Temps ordinaire (3)

Année liturgique 2004-2005 [A]

- Christ Roi : 20 novembre 2005 : C’est à moi que vous l’avez fait

Aux disciples qui lui ont demandé quand viendra la fin, Jésus a indiqué comment se préparer. Il les a invité à fortifier leur foi et leur espérance, à affermir leur attente et à se sentir responsables des dons de Dieu. Il dévoile à présent le contenu de la vigilance exigée. Propre à Matthieu la scène du jugement révèle la présence secrète du Fils de l’homme en chacun des malheureux.
Les prérogatives judiciaires qui appartenaient à Dieu, l’escorte des anges et le « rassemblement des nations », sont transférées au Fils de l’homme dont l’ultime fonction est d’introduire les justes dans le Royaume préparé depuis la création du monde. Le jugement consiste en un tri entre ceux que le Père a bénis et les maudits. Le critère de discernement est l’amour, vide étant la foi qui n’agit pas par l’amour. Tous, bénis ou maudits, expriment leur étonnement : "Seigneur, quand est-ce que nous t’avons vu... ?" Jésus répond en s’identifiant, sans limite ni discrimination, à tous les humiliés, menacés dans leur humanité.
Le verdict prend-il alors au dépourvus les hommes ? Non, car si c’est à Jésus de révéler sa solidarité avec les petits, il n’en reste pas moins que ces actes de charité sont, dans la révélation biblique, considéraient comme une juste imitation de la conduite de Dieu : se désolidariser des affamés, des opprimés, des malades, des étrangers et des captifs, c’est désavouer la cause de Dieu. Le prophète Ezéchiel avait déjà annoncé que Dieu en personne viendrait remplacer les rois indignes, s’occuper du troupeau et rétablir l’équité entre brebis.
C’est pour nous encore une invitation à adopter les manières d’être et d’agir de Dieu, dans la confiance qu’alors nous serons reconnus siens...

- 33° dimanche ordinaire : 13 novembre 2005 : Soyons responsable de ce qui nous a été donné en partage...

Jésus dit encore une parabole pour signifier comment se préparer à la parousie : un maître partant en voyage confie à ses serviteurs ses biens, à chacun une somme incroyable, selon ses capacités. Aussitôt, deux des serviteurs agissent pour faire fructifier leur capital, tandis que le troisième se contente de l’enfouir en terre. Au retour du maître, les serviteurs se présentent les uns après les autres. Les deux premiers présentent leur gain ; ils sont loués par leur maître et reçoivent la promesse de charges plus importantes. Le troisième serviteur, en revanche, accuse son patron de rapacité et dureté, avant même d’avouer sa peur et son inaction. En enfouissant son talent, ce serviteur, selon la jurisprudence de l’époque, s’est dégagé de toute responsabilité. C’est cela même qui contraste avec l’attitude des deux autres : l’absence de confiance dans la relation, le refus de s’investir pour les intérêts du maître. Celui-ci alors prononce une sentence : le serviteur est jugé sur ce qu’il dit ; il avait l’image d’un homme exigeant et il devait se conduire en conséquence. Mais surtout, le maître demande que lui soit retiré son talent et qu’il soit donné à celui qui en a dix. On comprend alors que les biens de cet homme étaient vraiment donnés aux serviteurs.
Au fond ce qui est mis en évidence c’est la largesse du maître, qui n’a pas donné son argent aux serviteurs par appétit du gain, mais pour leur faire partager son autorité. Le maître ne veut pas opprimer, mais élever ceux qui sont dignes de confiance. Le Royaume ne sera établi pleinement qu’avec la venue finale du Christ ; mais sa présence au quotidien est maintenant remise entre les mains de ceux auxquels le Seigneur a confié ses dons. A nous de nous sentir responsable de ce qui nous a été donné en partage...

- 32e dimanche ordinaire : 6 novembre 2005 : Ceux qui aiment vraiment sont toujours en attente.

La parabole des dix vierges met le Royaume de Dieu en images. Le cadre est celui d’un mariage, selon un donné biblique traditionnel qui compare à des noces l’union entre Dieu et son peuple. On appréhende alors sans trop tarder que, dans le récit de Matthieu, Jésus est lui-même l’époux. Mais, dans la parabole - comme d’ailleurs dans la lettre de saint Paul -, le retour de l’époux tarde. Quoi de plus naturel alors que de s’endormir comme le font les jeunes filles ? Serait-il possible de pouvoir s’arque bouter contre sa propre faiblesse ? La parabole ne le demande pas ; elle admet le sommeil des dix vierges. Cependant, il ne s’agit pas d’être pris au dépourvu, lorsque le retour de l’époux survient à l’improviste, en pleine nuit. La parabole enseigne une certaine forme de sagesse, orientée par l’attente de la venue finale du Seigneur : si elle ne nie pas la faiblesse humaine, elle invite à la veille du cœur, qui fait, que même dans l’inattendu, on peut se rendre accueillant au don de Dieu. Alors si sa conclusion est sévère : les vierges imprévoyantes sont exclues, elle permet de comprendre que dans le face-à-face décisif avec Dieu, nul ne peut plus rien pour l’autre. Il ne suffit pas d’être invité, il faut se préparer.
Ceux qui aiment vraiment sont toujours en attente, toujours prêts à accueillir ; leur cœur veille et sait discerner à tout moment la présence de Dieu. Ainsi sont-ils prêts pour la rencontre définitive. Soyons donc de ceux-là ; soyons comme ces jeunes filles avisées, faibles certes, mais vigilantes, animées d’un grand désir... C’est aujourd’hui, qu’il nous faut être en attente et cultiver notre désir. C’est dans la durée, dans un instant toujours renouvelé, qu’il nous faut éprouver notre foi et notre espérance.

- 31° dimanche ordinaire : 30 octobre 2005 : La fidélité est un don de Dieu, le fruit de sa grâce.

Jésus est à Jérusalem ; il a été en butte à des controverses, au cours desquelles ses adversaires cherchaient à lui tendre un piège. Il conclut ces débats par un jugement sévère contre le pouvoir religieux, que la liturgie met en parallèle avec l’attaque du prophète Malachie contre les prêtres juifs de l’époque perse. Ces derniers ont perverti le sens de la loi en l’interprétant à leur profit, de façon partiale. Aux scribes et aux pharisiens Jésus reproche l’incohérence entre le dire (leur enseignement) et l’agir (leurs comportements). Ces gens imposent aux autres un fardeau qu’eux-mêmes ne portent pas. De plus, ils s’offrent en modèle, cultivant les apparences. Puis Jésus termine son accusation, en réprouvant l’appropriation, dans le domaine religieux, de termes qui impliquent une relation de dépendance, qui n’est, en réalité, due qu’au Père et au Christ.
Le livre du prophète Malachie, comme l’Evangile de Matthieu, stigmatisent l’autoritarisme de chefs religieux, et peut-être aussi de personnes soucieux de perfection, qui font "de la Loi une occasion de chute pour la multitude". C’est pour nous un appel à contempler Jésus, "doux et humble de cœur", libre d’une application stricte de la loi qui en pervertirait l’esprit. C’est l’appel encore à ne pas chercher une conformité à la loi morale ou religieuse, à la force des poignets... comme si nous étions laissés à nos propres forces. Saint Paul nous le rappelle : "la parole de Dieu (...) est à l’œuvre en vous, les croyants". Alors apprenons simplement à être assez humbles pour, d’une part, reconnaître que toute fidélité est un don de Dieu, et, d’autre part, nous laisser façonner par sa Parole, afin que par grâce, nous devenions de plus en plus conforme au Christ, le Serviteur par excellence...

- 30° dimanche ordinaire : 23 octobre 2005 : Aimer à la manière de Dieu, en réponse à son amour...

De nouveau, Jésus est aux prises avec des adversaires qui cherchent à le prendre au piège. Espérant réussir à ne pas se faire fermer la bouche comme les sadducéens, des pharisiens font corps, qui veulent tenter de le mettre à l’épreuve en posant la question du commandement essentiel. C’est un savant, quelqu’un qui a pouvoir sur les autres par la force de son savoir, qui pose la question.
La réponse de Jésus s’élabore en trois temps : le premier précepte est celui de l’amour de Dieu, que Jésus cite à partir du "Shema Israël" ("écoute Israël", Dt 6, 4-9) récité par le juif pratiquant le soir et le matin ; c’est une confession de foi. Le second précepte, qui lui est semblable, est l’amour du prochain, selon une formule tirée de la loi de sainteté (Lv 17, 26). Enfin, Jésus précise que ces deux commandements synthétisent toute la loi et les prophètes, c’est-à-dire l’ensemble de la révélation biblique.
A Dieu, qui l’a fait à son image, l’homme ne peut que désirer répondre par un amour qui mobilise tout son être, oriente toutes ses énergies. Créé à l’image du Dieu qui l’aime, il ne peut qu’aspirer à lui être semblable, il ne peut que désirer adopter les mêmes manières d’être et d’agir. Or la première lecture précise que Dieu, qui est compatissant, prend parti de l’immigré, la veuve et l’orphelin. Ainsi le croyant apprend quel est le prochain qui doit faire l’objet de son attention, celui qui est petit, sans défense, sur lequel il est facile d’exercer n’importe quelle forme de pouvoir... Alors aimer à la manière de Dieu, c’est aussi renoncer radicalement à toute forme de domination, y compris celle qui a l’apparence du bien et du dévouement, mais qui est peut-être encore une manière de ne chercher que sa propre perfection...

- 29° dimanche ordinaire : 16 octobre 2005 : L’homme est à l’image de Dieu...

L’Evangile de ce dimanche nous raconte comment des pharisiens trament un complot contre Jésus. Ils envoient des disciples et des hérodiens pour lui tendre un piège ; première ruse du langage où les adversaires n’affrontent pas directement Jésus et ne manifestent, par conséquent, aucune volonté d’entrer en dialogue avec lui. Leur seul objectif et de vaincre Jésus en le compromettant. Les envoyés commencent par louer Jésus pour sa droiture morale et la rectitude de son enseignement ; deuxième ruse du langage qui flatte pour mieux tromper et déstabiliser. Puis ils demandent s’il est légitime de payer l’impôt royal. Si Jésus refusait l’impôt, il serait accusé d’inciter à la rébellion politique. S’il l’admettait, il se compromettrait avec un pouvoir idolâtre.
Alors, pour déjouer le piège, Jésus se fait montrer la monnaie de l’impôt. Ironie de la situation : les pharisiens qui connaissent l’interdit biblique de représentations humaines et les hérodiens qui contestent le régime romain ont en une en leur possession ! En jouant sur le mot image (effigie), Jésus déplace le problème : la monnaie impériale porte l’image de César ; qu’on rende donc à celui-ci ce qui lui revient ! Mais l’homme est image de Dieu. La politique alors se dévoie lorsqu’elle impose de donner à un pouvoir absolu ce qui n’appartient qu’à Dieu : la liberté de l’homme, image de Dieu.
Au croyant d’aujourd’hui revient la même tâche de discerner si l’exercice du pouvoir politique est asservissant ou conforme au dessein libérateur de Dieu, comme le prophète voit qu’il peut l’être chez le roi Cyrus. Au croyant d’aujourd’hui encore d’évaluer la manière dont il use du langage. L’utilise-t-il comme un instrument au service de la force ? Ou conformément à sa fin propre, le dialogue ?

- 28° dimanche ordinaire : 9 octobre 2005 : Aujourd’hui pour nous la noce est prête.

Après la parabole des vignerons homicides qui mettait en garde contre le meurtre du fils, la parabole du repas de noce introduit le thème du festin messianique annoncé par Isaïe. L’Evangile a déjà présenté Jésus comme l’époux de ces surprenantes noces (cf. Mt 9, 15). Le rapprochement entre le repas et le Royaume sera à nouveau évoqué par Jésus la veille de sa Passion, lors du dernier repas qu’il prend avec ses disciples.
Mais aujourd’hui déjà la noce est prête. Par deux fois, des serviteurs sont envoyés chercher les invités. Unanimement ceux-ci refusent une première fois. Ils ne perçoivent pas le don extraordinaire que constitue l’invitation à entrer dans le Royaume. La seconde fois, leur comportement manifeste, pour les uns, qu’ils tiennent l’invitation pour négligeable et lui préfèrent l’accomplissement des tâches quotidiennes, la sécurité de la routine, pour les autres un refus total qui les conduit au meurtre des serviteurs. Alors le verdict tombe : "les invités n’étaient pas dignes". Ils n’auront pas part à la noce, tandis que des gens qui n’avaient pas été pressentis vont remplir la salle. Mais il en est un qui n’a pas revêtu l’habit de noce : il est là comme de passage, comme étranger à la fête. On le chasse.
La noce est prête ; le règne de Dieu est sa Vie en tous et partout. Nous sommes invités à célébrer dans l’action de grâce Dieu pour nous fait homme, mort pour nos péché et pour nous ouvrir l’accès à la vie divine. Aujourd’hui il nous faut accueillir ce don de Dieu, la grâce de notre salut et nous ouvrir à la joie, à la louange pour la gratuité de la vie divine, qui habite toute créature et peut la transformer. Au creux de notre quotidien, il nous faut accueillir le don de Dieu manifesté en son Fils.

- 27° dimanche ordinaire : 2 octobre 2005 : Une parabole en guise d’avertissement

Le poème d’Isaïe compare Israël à une vigne tendrement soignée par Dieu, image que reprend l’Evangile de Matthieu. Mais voilà que, dans la parabole, le propriétaire de la vigne part en voyage. Ce n’est pas qu’il la laisse à l’abandon : il la confie à des vignerons puis des serviteurs. Les uns ont reçu le don de la vigne, à faire fructifier ; les autres ont pour mission de rapporter au propriétaire les fruits de la vigne. Nous ne savons pas si les vignerons ont bien pris soin du vignoble ou non. La parabole met l’accent sur leur refus de remettre les fruits produits. Ils se comportent comme les propriétaires de la vigne qui leur a été confiée. L’arrivée du fils du maître radicalisera ce refus de se désapproprier de l’héritage.
Le paradoxe de la situation réside dans le fait que le propriétaire a bien pris soin de protéger sa vigne : il l’a entourée d’une clôture, y a creusé un pressoir et y a bâti une tour de garde. Mais le danger ne va pas venir d’agressions extérieures, mais de l’intérieur. Le propriétaire est privé des fruits attendus, par ceux à qui il faisait confiance. L’histoire rappelle le livre de la Genèse, lorsque est racontée la faute d’Adam et Eve, jaloux de la place qui revenait à Dieu. L’héritier jeté hors de la vigne et assassiné annonce le destin de Jésus lui-même, crucifié hors de la ville.
La vigne est donnée à d’autres vignerons. C’est la conclusion, que Jésus fait suivre d’une citation du Ps 118 qui applique la parabole à sa situation : son rejet par les responsables d’Israël avait été prévu, mais aussi qu’il deviendrait la pierre d’angle d’un nouvel édifice. Ne sommes-nous pas de ce nouveau peuple, qui lui aussi sera jugé en fonction des fruits qu’il donnera à Dieu ? L’avertissement de ne pas se comporter en propriétaires du monde, de ne pas garder jalousement les dons reçus vaut alors pour nous aussi.

- 26° dimanche ordinaire : 25 septembre 2005 : La conduite du Seigneur n’est pas étrange.

Jésus raconte l’histoire d’un homme qui avait deux fils à envoyer travailler à la vigne. La vigne, dans la Bible, est le peuple de Dieu. Ne serions-nous pas alors ces enfants que le Père veut dépêcher à son vignoble ? Chacun d’entre nous peut entendre l’appel : « Mon enfant va aujourd’hui travailler à ma vigne ». Dieu nous veut ses collaborateurs ; c’est notre grandeur et notre responsabilité.
Si l’appel vaut pour nous aujourd’hui, auquel des deux enfants ressemblons-nous ? A celui qui dit non à son père, puis s’exécute ? Ou à celui qui doit oui, mais n’obéit pas ? Jésus, énonçant cette parabole dans un contexte hostile, chercher à démasquer ses interlocuteurs en leur faisant comprendre qu’ils se comportent comme le deuxième fils. Le fils qui dit non puis se repent vaut mieux que celui dont les actes ne s’accordent pas à ses paroles. Les adversaires de Jésus en conviennent, ce qui lui permet de tirer la conclusion : Jean-Baptiste vivait comme un juste et enseignait que faire pour être juste. Vous êtes comme ce fils qui acquiesce à ce qui est demandé, mais n’agit pas en conséquence. En revanche, les publicains et les prostituées, s’ils ont pu exprimer des réticences face aux exigences dévoilées par Jean-Baptiste, ont essayé d’accorder leur vie à ce qu’ils entendaient.
La foi implique un agir juste, conforme aux manières d’être de Dieu. Et quand nous éprouvons des résistances, la parabole est là pour nous rappeler que ce n’est pas le mouvement premier qui importe, mais notre effort pour demeurer fidèle malgré tout. C’est aussi ce que rappelle le prophète Ezéchiel : la conduite du Seigneur n’est pas étrange ; elle est pleine de miséricorde et de patience quand Il attend que nous réordonnions nos attitudes à sa volonté.

25° dimanche ordinaire : 18 septembre 2005 : Tous nous avons beaucoup reçu !

Etrange histoire que celle de ce maître débordé par les vendanges et qui sort à maintes reprises pour chercher des ouvriers. A-t-il été imprévoyant ? Veut-il s’assurer le produit de la vigne en ne perdant pas de temps ? Toujours est-il qu’il se donne de la peine, jusqu’à embaucher ceux qui ont attendu là, toute la journée, sans rien faire. Ceux-là semblent passifs : ils ont certes un argument pour justifier de n’avoir pas travaillé ; mais se peut-il qu’ils n’aient pas entendu, sur la place, cette bonne nouvelle d’un maître de domaine qui cherchait sans se lasser des ouvriers ?
Etrange dénouement aussi pour ces ouvriers qui reçurent tous le même salaire alors qu’ils n’avaient pas fourni le même travail ! Les ouvriers de la première heure n’ont-ils pas raison de se fâcher ?
Le récit que raconte Jésus frôle l’impertinence pour des auditeurs qui estimeraient que chacun doit recevoir selon son mérite. Le problème n’est pas que les premiers embauchés soient lésés. Ils ont reçu le salaire convenu au moment de l’embauche. Ce qui peut choquer, c’est que les derniers aient autant. Alors le problème n’est-il pas celui de la jalousie ? Si nous avons tout ce qu’il nous faut, pourquoi souffrons-nous que ceux-là qui en font moins, qui sont moins méritants... reçoivent autant ? La parabole met en valeur la souveraineté de Dieu et une gratuité qui n’est fondée sur aucun mérite. Sans se lasser, Dieu sort à la recherche des pécheurs, des indifférents.... et Il attend qu’avec Lui tous ses fidèles se réjouissent pour ces hommes qui s’ouvrent à sa grâce. Apprenons encore à nous réjouir des dons, des talents des autres, de ce qu’ils reçoivent en partage, avec cette certitude qu’en rien nous ne sommes lésés, car tous nous avons beaucoup reçu !

- 24° dimanche ordinaire : 11 septembre 2005 : Nous sommes beaucoup pardonnés...

"Combien de fois dois-je pardonner ? Jusqu’à sept fois ?" demande Pierre, en reprenant le chiffre donné par Dieu à Caïn, dans une parole de protection. Jésus répond en reprenant un poème mis, au livre de la Genèse, dans la bouche de Lamek. Par ce poème cruel, Lamek cherche à susciter la terreur et à prévenir la violence contre son clan. Entre Caïn, le meurtrier protégé par Dieu, et Lamek, la vengeance s’est multipliée : de 7 fois à 70 fois 7 fois, ce qui signifie une vengeance illimitée !
Jésus ne propose pas simplement un moyen de contenir la violence sans limites qui menace l’humanité si elle suit le chemin ouvert par Caïn. Il retourne totalement cette logique. Il propose un pardon illimité ! Pour se faire comprendre, il raconte une histoire, la parabole du débiteur sans pitié. Soit un homme qui doit une somme ahurissante à un roi. Sa promesse de tout rembourser est sans doute impossible à réaliser, et pourtant, le roi accepte de lui remettre cette dette. Mais ce même homme est sans pitié pour un compagnon qui lui doit une somme bien plus petite. Averti, le roi le soumet à la torture ; car cet homme devait remettre la dette de son compagnon, lui-même ayant reçu la grâce inespérée de remise d’une dette infiniment plus importante.
L’attitude de l’homme de la parabole provoque en nous de l’indignation, comme il en fut pour le roi David lorsque le prophète Natân lui raconta la parabole du riche qui vole une brebis à un pauvre. Mais, comme Natân dit à David : "Cet homme, c’est toi !", ne devons-nous pas reconnaître que l’homme de la parabole racontée par Jésus est une part de nous-mêmes ? Alors quand nous sentirons en nous la difficulté à pardonner, souvenons-nous que nous-mêmes sommes beaucoup pardonnés...

- 23° dimanche ordinaire : 4 septembre 2005 : La correction fraternelle : geste d’amour ?

L’Evangile de ce jour nous propose un exercice peut-être déconcertant de l’amour mutuel : la correction fraternelle. Il s’agit, comme le précise aussi le texte du prophète Ezéchiel, d’avertir le méchant d’abandonner sa conduite mauvaise. Dénoncer le mal commis, les comportements qui perturbent la vie communautaire ou sont objets de scandale, est-ce vraiment de l’amour ? Sans doute si on reconnaît humblement que la réponse spontanée au mal est la vengeance, au scandale la condamnation et l’exclusion. L’exigence est celle de parler aux pécheurs et aux violents en vérité et sans les réduire au mal qu’ils ont commis, jusqu’à ce qu’ils reconnaissent leur propre égarement, leur propre violence. Ce qui est demandé alors n’est-ce pas l’exercice d’une justice qui pardonne au méchant, par opposition à une justice qui le condamne ? Car ce qui est visé, dans une telle manière de procéder, ce n’est pas la punition du méchant, mais son changement de conduite. Et si le prophète Ezéchiel insiste en disant qu’il nous sera demandé des comptes du sang du méchant si nous n’avons rien fait, c’est bien que le Seigneur nous invite à être ses partenaires pour travailler le mal de l’intérieur et le faire tourner en bien. L’enjeu, encore, est celui de la communion restaurée au lieu de ruptures et de renvois. C’est pourquoi, la communauté de l’Église toute entière est concernée.
Soyons donc ces "guetteurs" amoureux, soucieux de la bonne santé spirituelle des uns et des autres, du pardon qui reconnaît le coupable comme un être capable de reconquérir son image divine, de la communion... Ainsi nous rendrons présents le Christ et deviendrons ensemble une épiphanie de son amour tendre et miséricordieux.

- 22° dimanche ordinaire : 28 août 2005 : L’amour seul sauve

Pierre a confessé que Jésus est le Messie, le Fils de Dieu, mais aussitôt après il se révolte à l’idée d’un passage par l’humiliation et par la croix. Il ne peut accepter l’idée de la souffrance de Jésus dans l’annonce de sa Passion.
En méditant ce passage de l’Evangile, en reconnaissant peut-être dans la réaction de Pierre une part de nous-mêmes, comment ne pas laisser résonner ces paroles que le Saint Père adressait aux jeunes lors de la veillée des JMJ : "le pouvoir de Dieu est différent du pouvoir des puissants de ce monde. Le mode d’agir de Dieu est différent de ce que nous imaginons et de ce que nous voudrions lui imposer à lui aussi (...) Au pouvoir tapageur et pompeux de ce monde, Il oppose le pouvoir sans défense de l’amour qui, sur la croix -et ensuite continuellement au cours de l’histoire- succombe et qui cependant constitue la réalité nouvelle, divine, qui s’oppose ensuite à l’injustice et instaure le Règne de Dieu..."
Pierre doit accepter de changer son regard sur le Messie : Jésus n’imposera pas le Règne de Dieu par la force ; il se montrera vulnérable jusqu’à mourir sur la croix, refusant de répondre à la violence par la violence. Mais cette violence subie, il en fait le lieu du don de soi, dans une confiance totale au Père. Les disciples sont invités à changer leur regard sur le Messie, comme ils sont invités aussi à adopter les manières d’être et d’agir de Dieu. "Ils ne poseront plus la question : à quoi cela me sert-il ? Ils devront au contraire poser la question : avec quoi est-ce que je sers la présence de Dieu dans le monde ? Ils doivent apprendre à se perdre eux-mêmes et ainsi à se trouver eux-mêmes". Jésus nous révèle que l’amour seul sauve ; c’est à l’amour que nous sommes appelés, courageusement et humblement.

- 21° dimanche ordinaire : 21 août 2005 : Pour toi, qui suis-je ?

Dans l’Evangile de ce jour, Matthieu nous présente Jésus interrogeant les disciples, comme pour sonder leur foi. Il le fait par étapes. Il demande d’abord ce que disent les gens et on apprend ainsi que Jésus est surtout perçu comme un prophète. Puis Jésus interroge les disciples eux-mêmes, comme pour leur indiquer qu’après avoir écouté les rumeurs, ils doivent faire retour en eux-mêmes et professer leur propre foi : "Pour vous, qui suis-je ?" » La réponse vient de Pierre : "Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant !"
Avant d’aller plus loin, il convient de faire une pause, pour que nous n’entendions pas, nous non plus, l’Evangile de l’extérieur, mais pour qu’au contraire résonne en nous, au plus intime, la question de Jésus : "Pour toi, qui suis-je ?" Il nous faut, nous aussi, apprendre à trouver notre propre réponse, à discerner la place que nous donnons au Christ dans nos vies. Peut-être alors entendrons-nous aussi, à l’intime de nous-mêmes, la béatitude que Jésus adresse à Pierre : « Heureux es-tu... : ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux ». Sachons, alors, nous mettre à l’écoute de ce que la voix divine murmure en nous, au creux même de notre faiblesse, à nous qui sommes « de chair et de sang ». Et peut-être pour nous, comme pour Pierre, y aura-t-il aussi une promesse : nous sommes tous les membres du corps du Christ. Il a besoin de nous, de notre foi, même chancelante, pour faire grandir son Règne. Le don que le Seigneur nous fait ne doit jamais nous replier sur nous-mêmes : c’est également une tâche. Mais ce qui est conjointement don et tâche est aussi source de bonheur et de vie. Ne craignons pas l’appel de Dieu !

- 20° dimanche ordinaire : 14 août 2005 : Lui seul peut combler véritablement notre indigence.

Après une controverse avec les pharisiens à propos du pur et de l’impur, Jésus s’est retiré vers la région païenne de Tyr et de Sidon. Mais voilà qu’aussitôt une femme se porte à sa rencontre. Elle est de la race maudite et méprisée de Canaan (voir Gn 9, 25). Cette femme crie et réclame pour sa fille un exorcisme. Dans sa détresse, elle appelle Jésus : "Seigneur, fils de David", reconnaissant par là la validité des promesses faites à David, et par conséquent, la place privilégiée des fils d’Israël. Jésus se tait, comme pour lui permettre d’aller encore plus loin. Alors, dans leur agacement, les disciples interviennent. Et Jésus semble refuser en se référant à la mission reçue de son Père : il est le Messie du peuple d’Israël. Loin de se décourager la femme se prosterne humblement et renouvelle sa supplication. Elle sait que son peuple est méprisé : elle ne demande que les miettes. Jésus la loue pour sa foi, car en raison de celle-ci, elle obtient ce qu’elle demande. La foi obtient le salut. Elle fait tomber les barrières : il n’y a plus de juifs ou de païens. Il n’y a que des hommes et des femmes qui reconnaissent avec humilité avoir besoin d’un Sauveur, qui mettent leur confiance dans l’envoyé du Père, Jésus le Christ.
La leçon de cet épisode est pour nous une leçon d’humilité. Ce ne sont pas les gens respectables selon nos critères, les purs, qui seront sauvés. Ce sont les pauvres quels qu’ils soient, qui savent mettre leur confiance en Dieu, car Lui seul peut combler véritablement notre indigence. Puissions-nous du fond de notre faiblesse et de notre pauvreté laissez monter vers Dieu nos supplications, avec cette foi confiante en son action transformatrice et salvatrice en nous.

© Sr Sophie Ramond, r.a.
Communauté de Lübeck

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