Temps ordinaire (2)

Année liturgique 2004-2005 [A]
  • 19° dimanche ordinaire : 7 août 2005 : Les yeux fixés sur Jésus-Christ

L’Evangile de Matthieu rapporte l’épisode de la marche de Jésus sur les eaux
 ; il insère la scène où Pierre est appelé à marcher sur la mer. L’épisode se
déroule en quatre scènes. Dans la première Jésus se retire, à l’écart, dans
l’intimité de son Père. Pendant ce temps, la barque, symbole de l’Eglise, affronte
la nuit et la tempête. La deuxième scène s’ouvre à la fin de la nuit, comme
avant l’aube d’une résurrection. Jésus "vint" dit le texte, avec un verbe
typique des apparitions pascales. Il marche sur les eaux qui souvent dans la
Bible symbolisent la mort. Les disciples sont bouleversés, ils ont peur et croient
voir un fantôme. Mais comme à Pâques encore Jésus se fait reconnaître et les
appelle à la confiance. Alors (troisième scène) Pierre qui doute encore veut
mettre à l’épreuve cette présence du Seigneur : "Seigneur, si c’est bien
toi.
"
Jésus accède à sa demande. Pierre marche sur les eaux en direction de Jésus.
Mais son regard se détourne du Seigneur et il ne voit plus que les eaux de la
mort, le vent qui les agite. Alors il commence à s’enfoncer et sa peur devient
prière : "Seigneur, sauve-moi !" Jésus lui dit son manque de foi, mais
il le prend par la main. Lorsqu’ils sont dans la barque, tout s’apaise. Le dénouement
de l’épisode, dans la quatrième scène, est une prosternation d’adoration des
disciples présents, qui professent leur foi en Jésus, Fils de Dieu.
En tant qu’homme de peu de foi qui se noierait si le Seigneur ne le sauvait,
Pierre est représentatif des autres disciples ; leur foi et la sienne dans le
Fils de Dieu se renforcent grâce à la main secourable de Jésus. Il en est de
même pour nous, à qui est adressé l’invitation à regarder le Christ et non notre
faiblesse, ni les forces de mort qui nous tirent vers le bas ou le vent qui
nous agite.

  • 18° dimanche ordinaire : 31 juillet 2005 : De la vulnérabilité des foules et de la vulnérabilité de Jésus...

Ce qui nous est raconté dans l’Evangile pourrait être appelé un miracle d’abondance.
Jésus a senti le besoin de se retirer à l’écart. Mais les foules qui l’ont écouté
le suivent. En les voyant, Jésus est pris de pitié : tous ont été séduits par
la Bonne Nouvelle et ont mis leur espoir en lui. Alors il se fait proche et
les soigne. Mais le soir vient et la sagesse commanderait de renvoyer les foules
car l’endroit est désert. C’est la suggestion que les disciples font à Jésus.
Mais lui qui s’est comporté jusque là comme un Pasteur qui conduit ses brebis
et les soigne ne veut pas les laisser partir ainsi. Il revient aux disciples
de nourrir le peuple avec le peu qu’ils ont. Ce peu devient surabondance dans
les mains de Jésus lorsqu’il accomplit les gestes qui seront aussi ceux de la
dernière Cène. Puis les disciples nourrissent la foule ; leur rôle est d’être
médiateurs.
Les disciples ont suivi Jésus. Ils ont partagé bien des repas avec lui et ils
partageront le dernier repas, au cours duquel Jésus anticipera le don de sa
vie. Mais Jésus n’est pas venu pour un petit groupe de fidèles clos sur lui-même.
Il est venu pour cette foule désemparée qui a faim et soif, sans pouvoir même
nommer ses manques. Il est venu pour tous et surtout pour ceux qui sont loin.
Les disciples eux-mêmes sont enseignés à mettre leurs modestes possibilités
au service de sa mission auprès des foules. A ceux qui sont vulnérables, dans
la pénurie, Jésus dit : "Venez à moi !" Mais aux disciples avec qui il
a tout partagé, Jésus révèle sa propre vulnérabilité : il a besoin de leur maigre
apport pour faire du peu de l’abondance. Le lieu désert peut être un lieu de
rencontre avec le Christ, si des disciples ont eux aussi le désir de se faire
proche de leurs frères.

  • 17° dimanche ordinaire : 24 juillet 2005 : Nous sommes des disciples du Royaume des cieux.

Dans des paraboles propres à Matthieu, Jésus dit le Royaume de Dieu et sa destinée.
Les paraboles du trésor caché et de la perle de grand prix soulignent la grande
valeur du Royaume et la nécessité de saisir l’occasion définitive de l’acquérir.
Le Royaume réclame de ceux qui le cherchent un engagement total, au prix de
tous les sacrifices. La parabole du filet et son interprétation diffère la séparation
des bons et des mauvais dans le Royaume à la fin des temps. Toutes ces paraboles
ont pour but de laisser entrevoir, comme un mystère, la manière paradoxale dont
Dieu établit son Règne : la proximité de Dieu est un don sans prix, offert à
tous les hommes ; mais c’est un don qui ne s’impose pas : il faut choisir de
l’accueillir. Celui qui a entendu la Bonne Nouvelle du Royaume et a reçu la
grâce de découvrir la perle et le trésor, celui-là sera inexcusable de ne point
agir en conséquence. C’est pourquoi, Jésus fait l’éloge du scribe cultivé qui
a su s’ouvrir à la nouveauté. Il a su discerner en la personne de Jésus celui
qui accomplit les Ecritures.
Le scribe est celui qui a reçu la tradition et la transmet à des disciples.
Alors le "scribe devenu disciple du Royaume des cieux" est celui qui
a pris sur lui le joug du Christ et a accueilli la mission d’enseigner à d’autres
les richesses reçues. La parabole du "scribe devenu disciple" s’adresse
à chacun d’entre nous comme une invitation à assumer la responsabilité de faire
connaître la révélation de la proximité de Dieu. Est-il possible que la rencontre
du Christ ait transformé nos vies sans que nous n’ayons envie de partager la
grâce reçue ? Notre vie toute entière est appelée à devenir parabole pour nos
frères, avec l’assurance que Christ est avec nous.

  • 16° dimanche ordinaire : 17 juillet 2005 : Patience et conversion du regard....

La liturgie du jour nous présente une série de paraboles : celle de l’ivraie
et deux paraboles jumelles qui disent que du plus petit sort le plus grand :
la plus petite semence devient un grand arbre et un peu de levain suffit à faire
lever toute la pâte. Dans les deux cas, il faut attendre avec patience, car
il faut du temps pour que la graine croisse et devienne un arbre et il faut
du temps pour que la pâte lève. La graine doit être semée, le levain doit être
enfoui ; c’est la loi du Royaume en somme : pour porter du fruit il faut mourir
à soi.
C’est encore à la patience qu’invite la parabole de l’ivraie. L’homme n’a semé
que du bon grain dans son champ et voilà pourtant que de l’ivraie pousse en
même temps. Les serviteurs n’y comprennent rien ! Le maître, lui, est omniscient
 : il sait que c’est un ennemi qui a semé l’ivraie. Il donne l’information à
ses serviteurs, mais sans ne livrer aucun sentiment, ni colère, ni dépit, ni
désir de vengeance... Plus surprenant encore : il commande de laisser croître
ensemble l’ivraie et le bon grain. La raison en est que du bon grain pourrait
être arraché en même temps que l’ivraie. L’attention du maître ne s’arrête donc
ni sur l’ennemi, ni sur l’ivraie. L’important est que le bon grain pousse ;
pour le reste on verra bien au temps de la moisson ! Il faut accepter que le
Royaume soit une communauté où se mêlent le bien et le mal. Il n’appartient
pas à l’homme de juger d’ailleurs ; cela appartient à Dieu et se fera au jour
du jugement dernier. Alors leçon de patience, mais appel aussi à convertir son
regard : voyez le grain qui pousse, la pâte qui lève, l’arbre qui grandit...
comme une invitation à voir dans l’obscurité des événements du monde ce qui
donne vie...

  • 15° dimanche ordinaire : 10 juillet 2005 : Le semeur est sorti pour semer...

Jésus enseigne d’une manière privilégiée avec des paraboles. Le terme parabole
est composé en grec d’une proposition : à côté de et d’un substantif
 : jet. La parabole se base sur un rapprochement : un récit fictif est
comparé à un élément réel, en fonction duquel celui qui énonce la parabole a
inventé le récit. La parabole est un discours qui ne se comprend pas, si on
ne va pas au-delà d’une première réalité. Au point de départ, il y a une expérience
quotidienne, mais le récit suppose un au-delà de cette expérience. La parabole,
dans l’enseignement de Jésus, provoque ; elle indique quelque chose d’actif,
qui s’accomplit. Face à cette activité, cet accomplissement, l’interlocuteur
est appelé à prendre position, à réfléchir sur la réalité à laquelle renvoie
allusivement le récit. C’est comme si Jésus disait : je te jette quelque chose,
je te raconte quelque chose, et toi tu dois aller au-delà.
Jésus utilise plusieurs paraboles sur la semence pour parler du Royaume des
Cieux. Dans la parabole du semeur, l’accent porte sur les différentes sortes
de sols. L’interprétation fournie par Jésus en précise la signification : seuls
quelques-uns ont accepté la proclamation du Royaume et même chez eux il y a
eu des défaillances. Il faut donc faire attention à la façon dont on écoute
et se rendre disponible aux exigences du message ! Le sens de la parabole n’est
cependant pas d’abord moral. Entre le récit de la parabole et son interprétation,
Jésus avertit, en citant Isaïe, que ce qui est arrivé fait partie du dessein
de Dieu. Alors, on peut comprendre que le récit parabolique sert à révéler cette
surabondance du geste du semeur, qui sème à profusion la Bonne Nouvelle, même
si pour une part, il sait qu’il va échouer.

  • 14° dimanche ordinaire : 3 juillet 2005 : Contemplons Jésus, le Fils du Père

Jésus est dans la joie, il exulte, d’un mouvement intérieur qu’il ne peut contenir.
Il s’adresse au Père et proclame sa louange. C’est le cri de la filiation :
" Père ", de la reconnaissance de la paternité de Dieu pour tout l’univers
 : " Seigneur du ciel et de la terre ". Il exulte parce que le Père se
révèle aux petits. Il se réjouit de ce que des hommes reconnaissent recevoir
de Dieu la vie, l’être, reconnaissaient leur besoin d’être enfant. Seuls les
tout-petits peuvent recevoir la révélation de la filiation. Car être enfant,
c’est se reconnaître dépendant, limité, mais sans vivre cette limite comme un
manque d’être, une atteinte à son intégrité.
Le Père nous révèle notre filiation à travers Jésus, lui qui a vécu tout son
existence en vivant pleinement cette dimension humaine de la dépendance filiale.
C’est pour nous, l’invitation à accepter que nous sommes pleinement autonomes
lorsque nous reconnaissons le rapport de filiation au Père. Ce rapport nous
porte à reconnaître notre limite, à reconnaître que nous recevons tout de Lui.
Alors, la maturité est d’accepter cette limite, ce besoin et de trouver là notre
force ; elle est de croire à l’amour de Dieu, de s’accueillir comme un don du
Père. Pouvoir, comme un enfant, s’adresser à Dieu en lui disant : " Père ",
et en ayant confiance, c’est se rendre libre, sortir de l’esclavage de la peur
de la mort. Sinon le risque est de chercher par tous les moyens de se sauver
et de faire alors de la mort son pasteur.
Contemplons Jésus, le Fils du Père, qui nous invite à le suivre. Entrons avec
simplicité dans la louange, dans une attitude de gratitude envers Celui de qui
nous recevons tout et qui conduit amoureusement nos vies.

  • 13° dimanche ordinaire : 26 juin 2005 : Donner sa vie, donner la vie

Le passage évangélique proposé par la liturgie de ce dimanche conclut le discours
adressé par Jésus à ses disciples lorsqu’il les envoie en mission. Comme son
maître, le disciple qui témoigne de sa foi aura à souffrir, avons-nous entendu
la semaine dernière. Mais c’est peut-être au cœur même des relations les plus
proches que le disciple aura à combattre, rencontrera éventuellement la contradiction.
La suite du Christ exige un attachement fort à sa personne, un amour de préférence,
qui permette de traverser toutes les vicissitudes de la vie, les obstacles quotidiens.
Il s’agit, avec le Christ, de passer à travers la mort (perdre sa vie) pour
accéder à sa résurrection (trouver sa vie), "à cause de" lui. Le geste
de risquer sa vie sur Jésus-Christ n’est ni fatalisme, ni héroïsme ; c’est un
geste d’humilité de qui accepte de recevoir sa vie d’un Autre. Le disciple trouvera
sa vie, "à cause" du Christ, non par ses propres moyens ; ce que
saint Paul dit autrement : "si nous sommes passés par la mort avec le Christ,
nous croyons que nous vivrons aussi avec lui
". Le disciple doit prendre
sa croix, le poids du mal subi par le péché des autres et le poids de son propre
péché, et passer derrière le Christ, lui qui est mort péché une fois pour toutes.
Il ne s’agit pas de perdre sa vie avec l’optique d’assurer son seul salut !
Il s’agit de la perdre en la donnant, pour un Autre, les autres. Ce n’est pas
la grandeur du don qui est regardé ; quand bien même il ne s’agirait que d’un
simple verre d’eau fraîche, ce qui compte c’est d’avoir reconnu l’autre comme
un frère ! Là encore, il s’agit de se décentrer : nos actions ne se mesurent
pas à partir de nous-mêmes, mais à partir de ce qui sorti de nous, devient vie
pour l’autre.

  • 12° dimanche du temps ordinaire : 19 juin 2005 : Ne craignons pas de confesser notre foi...

Les paroles que Jésus adresse à ses disciples et que nous rapporte l’évangile
de ce jour font suite à sa déclaration de la nécessaire dépendance du disciple
par rapport à son maître. "Il suffit pour le disciple qu’il devienne comme
son maître...
" La mission des disciples est comme celle de leur maître :
ils ont à guérir, à proclamer la bonne nouvelle ; comme lui aussi ils ont à
souffrir ! Cette souffrance est le prix du témoignage porté en plein jour, comme
celle du Christ, jusqu’à la mort, a été le prix du témoignage rendu au Père.
Se prononcer pour le Christ devant les hommes, être et agir en conformité avec
ses manières d’être et d’agir, ce n’est pas toujours aller dans le sens du monde.
L’expérience des disciples, de ce point de vue, se dit dans celle de Jérémie,
dont les paroles ne sont pas celles que le peuple voudrait entendre.
La suite du Christ, la volonté de lui être conforme, exigeront donc des choix
difficiles, l’oubli de soi, un dur combat, voire la persécution... L’annonce
de l’évangile peut susciter une réaction violente. Mais la violence ne se résout
pas par la violence. Accepter de répondre à la violence subie par une non-violence
décidée et active, comme celle du Christ en sa Passion, c’est courir le risque
d’en payer le prix en sa propre personne. Dans ce contexte, Jésus ajoute des
paroles d’encouragement assurant du soutien divin ; ce sont un appel à la confiance
 : "Ne craignez pas... Soyez sans crainte..." Ne nous y trompons pas toutefois
 : le réconfort est formulé dans le cadre de l’envoi en mission à la suite du
maître. Ne craignons pas de confesser notre foi en Jésus-Christ et de vivre
en conformité avec ce que nous professons...

  • 11° dimanche du temps ordinaire : 12 juin 2005

Le passage du livre de l’Exode proposé par la liturgie de ce dimanche fait
dire à Dieu sa sollicitude pour son peuple : "... je vous ai portés comme
sur les ailes d’un aigle pour vous amener jusqu’à moi
". Dieu est venu à
la rencontre de son peuple, Il l’a libéré, Il l’a amené jusqu’à lui, pour faire
alliance avec lui.
C’est la même sollicitude que révèle l’Evangile en rapportant la pitié de Jésus,
le bon Pasteur, pour les brebis sans berger. Jésus est ému aux entrailles, de
la tendresse même de Dieu pour Israël. Mais Jésus n’œuvre pas sans associer
les hommes à sa tâche. Il demande d’abord la prière pour que le Père envoie
des ouvriers à la moisson, en portant un regard résolument positif sur les foules
 : "La moisson est abondante". Les foules sont fatiguées et abattues,
mais elles aspirent à trouve le berger qui les conduira. Ensuite Jésus envoie
en mission les ouvriers qu’il a choisis. Ils doivent guérir, chasser les esprits
impurs, purifier... - autant de verbes qui disent un ministère de compassion
 -, mais aussi enseigner et annoncer la Bonne Nouvelle du Royaume. Les disciples
doivent d’abord prendre soin des foules qui désirent rencontrer Dieu, qui reconnaissent
et reconnaîtront en Jésus l’accomplissement de la volonté salvifique du Père,
le peuple héritier de l’élection, l’Israël qui accueille le Christ.
Ainsi Jésus fait partager sa sollicitude à ses disciples et la replace, en vérité
sous le regard du Père, par l’invitation à la prière. Au maître appartient l’initiative,
mais il revient aux disciples de lui offrir leur disponibilité gratuite et désintéressée.
Se mettre à la disposition du Père dans la prière, entrer dans la sollicitude
du Christ pour les hommes, voilà pour nous aujourd’hui aussi l’appel, notre
vocation chrétienne.

© Sr Sophie Ramond,
r.a.
Communauté de Lübeck

Dans la même rubrique


Ajouter un commentaire



Informations légales

Ce site est édité par "Religieuses de l’Assomption" :

Ecusson
  • Religieuses de l’Assomption - 17, rue de l’Assomption 75016 Paris - France
  • Tél +33 (0) 1 46 47 84 56
  • Fax + 33 (0) 1 46 47 21 13

S'inscrire à l'info-lettre