Vous êtes ici:

Sr Sophie Ramond : Le Dieu de Marie-Eugénie

2004, Leon - Espagne : Congrès international

Marie-Eugénie est née en Lorraine, région de la France limitrophe avec l’Allemagne, le Luxembourg. Dans sa famille, il y a des antécédents belges, italiens, français. Dans sa famille, elle a connu une vie intellectuelle riche, avec de multiples contacts sociaux. Marie-Eugénie a donc reçu une éducation qui lui a donné un esprit large. Elle doit sûrement aimer que l’Europe se construise... et elle doit se réjouir de nous voir rassemblés !

Vous connaissez au moins un peu sa vie : elle a vécu dans une famille saine, où on lui a appris à développer ce qu’elle appellera les vertus naturelles, les valeurs naturelles : la droiture, le courage... Mais en même temps, elle a connu des événements douloureux : faillite de son père, séparation de ses parents... Elle menait une vie mondaine, avec une absence de référence à Dieu, de vide par rapport à la religion. Autant de facteurs où nous reconnaissons aussi des traits de notre époque...

Nous allons donc tâcher de découvrir quelle est l’idée de Dieu de Marie-Eugénie à travers sa vie, mais également à travers ce qu’elle a écrit, en laissant parler les textes.

- Quand elle parle de son expérience de Dieu ou de l’idée qu’elle a de Dieu, Marie-Eugénie n’utilise pas beaucoup le terme d’alliance que nous trouvons dans la Bible. Dans les chapitres, il y a huit occurrences du terme dont la plus significative pour notre propos est sans doute la suivante :

« (...) Cette vérité que Dieu est présent partout, que toujours il nous voit, que toujours il nous suit d’un regard tout paternel, comme un père qui prend plaisir à voir ses enfants marcher, jouer, faire ceci ou cela, et ressent de la joie, quand ils sont bons et sages. Cette figure n’est pas exagérée : Dieu est vraiment notre Père. Nous sommes devenus ses enfants dans la personne de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et il prend en nous ses complaisances paternelles : Dieu se réjouit dans l’âme juste. Il le faisait dans l’Ancien Testament, comme il le témoigne dans plusieurs endroits des saintes Ecritures ; il le fait encore dans l’alliance nouvelle que Notre-Seigneur Jésus-Christ est venu établir entre nous et son Père. » (Chapitre : Vivre sous le regard de Dieu, 23 juillet 1876.)

- En revanche, elle parle volontiers des droits de Dieu. Une alliance entre deux parties est une relation d’amitié, de paix ; c’est un engagement inconditionnel de Dieu en faveur des hommes, qui demande à être accueilli. Ceux qui s’engagent par Alliance s’appartiennent mutuellement. Cet engagement de Dieu, cette relation qu’Il instaure avec les hommes, ce don qu’Il fait par grâce attendent le consentement des hommes. Corrélatifs aux droits de Dieu sont les devoirs de l’homme.
Elle emploie cette expression pour la première fois dans ses notes intimes de jeunes filles en avril 1837 : « Il me faut les sévérités du cloître pour être chrétienne (...) ces pensées me semblent dures maintenant, c’est pourtant la voie du salut, ce n’est qu’au couvent que je pourrai faire ce qu’il faut, il faut donc me décider à y aller(...) Et puis indépendamment de toutes choses, je le dois à Dieu dont je ne peux pas détruire les droits en les niant, qui m’a aimée, cherchée, rachetée, pressée, et auquel je ne pense jamais ».

- Ce vocabulaire des droits de Dieu et des devoirs corrélatifs de l’homme peut paraître étrange. On le comprend mieux cependant, si on tient compte à la fois :

de son expérience et de l’idée qu’elle avait de Dieu de son Etre, de sa grandeur. Marie-Eugénie a un sens de Dieu qui la marque profondément. Elle dira dans une conversation (conversation, à la veillée de la fête du saint Nom de Jésus, 15 janvier 1888 MOI 1 c 19) : « A propos de dévotions, vous serez très étonnées de la mienne, mes sœurs, parce qu’elle est peu commune. C’est l’être de Dieu, et chose étonnante, c’est dès mon enfance que j’ai été pénétrée de cette pensée ». Sa première communion est déjà une expérience forte de Dieu, de sa grandeur, de sa majesté. C’est la grâce de sa première communion : Dieu se fait connaître en sa grandeur. Le XIX siècle est le siècle du déisme, avec de grandes idées de Dieu. « Ainsi, à ma première Communion que j’ai faite seule, et sans les préparations ordinaires, j’ai senti aussi profondément que jamais j’aie pu faire depuis, une séparation silencieuse de tout ce à quoi j’avais alors quelque lien pour entrer seule en l’immensité de Celui que je possédais pour la première fois. Ces choses ne se rendent pas, et je ne comprends pas comment j’avais tant de joie, car j’avais pour ma mère un tel culte que dans mon enfantillage, je ne croyais pas qu’elle pût mourir et que plus tard sa mort ne me laissât plus comprendre à quoi je pourrais jamais prendre quelque intérêt. En l’instant où je reçus Jésus Christ ce fut comme si tout ce que j’avais jamais vu sur terre et ma mère même, n’était qu’une ombre passagère, une apparence hors de laquelle je sortirais entièrement et que dans la vérité j’avais plus de liens avec ces prêtres inconnus, avec ceux qui m’entouraient dans cette église où je n’allais jamais, qu’avec ma famille et tout ce qui m’entourait toujours, que mes yeux se fermassent pour tout ce qu’ils avaient vu jusque là pour s’ouvrir à celui qui seul m’était tout. Et ce lien de possession si étroit dans l’enfance qui vous attache même aux lieux n’était plus selon ce sentiment qu’un rapport qui devait cesser pour toutes les choses auxquelles il avait pu s’attacher chez moi. Perdue en mon Dieu, mon âme oubliait le reste, sans même en éprouver un regret, comme si elles n’eussent jamais été et certes, en cette impression qui ne fut pas longue, je ne voyais, n’entendais plus rien, je ne sentais plus la présence d’aucune chose, sinon de Dieu dont l’immensité semblait suspendre et absorber toutes mes puissances ! » (Vol. II -N. 178, Notes intimes, septembre 1841)
Le Dieu de Marie-Eugénie est grand parce qu’il est amour ; elle cite souvent saint Thomas : Dieu, amour ou bonté qui se diffuse, se partage, se communique, se répand, se donne.... « Dieu, bonté qui aime à se répandre ». Si Dieu existe, Il est un Dieu Amour ; s’il est Amour, il est donc le tout de notre existence. Dieu est la plus grande réalité de l’existence ; Il polarise toute la vie de Marie-Eugénie. Dieu sera toujours l’horizon de sa vie. Au début surtout, elle voit en Lui son créateur à qui elle doit tout, de qui elle reçoit tout. Ce n’est qu’à travers le temps et l’expérience, qu’elle connaîtra Dieu comme son Père, un Père qui appelle à l’existence. Il lui faudra beaucoup de temps pour connaître Dieu comme son père probablement à cause de la relation à son propre père qui était assez froid, distant. Et puis, elle a vécu des événements douloureux, comme nous le disions : la ruine de son père, la séparation de ses parents, la mort prématurée de sa mère. Il lui faudra donc du temps pour apprendre à ne plus douter de la bonté de Dieu. Elle avait peur aussi de son affectivité. Elle tâchait de garder, en quelque sorte, la maîtrise de son affectivité. Peu à peu cependant, et elle en avait besoin, Dieu se révèlera comme à elle comme un Père qui l’aime d’un amour personnel, tendre, confiant. Elle gardera toujours, par la suite, un certain émerveillement devant cet amour de Dieu pour chacun.

« Vous avez lu souvent dans l’Evangile cette parole de Notre-Seigneur : “La vie éternelle consiste à vous connaître, vous et celui que vous avez envoyé”. Je crois déjà vous l’avoir dit, mais j’appuie volontiers sur cette pensée, parce que c’est une pensée fondamentale et qu’on ne saurait trop y revenir. Pour connaître Dieu, comme la théologie catholique l’enseigne, il faut le connaître comme “le bien infini qui tend à se répandre, Bonum infinitum diffusivum sui”. Ces quatre mots latins suffisent pour définir Dieu. Il est étrange que, dans la piété, souvent on ne considère pas Dieu comme bon, comme bonté infinie, bien suprême tendant à se répandre et se répandant continuellement dans tous les êtres qu’il a créés. C’est là le motif de l’acte d’amour de Dieu, tel que vous le faites ; vous dites : "Mon Dieu, je vous aime de tout mon cœur et par-dessus toutes choses, parce que vous êtes infiniment bon, infiniment aimable." C’est cette infinie bonté, cette infinie amabilité qui est le motif de la préférence que nous donnons à Dieu sur toutes choses ; préférence qui doit reluire dans toute notre vie, dans toute notre conduite, dans toutes nos pensées. Par conséquent je dis que les piétés désolées, les piétés découragées, sont des piétés qui ne rendent pas à Dieu l’hommage qu’il attend d’une foi complète en sa bonté, incessamment occupée à se répandre. Elle s’est répandue dans le monde, même avant l’Incarnation. Dès l’instant de sa création, la grâce est donnée à l’homme, comme elle l’avait été aux créatures angéliques. Enfin cette bonté divine s’est répandue, après les mystères de l"Incarnation et de la Rédemption, en nous tous, par les grâces innombrables que nous avons reçues. Et tout cela, c’est l’Etre de Dieu qui aime à se répandre et qui se répand sans cesse, “diffusivum sui”. Il répand ses dons, pourvu qu’on ne s’y oppose pas, et que, dans une foi pure et s’attachant à Jésus-Christ, on ait un vrai désir de les recevoir ». (De la connaissance de Dieu comme le bien infini qui tend à se répandre, Chapitre du 22 juillet 1883.)

Les droits de Dieu découlent de son amour ; l’amour mérite l’amour. Nous recevons de Dieu notre être, l’amour. Tout Lui donner, c’est le laisser être Dieu. Marie-Eugénie est très logique dans sa manière non seulement de raisonner mais aussi d’appréhender l’existence : si Dieu existe, Il est amour ; s’il est amour, Il est donc le tout de notre existence. Tout simplement et très radicalement ! Cette logique est une logique de foi, le fruit de son expérience spirituelle. C’est pourquoi aussi elle exprimera cette radicalité dans un désir de se séparer de tout ce qui n’est pas Dieu pour Le trouver, et trouver tout le reste en Dieu. Son expérience de la grandeur de Dieu est liée à l’expérience d’une séparation de tout ce qui l’attachait et l’empêchait d’aller à Dieu. Elle va toute sa vie travailler à cette dépossession de soi pour n’appartenir qu à Dieu. Toute sa vie sera un chemin vers l’appartenance à Dieu et la recherche de la perfection de l’amour. On voit que son expérience de Dieu est liée à sa personnalité (caractère entier, radicalité), mais aussi à un chemin de croissance où les blessures (affectivité) deviennent des lieux de vie, de croissance (foi en la bonté de Dieu, sainteté de l’amour).

Marie-Eugénie a eu une éducation intellectuelle assez poussée et stimulante. Avec une jeunesse difficile où elle s’est trouvée confrontée seule à ses propres idées. Il y avait en elle beaucoup de doutes et de questions, et c’est dans cet état d’esprit qu’elle assiste au carême du Père Lacordaire (9 ans après la première communion). Les paroles du Père Lacordaire trouvent un écho dans son intelligence, parce qu’elles disent que Dieu est concerné par tout ce qui fait le « monde » intellectuel, politique, social... ; elles provoquent pour elle la rencontre avec Jésus-Christ et son Eglise. Elle reconnaît que la Vérité même s’adresse à la créature. Pour elle, c’est une exigence de répondre par tout son être. On comprend de cette expérience qu’elle puisse dire, plus tard, que le premier droit de Dieu est d’être cru quand Il parle.
Elle dira dans des notes de retraite en octobre 1859 (notes intimes, VOL. II -N. 222) : « Ordinairement, je ne me rends à Dieu que par la pensée de son être, de ses droits, de l’ordre qu’il y a de dépendre de sa perfection absolue »

Ces deux expériences ont été les fondements de l’expérience spirituelle de Marie-Eugénie. Elle va laisser grandir en elle la grâce de la première communion.

  • de son milieu familial et en particulier de l’esprit libéral de son père (il entre en 1817 dans le parti libéral de l’opposition à la Restauration) pour qui le langage des droits de l’homme était familier.
  • de ses lectures (qui la plonge dans une atmosphère opposée. Bonald est pour la Restauration) : Bonald (1754-1840, Mélanges), qui a lui-même reçu les enseignements de l’oratoire, Olier, Bérulle... et pour lesquels la créature humaine doit être consacrée toute entière à la gloire de Dieu.

Quand elle parle de l’esprit de l’Assomption, elle prend comme entrée en matière, premier sujet : les droits de Dieu ; l’Etre de Dieu.

« En cherchant quelle était la marque la plus caractéristique de notre Institut, je me suis trouvée arrêtée à cette pensée, qu’en tout et de toutes manières, nous devons être adoratrices et zélatrices des droits de Dieu. Il y a là quelque chose de si solennel, de si grand, que, pour ne pas vous laisser un seul instant sous l’impression d’une majesté qui écrase, je veux tout de suite vous rappeler que l’adoration et l’amour sont une même chose. L’adoration, c’est l’amour aussi grand, aussi ardent qu’il peut être dans le cœur de l’homme, amour accompagné d’un profond respect et d’un souverain hommage. (...) En aimant Dieu par-dessus toutes choses et en toutes choses, en aimant l’Eglise, en aimant les âmes, on reconnaît vraiment les droits de Dieu, dont nous devons être, il me semble, les adoratrices et les apôtres. Quand Notre-Seigneur parlait à la Samaritaine, il lui disait : « Le temps vient, et il est venu, où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité, car ce sont de tels adorateurs que le Père cherche ». Eh bien, mes Sœurs, en cela c’est vous qu’il cherchait, vous qui, ayant été fidèles à votre vocation, faites maintenant partie d’une Congrégation dont l’amour doit aller, en toutes choses, jusqu’à l’adoration, de telle sorte que toutes vos oeuvres, toutes les actions intérieures et extérieures de votre vie puissent monter vers Dieu et que, par un sentiment d’adoration, de respect des droits de Dieu, vous vous oubliiez vous-mêmes pour adorer, pour aimer, et donner toujours à Dieu la place qu’il doit avoir, en effaçant de plus en plus celle de la créature. » (Chapitre : Esprit de l’Assomption. Adoration des droits de Dieu, 24 février 1878).

- Quels sont les droits de Dieu ?

  • Marie-Eugénie dira que « le premier droit de Dieu, c’est d’être cru lorsqu’il parle » (Foi, amour de la vérité, chapitre 3 mars 1878). Dieu s’adresse à ses créatures. Dieu a parlé aux hommes : par l’Ecriture ; par son fils unique, qui est la vérité ; par son Eglise. L’homme répond à Dieu par la foi : la foi est un don qu’il faut accueillir et développer ; il faut se pénétrer des vues de la foi. La foi est un don d’amour et de miséricorde (droit de Dieu) ; l’homme est appelé à reconnaître le don de Dieu, en Jésus, dans l’Eglise ; la réponse de foi transforme notre intelligence, anime nos pensées et nos actions, nos relations... Dieu est présent dans notre vie telle qu’elle est ; nous ne pouvons pas la rencontrer ailleurs. Même si notre intelligence est limitée, si nous ne comprenons pas tout de Dieu, la foi est le risque pris d’entrer dans une relation filiale avec Celui qui nous a parlé et continue de nous parler dans les Ecritures, les événements, avec cette conviction que rien, pas même les événements les plus absurdes, les plus dénués de sens, ne peut nous séparer de Lui. Marie-Eugénie a beaucoup cherché la vérité, y compris déjà quand elle était jeune. Mais la vérité qu’elle rencontre n’est pas celle des philosophes, c’est une personne : Jésus-Christ. De là, elle invitera toujours les sœurs à nourrir et fortifier leur foi par de bonnes lectures, la pratique des sacrements, la prière personnelle et liturgique, communautaire.
    « Selon ma faible manière de concevoir, le premier droit de Dieu est d’être cru lorsqu’il parle, et le premier devoir de l’homme est de recevoir la parole de Dieu avec un profond respect et une grande foi ». Et plus loin : « Que rendre à Dieu pour un si grand bienfait ? La foi ».
  • Marie-Eugénie dira dans un autre chapitre (Sur le premier des droits de Dieu, le droit de l’amour, 26 octobre 1882) : « J’ai souvent remarqué qu’une des dévotions des Religieuses de l’Assomption, c’est l’adoration des droits de Dieu. Révérer les droits de Dieu, s’immoler, s’offrir pour réparer ce qui dans les créatures offense ces droits divins, se livrer à ces droits, pour qu’ils s’exercent librement sur nous, c’est un des attraits des âmes à l’Assomption. Mais parmi ces droits, le premier de tous, celui dont Dieu est le plus jaloux, c’est le droit de l’amour. Dieu a exercé ce droit tout d’abord par la communication ineffable de tout lui-même que le Père fait au Fils, et le père et le Fils au Saint-Esprit ; puis, en se répandant ensuite au dehors par la création extérieure. Mais Dieu n’avait pas besoin de la créature, puisqu’il est le bien souverain, se suffisant à lui-même. C’est donc pour exercer le droit de l’amour et nous donner son bien, que Dieu nous a créés. Nous aurions dû répondre à ce droit de l’amour par l’amour d’abord, puis par l’obéissance, qui est le premier effet de l’amour ; car on se hâte, on s’empresse d’obéir quand on aime. Il n’en a pas été ainsi. Dieu avait fait l’homme bon : son cœur était droit, son intelligence remplie de lumières plus grandes que celles des plus grands Saints ; mais Dieu l’avait fait libre de son choix. Vous savez comment, au lieu d’obéir à la seule prescription que lui avait imposée son Créateur, Adam, malgré ses lumières, se révolta contre cette obéissance si légitime, et tomba dans le péché. ; Après le péché, tout l’ordre de la création fut troublé ; les hommes se tournèrent vers les créatures et oublièrent Dieu, jusqu’à se faire des idoles de pierre ou de bois, et ils se plongèrent dans le mal. C’est alors que, par une nouvelle effusion de son amour, le Fils de Dieu est venu dans le monde. Et il a dit : “Je viens pour que ces hommes aient la vie et qu’ils l’aient en abondance”. Et encore : “Je suis venu apporter le feu sur la terre, que désiré-je, sinon qu’il s’allume”. La Rédemption, c’est donc encore le droit de l’amour réclamant l’amour de l’homme. »
    Adorer et aimer, c’est la même chose, car adorer Dieu, c’est l’aimer de toute sa personne, en réponse à l’amour même de Dieu pour nous.
  • Marie-Eugénie dit encore que Dieu a le droit d’être reconnu pour ce qu’il est.
    (Sur la mort de mère Marie-Agnès, chapitre du 23 mars 1979) : « (...) ce que nous devons avoir le plus à cœur, c’est la gloire de Dieu, les droits de Dieu : Dieu reconnu toujours bon, toujours père, toujours saint, toujours parfait dans ses volontés et ses dispositions, alors même qu’elles nous éprouvent. Ce que nous devons avoir le plus à cœur, c’est d’être comme un encens qui brûle toujours aux pieds de Jésus-Christ, aux pieds de Dieu. Que tout dans l’âme soit adoration ; alors même que tout dans l’âme serait brisé ».
  • Ces droits de Dieu ont pour corrélatifs des devoirs de l’homme : la foi, l’espérance et la charité. « Dieu m’a fait la grâce de pleurer beaucoup mes péchés. Tibi soli peccavi. Cette pensée d’avoir en toute chose refusé à Dieu ses droits sur moi, m’a vivement, quoique doucement affligée. J’ai vu combien c’était un devoir pour moi de vivre de foi d’espérance d’amour et de prière, en rendant à Dieu ce que je lui dois sans cesse, et au moins pleinement les prières qu’il a marquées par la règle. Par la modestie religieuse et mortification, j’aurais dû porter Dieu dans mon extérieur, et l’y glorifier ; par l’humilité, m’anéantir à mes yeux et à ceux des autres pour lui tout rendre. Je sens que j’ai perdu des grâces par lesquelles Dieu se serait glorifié en moi en me rendant sainte. » (notes intimes VOL. II -N. 167, février 1841).
  • De son expérience, elle pourra dire que ces droits de Dieu ne sont pas écrasants, parce qu’ils ne sont pas les droits d’un maître, mais d’un père (chapitre 3 Mars 1878) : « Quelquefois on dit que les droits de Dieu sont écrasants. Je n’ai jamais pu comprendre cela. Il me semble au contraire que chacun des droits que Dieu prend sur nous est un droit d’amour et de miséricorde. Le droit d’être cru par nous, est-ce un droit qui écrase ? N’est-ce pas au contraire un droit qui nous élève et nous enrichit ? Si Dieu ne nous avait pas imposé la foi, où irions-nous, pauvres et misérables créatures ? »
    L’amour du père nous a été révélé en Jésus-Christ. Par amour, Dieu s’est fait homme. C’est pourquoi, son désir est que le mystère de l’Incarnation soit fondement pour la congrégation des religieuses de l’Assomption. C’est encore l’expérience de sa première communion au cours de laquelle elle a découvert que le seul chemin pour aller vers le père est Jésus. Jésus est seul médiateur entre le Père et l’humanité. Il a établi entre le Père et l’humanité un lien éternel.

L’immensité divine ne dit pas tout, donc, de son expérience de Dieu. Car elle a découvert Jésus-Christ comme le chemin qui mène au Père. « J’ai l’esprit trop faible pour risquer beaucoup de m’occuper de Dieu, de son immensité, de sa présence partout. Je m’y embrouille ou je comprends toutes choses en Dieu et Dieu en toutes choses, ce qui est un peu le panthéisme où je n’y comprends rien du tout. Cette essence infinie, immense, incompréhensible écrase mon intelligence ; ce que j’en lis ne me satisfait jamais, cela me semble presque toujours trop matériel ; il me semble qu’on fasse de Dieu un être humain ou au moins séparé de toutes choses, tandis que venant toutes de Lui, il ne peut leur être étranger quoique la manière dont il y est présent soit mystérieuse et incompréhensible pour moi. Mais je pense qu’il n’est pas bien nécessaire de se tourmenter de tout cela, le Verbe de Dieu s’est fait chair aussi pour les pauvres d’esprit. Son humanité sainte est facile à comprendre, à se représenter, on peut s’en former toutes les images matérielles, les plus réelles. Jusqu’ici j’ai eu le bonheur de ne jamais vivre bien éloignée de sa présence réelle. C’est donc à Jésus Christ Dieu-homme que je présente mes hommages ; c’est Lui que je vois près de moi sous toutes les formes qui peuvent le plus me toucher et Lui qui comprend la grandeur de son Père rend pour moi à Dieu tous les hommages qui lui sont dus ». (Vol. II -N. 161 Notes intimes, 1837)

La spiritualité de Marie-Eugénie est très christocentrique : Christ est voie, chemin, lieu de passage vers le Père. Elle dit que « le verbe est la joie de son Père / Le Père est la créateur, mais c’est par son Verbe qu’Il a créé toutes choses ; et quand il créait l’homme (...) Il avait devant les yeux l’image de l’homme-Dieu (...) C’est sur ce modèle admirable que l ‘homme a été fait  » (Connaissance et amour de Jésus-Christ, chapitre du 10 mars 1878). Marie-Eugénie parle du mystère de l’incarnation du Christ comme d’un chemin de sainteté. « L’explication de ce mystère c’est qu’au-dessous de tout ce qu’il est, Dieu met la sainteté. La sainteté est ce qu’il cherche avant tout ; ce qu’il veut créer, c’est des saints » (chapitre du 15 décembre 1878).C’est en Jésus-Christ qu’il est possible de rendre toute gloire au Père. Marie-Eugénie contemple en Jésus le don total et sans réserve du Fils à l’amour du Père, à sa volonté, dans l’abandon, la confiance et l’amour filial. Toute sa vie, avec ses joies, mais aussi ses difficultés, ses épreuves, ses doutes, ses interrogations... elle va garder cette conviction de foi qu’il faut faire de sa vie une louange pour celui qui nous aimé jusqu’ à ce faire l’un de nous. On comprend de là son désir transmis à la congrégation de faire connaître et aimer Jésus-Christ.

Une lettre au Père Lacordaire nous livre une synthèse de sa spiritualité et du charisme de l’Assomption, synthèse qui s’opère avec l’idée du règne de Dieu : « Faire connaître Jésus-Christ, libérateur et roi du monde ; enseigner que tout est à lui, que, présent en nos âmes par la vie de sa grâce, il veut travailler en chacun de cous à la grande œuvre du règne de Dieu, que chacun de nous entre dans son plan, ou pour prier, ou pour souffrir, ou pour agir, que s’y refuser, sous quelque prétexte que ce soit, c’est quitter le plus grand bien et prendre la voie de l’égoïsme, je vous avoue que c’est là pour moi, le commencement ainsi que la fin de l’enseignement chrétien ».

L’idée de Règne permet à Marie-Eugénie d’insérer sa christologie à l’intérieur du cadre global de l’histoire du salut. L’Incarnation est le oui définitif de Dieu au monde et à l’histoire, qui ont été assumé éternellement par l’humanité du Verbe. Le Règne est ce qui permet à Marie-Eugénie d’exprimer sa compréhension que Dieu n’est pas hors de l’histoire. C’est ce qui lui permettrait de faire la synthèse de l’idée qu’elle avait de la grandeur de Dieu et le sens de ses droits, et de la rencontre du Dieu d’amour qui se révèle en Jésus-Christ. C’est la reconnaissance des droits de Dieu qui fait que nous recevons le Règne. Le Règne vient quand on accueille Dieu. C’est ce qui fonde alors aussi son action. Le Règne est ce qui fait la synthèse de sa vie contemplative et de sa vie active, de son désir de transformation personnelle et de son désir de transformation de la société.

Pour Marie-Eugénie, enfin, il n’y a pas de Christ sans Eglise. C’est en Eglise que nous rencontrons Jésus-Christ. C’est pourquoi, elle appelle à aimer l’Eglise (ce qui d’ailleurs lui a été difficile), à se nourrir de la Parole de Dieu, des sacrements, de la prière de l’Eglise.

Sr Sophie Ramond, ra
Leon, 26/07/2004
Assomption ensemble - Congrès européen

>> Toutes les informations sur le site des Amis de l’Assomption


Documents


À voir sur le web

Dans la même rubrique


Ajouter un commentaire



Informations légales

Ce site est édité par "Religieuses de l’Assomption" :

Ecusson
  • Religieuses de l’Assomption - 17, rue de l’Assomption 75016 Paris - France
  • Tél +33 (0) 1 46 47 84 56
  • Fax + 33 (0) 1 46 47 21 13

S'inscrire à l'info-lettre