Temps ordinaire (2)

Année liturgique 2006-2007 [C]

- 16e dimanche ordinaire : 22 juillet 2007 - De deux invitations...
Jésus reçoit l’hospitalité de deux sœurs qui, une fois celui-ci entré dans la maison, se comportent assez différemment. Marie se tient assise à ses pieds, c’est-à-dire qu’elle se positionne en disciple qui veut écouter la parole du maître. Marthe, en bonne maîtresse de maison, s’affaire. Et Jésus ne le lui reproche pas ; servir, en effet, est encore une manière d’être disciple. Mais il lui reproche de ne pas comprendre le choix de sa sœur et surtout il lui reproche de s’inquiéter. L’écoute de la Parole doit passer avant toute chose ; c’est l’unique nécessaire, la meilleure part.
Marie est celle qui a su se faire proche de Jésus. Dans ce récit on peut distinguer quelques allusions au culte : les multiples soins du service, la meilleure part ou bonne portion qui fait songer à la portion des lévites (cf. Dt 10, 9 ; Jos 18, 7 ; Ps 156, 6). L’écoute et la mise en pratique de la parole de Dieu sont le nouveau culte attendu des disciples qui marchent à la suite de Jésus. C’est leur héritage, leur part, leur bonne portion. Le disciple est celui qui écoute la Parole du Seigneur et la met en pratique ; dès lors tout pour lui est radicalement unifié. Au fond Marthe et Marie ne sont peut-être que les deux faces de la même personne du disciple qui accueille, qui écoute et qui sert ! La seule chose qui compte est l’unification intérieure qui s’opère dans l’écoute et la suite du Christ. Première invitation.
Quant à la figure d’Abraham, elle est devenue le paradigme de l’hospitalité biblique. Abraham accueille avec bonté trois hommes et il lui est fait une promesse. Il prend soin du corps de ses hôtes et dans le corps de Sara s’annonce l’enfant inespéré. Il accueille l’autre, l’étranger et Sara va pouvoir accueillir l’autre, l’enfant. La venue du Christ parmi nous ne s’inscrit-elle pas dans la suite de cette histoire d’hospitalité ? Dieu lui-même frappe à la porte pour qu’on le laisse entrer : “Voici, je me tiens à la porte et je frappe ; si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui pour souper, moi près de lui et lui près de moi” (Ap 3, 20). Nous pouvons ainsi faire de Dieu notre hôte intérieur et l’accueillir en accueillant nos frères jusqu’à ce que nous soyons à notre tour accueillis d’une manière définitive, devenant les hôtes de Dieu dans sa maison ; c’est Lui alors qui servira à table (cf. Lc 12, 37). Mystère de l’hospitalité de Dieu, vécu dès maintenant dans l’Eucharistie... Deuxième invitation.

- 15e dimanche ordinaire : 15 juillet 2007 - Devenir le prochain qui aime...
L’amour de Dieu et l’amour du prochain sont établis dans la loi mais semblent s’exclure dans certaines circonstances. Pour répondre au docteur de la loi qui le met à l’épreuve, Jésus choisit précisément un cas où le respect de la loi semble s’opposer au devoir de charité. En effet, le prêtre ne pouvait songer à se souiller en touchant un homme à demi-mort (Lv 21, 1). Le lévite, rendu impur par le contact avec un mourant, n’aurait pu s’acquitter de ses fonctions cultuelles avant sept jours (Nb 1911-16). Le prêtre et le lévite de la parabole semblent donc opter pour le commandement d’amour de Dieu. Le Samaritain est pris de compassion. Pour Jésus, la question n’est pas de savoir qui est notre prochain mais de découvrir comment devenir le prochain d’autrui. L’essentiel est de travailler à devenir le prochain qui aime, sans faire acception de personnes.
Jésus, dans sa réponse, déplace donc le débat. Aux relations de droit, il substitue la dynamique du salut qui arrive gratuitement. L’essentiel est de travailler à devenir le prochain qui aime, sans regarder qui est à aimer, sans faire acception de personnes. Et c’est un Samaritain, hérétique et étranger, qui retrouve l’inspiration profonde de la miséricorde. Il est pris aux entrailles, comme Jésus lui-même pour la veuve de Naïn (7, 13), comme le Père de la parabole des deux fils (15). Le Samaritain, sans la savoir, se fait miséricordieux comme Dieu lui-même est miséricordieux. La tradition patristique n’a pas craint d’identifier Jésus et le Samaritain. L’invitation est en tous cas pour nous de nous laisser investir par la miséricorde divine. C’est l’unique nécessaire.
Alors, comme nous y invite encore, le livre du Deutéronome, revenons au Seigneur notre Dieu de tout notre cœur et de toute notre âme. Car cette loi d’amour et de miséricorde qu’il nous prescrit aujourd’hui n’est pas au-dessus de nos forces ni hors de notre atteinte.... Christ nous a ouvert la voie, lui qui est mort en faisant la paix par le sang de sa croix.

- 14e dimanche ordinaire : 8 juillet 2007 - Trois indications pour la mission...
Dans l’évangile de ce jour Jésus envoie ses disciples en mission comme des brebis au milieu des loups et il les avertit de ce qui les attend. Faut-il comprendre que Jésus dépêche ses disciples dans un monde hostile en les avertissant qu’ils se feront déchiqueter ? Pour mieux comprendre, il convient de faire un détour par la figure du Serviteur souffrant du livre d’Isaïe dont Luc voit en Jésus l’accomplissement. Le serviteur se laisse conduire à l’abattoir comme une brebis silencieuse ; innocent, il se tait au milieu des injustices commises contre lui. Accusation et malédiction se perdent dans son silence (Is 53, 7). De même, les disciples sont invités à ne pas répondre à la violence par la violence...
Jésus les invite encore à s’introduire dans toute maison par une salutation de paix. Mais lorsque Jésus demande aux envoyés en mission de dire qu’ils secouent la poussière de leurs pieds pour la rendre à la ville s’ils ne sont pas bien accueillis, il leur propose de dire et d’accomplir une action symbolique. Ce geste manifeste que l’on ne veut rien devoir aux habitants de cette contrée, voire qu’on veut rompre toute communion avec eux. La poussière peut être symbole de jugement (cf. Is 5, 24 ; 17, 13) ; mais secouer sa poussière, c’est aussi se lever pour un avenir meilleur (cf. Is 52, 2). Pour les villes qui n’accueillent pas les disciples, Jésus annonce donc le jugement. En même temps, ce refus n’empêche pas le projet de salut de Dieu de se réaliser.
Les soixante-douze disciples rentrent d’ailleurs de mission joyeux parce que les esprits mauvais leur sont soumis au nom de Jésus. La force que Dieu a donné à son fils, la puissance par laquelle il opère des guérisons (cf. 5, 17) est active en eux lorsqu’ils invoquent le nom de Jésus. A travers eux l’empire du mal s’effondre, ce que Jésus exprime de façon symbolique en mentionnant les serpents et les scorpions -qui furent les premiers dangers mortels rencontrés par le peuple d’Israël pendant l’Exode (cf. Dt 8, 15)- et la puissance de l’ennemi. Les disciples n’ont pas à se réjouir de leur pouvoir, qui vient de Jésus, mais de ce que leurs noms sont inscrits dans les cieux.
Trois indications donc, qui doivent nous aider à envisager notre propre manière d’annoncer la Bonne Nouvelle : ne jamais répondre à l’hostilité ou à la violence par une attitude semblable, c’est à la suite du Christ, assumer la figure du serviteur ; désirer la paix et rompre sans dureté avec ceux qui ne la promeuvent pas ; entrer dans l’action de grâce pour le Règne de Dieu qui grandit à travers nous...

- 13e dimanche du temps ordinaire : 1er juillet 2007 - Le suivre...
L’Evangile de ce dimanche nous présente trois scènes qui disent les difficultés à marcher à la suite de Jésus. Dans la première, un homme choisit Jésus comme maître. Celui-ci lui signale que le suivre, c’est accepter de partager une vie itinérante, sans sécurité. Dans la seconde, il prend l’initiative d’appeler un homme mais celui-ci veut d’abord accomplir le devoir filial d’enterrer son père. Jésus saisit l’occasion pour affirmer l’urgence de proclamer le Règne de Dieu. Enfin, la dernière scène montre un homme qui a des réactions semblables à celle d’Elisée à l’appel d’Elie (1 R 19, 19-21) : il veut d’abord saluer les siens. Là encore Jésus avertit que le service du Royaume implique qu’on ne regarde plus en arrière. L’appel, dans tous les cas, est de mettre au centre de sa vie l’annonce du Règne de Dieu, par la parole et par les actes.
Ces trois épisodes se situent dans le contexte de la montée de Jérusalem, dans laquelle Jésus s’est engagé avec courage, résolument. Il fait l’expérience de ne pas être accueilli et, c’est dans cette expérience limite de refus et de marche vers sa Pâque, que ces rencontres anonymes -et donc accueillantes pour nous- prennent place. De la même manière, l’appel d’Elisée par Elie a lieu dans un contexte limite : Elie fuit la reine Jézabel qui veut le mettre à mort. Dans sa fuite, découragé, il en vient lui-même à souhaiter mourir et c’est alors qu’il rencontre Dieu dans la brise légère, une voix de fin silence. Il est confirmé, par cette voix de fin silence, à reprendre sa mission, puis à appeler Elisée.
Pourrions-nous donc souhaiter que l’appel que Jésus nous adresse à le suivre s’entende autrement que dans une voix de fin silence alors même que nous pouvons nous sentir isolés dans un contexte socioculturel où la référence à Dieu est niée ou pour le moins gommée ? Pourrions-nous désirer une vie à la suite du Christ qui laisse davantage de place à la sécurité, qui ne nous désinstalle pas des forces de mort où nous nous sentons aspirer parfois, qui n’exige pas de ruptures et de séparations, alors que nous suivons Jésus, Dieu fait homme, qui pour nous s’est humilié jusqu’à la mort sur la croix ? En répondant à l’appel de Jésus de marcher à sa suite, nous imprimons librement une direction à notre vie, dans la confiance que le promesse de vie nous sera accordée dans cet engagement premier pour lui, dans cette mise à distance de tout ce qui constitue un obstacle à la venue de son Règne.

- 11e dimanche ordinaire : 17 juin 2007 - Une figure hospitalière
L’Evangile met en scène un pharisien, une femme et Jésus. Simon le pharisien se caractérise par son obéissance envers la loi et par son désir de se tenir à distance des pécheurs ; il se considère comme pur. L’opinion de la ville est que la femme est pécheresse. Simon pensait que Jésus était un prophète. Voilà trois personnages bien identifiés : un juste, une pécheresse et un prophète. Mais les événements ne suivent pas l’ordre des choses : comment Jésus peut-il accepter d’être touché par une pécheresse ? Puisqu’il ne sait pas qui est la femme, il ne doit pas être prophète ! Situation déconcertante pour qui aime classer les individus sous des étiquettes bien définies. Quant à David, dans la première lecture, ne lui faut-il pas le regard de Natan pour reconnaître qu’il est pécheur ? Quant à nous, ne sommes-nous également parfois tentés d’enfermer chacun dans des catégories précises ? Nous sommes peut-être invités à porter sur nous-mêmes et sur les autres un regard neuf...
Les textes révèlent encore autre chose de l’homme et de Dieu. Jésus ne nie pas la condition pécheresse de la femme mais il dévoile que son amour est le signe du pardon de ses péchés, de sa réconciliation avec Dieu. L’homme ne peut s’élever par sa propre force du règne du péché au règne de la grâce ; il doit accueillir le don de Dieu. L’attitude de la femme témoigne de sa gratitude envers celui par qui vient le pardon de Dieu. Puissions-nous laisser entraîner dans une même action de grâce, en confessant avec saint Paul : « Ma vie d’aujourd’hui dans la condition humaine, je la vis dans la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé et qui s’est livré pour moi. » L’anonymat de la femme en fait une figure hospitalière pour qui sait avoir besoin de la miséricorde de Dieu...

- Fête du Corps et du Sang du Christ - 10 juin 2007 - Discerner le corps
Dans la première lettre aux Corinthiens, Paul rappelle le récit du repas du Seigneur. L’arrière plan vétérotestamentaire de la tradition qu’il rapporte est l’alliance nouvelle de Jérémie 31, 31 : “Voici venir des jours, déclare le Seigneur, où je conclurai avec la maison d’Israël et avec la maison de Juda une alliance nouvelle”. Paul ajoute un commentaire qui lui est propre : “vous proclamez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne” (11, 26), avec un heurt de termes qui rappelle le langage de la croix : “proclamer la mort du Seigneur”. L’accent est mis sur la mort, la vie donnée entièrement sans rien retenir, pour que les hommes la reçoivent comme vie nouvelle.
Paul en tire, dans la suite de sa lettre, une première conséquence : le respect dû au corps et au sang du Seigneur, avec la nécessité de s’examiner soi-même avant de manger et de boire. Mais que faut-il discerner pour manger et boire de façon digne ? Il faut « discerner le corps », dit-il au verset 29. L’invitation est de respecter le corps sacramentel, mais aussi dans le même temps de respecter la communauté, le corps ecclésial. Corps sacramentel et corps ecclésial sont liés, comme il le disait déjà dans la même lettre en 10, 17 : “...la multitude que nous sommes est un seul corps, car nous avons tous part à un seul pain”. La conclusion sera un appel au partage et à l’accueil mutuel, au moins durant le repas du Seigneur.
Au fond, cette invitation à participer à la vie donnée du Christ, qui se manifeste d’abord dans le respect du plus faible et qui se donne à voir de façon constituante pour l’Eglise dans le repas du Seigneur, est présente aussi dans l’Evangile. Luc, en effet, nous présente Jésus comme celui qui annonce la Bonne Nouvelle du Royaume, prend soin des corps blessés en guérissant les malades et nourrit ceux qui sont présents en les faisant asseoir par groupe de cinquante, un chiffre qui évoque l’organisation des fils d’Israël au désert pour former le peuple de Dieu (Ex 18, 21-25). La participation au corps et au sang du Christ est constitutive de cette participation au corps que constitue la communauté, l’Eglise dans laquelle chacun s’engage “corporellement”. Voilà une belle invitation, juste une semaine après l’expérience ecclésiale forte de la canonisation de Marie-Eugénie Milleret, elle pour qui l’expérience de la première communion a été fondatrice.

- Fête de la Trinité : dimanche 3 juin 2007 - Entrons dans le jeu de Dieu !
Le livre des Proverbes, à travers la sagesse personnifiée, nous fait prendre de la hauteur. Nous assistons aux tracés que Dieu dessine pour poser des limites aux éléments, les séparer les uns des autres, mettre de l’ordre dans le chaos. Et la sagesse qui assiste aux travaux du grand dessinateur -lequel trouve bon les contours du monde qu’il façonne- y trouve ses délices jour après jour, joue à tout instant sur toute la terre, trouve ces délices avec les hommes ! Dieu lui-même d’ailleurs semble trouver ses délices dans les hommes, dont il prend souci, aux pieds de qui il dépose toutes choses (Ps 8, 4. 6).
Le jeu que révèle l’Evangile de Jean semble un plus sérieux, quoique... Tout ce qui appartient au Père est au Fils. Tout ce qui appartient au Fils, l’Esprit le reprend pour le donner aux hommes. Tout ce qui appartient aux hommes donc, par le don de l’Esprit, qui l’a pris au Fils, qui le tenait du Père !... à qui donc les hommes vont-ils le donner pour boucler la boucle ?! L’accès à l’intimité de la Trinité nous est ouvert, ou pour le dire comme saint Paul, le monde de la grâce. L’amour, le don, est le dynamisme de la Trinité. Le Père aime le Fils, objet de ses délices ; le Fils aime le Père et il retourne à lui. L’Esprit provient du Père et poursuit l’œuvre du Fils... Mais cet amour, à l’œuvre au cœur de la Trinité, n’est pas clôt sur lui-même, puisque nous sommes en paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus Christ (Rm 5, 1) et puisque l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné (Rm 5, 5).
Ainsi toute existence humaine est précédée d’un amour qui lui donne sens et l’appelle. Mère Marie-Eugénie le disait : le premier moyen de participer à la sainteté de Dieu était de croire à son amour et de l’aimer en retour. Entrons donc dans la danse de l’amour, bouclons donc la boucle, et rendons à Dieu l’amour dont il nous a aimés. Trouvons en lui nos délices, en la création qu’il a vu bonne, en nos frères et sœurs, qui sont eux-mêmes l’objet de ses propres délices...
Et puis réjouissons-nous avec tous les saints du ciel, qui pour avoir joué le jeu de Dieu sur la terre, sont entrés dans son intimité. Réjouissons-nous de ce qu’aujourd’hui même l’Eglise proclame Marie-Eugénie sainte parmi tous les saints !
Sophie Ramond, r. a.

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