texte évangélique, tout aussi radicalement que la lettre de saint Jacques, interroge notre capacité à renoncer à nous-mêmes et à nous effacer devant les autres...

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