Temps ordinaire (1)

Année liturgique 2004-2005 [A]
  • 10° dimanche du temps ordinaire : 5 juin 2005 : Se tenir dans la sphère du pardon et de l’amour

Voilà que Jésus "voit" un homme, dont on sait le nom : Matthieu, et la fonction
 : publicain, ce qui le place dans une catégorie de personnes méprisées par le
jugement public : c’est un fonctionnaire de la douane, il accomplit un travail
en faveur des occupants ; il en profite sans doute pour se mettre de l’argent
dans la poche ! Et puis les fonctionnaires chargés de collecter les impôts n’ont
jamais eu la réputation d’être cléments... Pourtant c’est lui que Jésus voit
et appelle. Si Jésus prend avec lui Matthieu le publicain, alors tous ceux que
la société rejette parce qu’ils sont publiquement reconnus pécheurs ont envie
de venir se joindre à lui...
Jésus compromet ainsi son image publique. Il s’expose au jugement des autres,
selon les valeurs communément adoptées : partager le repas d’un publicain, c’est
partager sa condition de pécheurs aux yeux de tous. Alors les pharisiens murmurent...
Jésus n’est pas comme eux qui jugent et repoussent les hommes reconnus pécheurs.
Mais il n’est pas non plus comme ces derniers, qui ont construit leur vie sur
la recherche de soi...
D’une part donc, la personne est rencontrée comme elle est et telle qu’elle
est devenue en vertu de ses choix. L’œuvre de Dieu s’insère dans les circonstances
de chaque histoire personnelle ; mais il y a une nouveauté, une conversion,
toujours possibles. D’autre part, il y a pour tous l’invitation à adopter la
même miséricorde que Jésus. La présence du mal en nous et autour de nous ne
peut être combattue que par une véritable conversion du cœur, un retournement
de tout l’être qui s’ouvre à la miséricorde et à l’amour de Dieu. Tous, nous
avons besoin de repentir, car la complicité quotidienne avec le mal nous attire
sans cesse hors de la sphère du pardon et de l’amour. Aimer et pardonner comme
nous sommes aimés et pardonnés, voilà ce à quoi nous invite notre suite du Christ...

  • Dimanche du Sacrement du Corps et du Sang : 29 mai 2005 : La marque d’un amour absolu

Jésus a accompli le signe de la multiplication des pains et il tient un discours
qui révèle qui il est. Il est celui qui, comme Moïse, donne la manne, mais il
est aussi la manne nouvelle, supérieure à la première. Donateur de la nouvelle
manne et pain lui-même descendu du ciel, révélateur du Père, il appelle ses
auditeurs à la foi en Dieu qui fait signe par ses dons, et par le don suprême
qu’est son Fils.
En fidélité à son Père, Jésus va accepter la mort, accepter de se laisser anéantir.
Cette acceptation n’est pas passive : "ma vie, dira Jésus, personne
ne me l’enlève, mais je la donne de moi-même
" (10, 18). Ce don de la vie
que les hommes ont voulu lui prendre, accompli par avance à la dernière Cène,
est la marque d’un amour absolu. Jésus fait du mal subi le lieu du don de soi
 ; ainsi rendu vainqueur du mal, il nous ouvre l’accès à la vie divine. Son corps
livré, son sang versé, deviennent pour les hommes nourriture de vie éternelle.
Reçu dans la foi, le sacrement de l’Eucharistie produit son fruit : nous devenons
ce que nous avons reçu ; nous passons dans la vie du Christ. Le Christ devient
tout en tous : nous devenons le corps du Christ, la communauté des croyants
unis dans l’amour. En répétant le rite eucharistique, nous sommes rendus solidaires
du Christ, compromis avec Lui dans son amour total pour les hommes.
Cette année est l’année de l’Eucharistie : une occasion de nous renouveler dans
la célébration de l’Eucharistie, de réentendre l’invitation à devenir ce que
nous recevons, à laisser croître en nous la vie divine, la ressemblance au Fils,
qui par son amour a vaincu la mort. L’Eucharistie célèbre la présence du Ressuscité
au milieu de la communauté de ses fidèles, mais notre vie toute entière est
appelée à devenir "action de grâce" et don de soi.

  • Dimanche de la Trinité : 22 mai 2005 : L’amour est le dynamisme de la Trinité.

"Dieu a tant aimé le monde qu’Il a donné son Fils unique" : dans l’Incarnation,
Dieu a uni la créature à soi d’une manière nouvelle. Jésus exprime le projet
de Dieu dans l’histoire : depuis toujours Dieu a choisi l’humanité pour être
pour Lui ; Jésus, vrai homme, vit seulement pour le Père. Il est totalement
tourné vers Lui, désapproprié de sa volonté propre. La nouveauté de l’Incarnation,
c’est que l’humanité de Jésus est infiniment ouverte au Père. Mais la grâce
de l’Incarnation faite à l’humanité de Jésus ne le concerne pas seul. Elle concerne
toute l’humanité. Nous sommes le corps du Christ, le temple de l’Esprit Saint.
Dieu est au-dedans de nous, toujours avec nous, toujours déjà là. Dieu est en
nous, mais nous ne sommes pas complètement en Lui ; car il y a en nous aussi
la tendance à la fermeture sur nous-mêmes, au repli. Et pourtant notre vocation
à être en Dieu n’est pas de l’ordre de l’impossible... parce qu’elle n’est pas
au terme de nos efforts : elle est l’œuvre de la puissance agissante de l’Esprit
en nous. Etre en Dieu, c’est participer à ce foyer de l’amour ardent du Père
et du Fils dans l’Esprit. Le mystère de la Trinité s’exprime à travers notre
être lorsque nous nous sentons surgir du Père, identifiés avec le Fils, mus
par l’Esprit.
L’amour est le dynamisme de la Trinité. Il est le dynamisme qui traverse toute
l’histoire. Sans l’amour tout n’est qu’agitation. Si quelque chose n’est pas
animé par l’amour il n’en restera rien. Mais le moindre petit geste d’amour
nous introduit dans la Trinité, dans l’éternité. Il nous faut avoir l’humilité
et l’espérance de reconnaître que le premier acteur est l’Esprit et que nous
ne sommes que ses coopérateurs. Demandons la grâce de consentir à nous laisser
conduire par Lui pour entrer dans l’échange d’amour, qui est Dieu.

  • 5ème dimanche ordinaire : 6 février 2005 : De la responsabilité des disciples

Il y a deux semaines l’Evangile de Matthieu invitait à prendre conscience que
se réalise, par le ministère de Jésus, la délivrance annoncée par le prophète
Isaïe : une lumière se lève sur le peuple qui marche dans les ténèbres. Le Christ
nous appelait au combat entre la puissance des ténèbres et l’Esprit du Père.
Nous étions invités dimanche dernier à regarder comment Jésus lui-même est l’homme
des Béatitudes par excellence. Le discours des Béatitudes est un discours de
révélation : le salut est donné, le bonheur annoncé. En contemplant Jésus, nous
apprenons la condition du disciple.
Le bonheur que Jésus apporte transfigure la vie et donne saveur à toute la réalité
humaine ; celui qui en témoigne est l’intermédiaire, la médiation par laquelle
passe le don de Dieu au monde. Les sentences de Jésus sur "le sel de la terre"
et "la lumière du monde" explicitent la responsabilité des disciples.
Dieu se révèle dans l’histoire des hommes lorsque des libertés humaines choisissent
de rendre témoignage au Royaume par la parole et par les œuvres. Telle est notre
grandeur : Dieu a besoin de l’homme pour la réalisation de son dessein ; Il
a besoin de notre consentement pour agir en nous et, par nous, agir dans le
monde. Et si à la fin de notre journée, regardant ce que nous avons vécu, nous
pouvions dire comme saint Paul : "c’est l’Esprit et sa puissance qui se manifestaient"...
Mais si nous nous rendons opaque à la lumière de la révélation, affadis par
la routine, la monotonie, l’ennui ?... Si la lumière vient à manquer, l’obscurité
empêche de voir ; si le sel vient à manquer, il ne peut être remplacé par rien
d’autre... et le disciple devient obstacle au don de Dieu, insignifiant pour
les hommes. Sans cesse, il nous faut choisir.

  • 4ème dimanche ordinaire : 30 janvier 2005 : Jésus lui-même est l’homme des Béatitudes par excellence.

Le discours des Béatitudes est un discours de révélation. Les Béatitudes disent
l’absolu gratuité du salut de Dieu. Dieu a décidé le salut et Il l’actualise.
Elles disent ce que Dieu opère pour l’homme. Il ne s’agit pas d’un programme
de Dieu conditionné par la décision humaine mais d’un don ; il ne s’agit pas
d’un code de comportement, mais d’un appel à une option de vie fondamentale.
Cette proclamation dit ce que l’activité de Jésus montre : le salut est déjà
donné. Le salut n’est pas à chercher mais à accueillir. En la personne de Jésus,
il est possible de se comprendre et de comprendre le monde à l’intérieur de
cet événement du salut : une vie humaine est possible qui ne soit plus dominée
par le danger de se perdre et qui ne soit plus exposée à une menace continuelle
d’inconsistance. La joie annoncée par les Béatitudes est le fruit de l’Esprit
 : elle n’est ni légèreté ni inconscience. Elle accompagne celui ou celle qui
accueille le don de Dieu, et qui accepte, au fil des jours et des difficultés
de la vie, de marcher humblement sur les pas de son Dieu.
Nous sommes invités à regarder comment Jésus lui-même est l’homme des Béatitudes
par excellence. En contemplant de la sorte Jésus, nous apprendrons quelle est
la condition du disciple. Saint Paul nous le dit : Dieu a choisi ce qu’il y
a de fou, de faible, de modeste et de méprisé dans le monde pour se révéler.
Ne rêvons pas alors de moyens puissants pour donner consistance à nos vies,
ni même pour annoncer la Bonne Nouvelle. Pour être ajustés à Dieu, il nous faut
prendre les mêmes pauvres et impuissants moyens de Jésus-Christ. Malgré nos
fragilités, c’est l’humble fidélité et l’amour patient de nos vies qui seront
épiphanie de l’Amour de Dieu... Gardons ferme cette espérance !

  • 3ème dimanche du temps ordinaire : 23 janvier 2005 : Dieu a besoin de notre collaboration

L’événement négatif de l’arrestation de Jean-Baptiste met en mouvement Jésus,
qui se retire en Galilée. Or, la Galilée, tout au nord, est une région méprisée
par les habitants de Jérusalem et de Judée parce qu’investie par des populations
païennes, soumise à des influences étrangères. Matthieu voit se réaliser, par
le ministère de Jésus, la délivrance annoncée par le prophète Isaïe : une lumière
se lève sur ce peuple qui marche dans les ténèbres. La souveraine proximité
de Dieu s’expérimente sur cette terre de luttes, d’impureté... comme elle s’expérimente
en nos cœurs où se joue le combat entre l’esprit du mal, le doute, et l’esprit
du bien, la confiance.
C’est à ce combat entre la puissance des ténèbres et l’Esprit du Père que nous
appelle Jésus : "Convertissez-vous" ; mais nous avons l’assurance de
ne pas être seuls : "le Royaume des cieux est proche". Cet appel retentit
pour nous, comme pour Pierre, André, Jacques et Jean, dans nos vies quotidiennes.
La suite du Christ s’éprouve au quotidien, très humblement, très patiemment...
Puissions-nous, forts de la sollicitude de Dieu pour nous, y consentir.
Pour les premiers disciples, cet appel retentit alors qu’ils sont en train de
jeter les filets, donc de nuit ; car, c’est de nuit que l’on pêche dans ces
régions. L’invitation est la promesse d’une aurore nouvelle dans leurs vies
 : "Venez derrière moi, et je vous ferai pêcheurs d’hommes." Jésus les
associe d’emblée à sa mission, en même temps qu’il leur signifie la transfiguration
de leur situation humaine. Pour que la lumière soit plus forte que les ténèbres,
l’amour plus fort que les divisions, la vie plus forte que la mort... Dieu a
besoin de notre collaboration. Il nous invite à adopter les mêmes manières d’être
et d’agir que Lui...

  • 2ème dimanche du temps ordinaire : 16 janvier 2005 : Avec la force de l’Esprit...

Jean voit Jésus qui vient auprès de lui. Il contemple celui qui prend l’initiative
de se faire proche. Il contemple et il témoigne : "Voici l’Agneau de Dieu,
qui enlève le péché du monde"
. Curieuse image de l’Agneau de Dieu qui renvoie
à la fois au Serviteur du Seigneur décrit par le prophète Isaïe et à l’agneau
pascal de l’exode (chapitre 12). Dans la suite de l’Evangile de Jean, Jésus
sera condamné au moment où les prêtres commencent à sacrifier les agneaux pour
la fête pascale (19, 14).
Le Serviteur qu’Isaïe compare à un agneau porte le péché du monde, la violence
sous toutes ses formes ; le Christ, l’Agneau de Dieu, l’enlève. Comme le Serviteur
d’Isaïe, Jésus traversera le mal dont il est victime sans le relayer en violence.
Ainsi, la croix révèlera la vérité de Dieu quant à la violence : librement et
par amour, Jésus fait du mal qu’il subit le lieu d’un don de soi, préférant
être victime de la violence plutôt que d’ajouter à l’engrenage du mal. Dans
sa mort, Jésus manifestera que Dieu donne à son Fils le pouvoir de vaincre le
mal. Or, c’est le propre de l’Esprit de Dieu d’en donner la force. C’est pourquoi,
dans l’Evangile de Jean, cet ultime assaut de la puissance du mal au moment
de la Passion, est annoncé dès l’épisode du baptême. Dans le cœur de Jésus va
se jouer un combat entre la puissance des ténèbres et l’Esprit du Père ; combat
dont Jean-Baptiste proclame déjà qu’il ressortira vainqueur, parce que l’Esprit
du Père repose sur lui. Mais cette victoire est possible pour tout homme aussi
 : le Fils de Dieu sur qui est descendu l’Esprit, "c’est celui-là qui baptise
dans l’Esprit Saint
". Avec la force de l’Esprit, il y a alors un vibrant
appel à aimer comme Dieu aime...

© Sr Sophie Ramond,
r.a.
Communauté de Lübeck

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