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« Parmi vous, il ne doit pas en être ainsi… »...

Année liturgique 2014-2015 [B]

"Parmi vous, il ne doit pas en être ainsi…"


Marc, à son habitude, nous rapporte sans ambages un épisode de la vie des disciples avec Jésus où, comme on dit vulgairement, « "ils se sont mis le doigt dans l’œil jusqu’au coude"…


Le contexte vaut la peine d’être rappelé. Jésus vient de leur dire, et ce pour la troisième fois, vers quoi il marche résolument sur la route de Jérusalem : "Le Fils de l’Homme va être livré… ils le condamneront à mort… ils cracheront sur lui, ils le flagelleront, ils le tueront et trois jours après il ressuscitera". (10,33-34) Comme les deux autres fois ces douloureuses confidences restent totalement incomprises : la première fois Pierre avait rabroué Jésus (8,32), une querelle de préséance avait suivi la deuxième annonce (9,32) et maintenant, quasi en réponse à cette troisième annonce, s’avancent Jacques et Jean avec leur demande : « Accorde-nous de siéger dans ta gloire l’un à ta droite et l’autre à ta gauche » ! Rien compris…


Ils se sont approchés avec un désir que Jésus leur a fait expliciter : "Que voulez-vous que je fasse pour vous ?" et ce désir est complètement à l’encontre de celui qui habite leur maître à l’heure où il se prépare à vivre sa mission de Serviteur souffrant, "car le Fils de l’Homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude" (10,45).


Cette question de Jésus "que voulez-vous" est à écouter, et à répondre sans faux fuyants. Quel désir, quels désirs m’habitent ? Oui, je veux aimer et suivre Jésus, oui, je veux servir, mais… il y a d’autres désirs ou attachements parasites qui, si j’ose les exprimer à moi-même et au Christ, me montrent à quel point mes pensées sont loin de Ses pensées (cf. Is 54,8 ; Mc 8,33). Quelles sont les "bonnes places" (prestige, reconnaissance, pouvoir…) qui m’attirent ?


Jésus répond « "vous ne savez pas ce que vous demandez"… et, de fait, les places à droite et à gauche seront celles des condamnés à mort avec lui (Mc 15,27). Cela aussi est bon à entendre : "tu ne sais pas", comme dans le récit de Luc : "Père pardonne-leur, ils ne savent pas…". Accueillir la patience et la miséricorde manifestées par ces mots. Attendre que l’Esprit vienne peu à peu purifier le fond de mon cœur et ajuster mes désirs à ceux de Dieu.


Et puis une autre question de Jésus : "Pouvez-vous boire ma coupe, pouvez-vous être baptisés du baptême dans lequel je vais être plongé ?", en d’autres termes : "pouvez-vous partager ma Passion ?" ». Vraiment sûrs d’eux (et naïfs !) Jacques et Jean s’empressent de répondre : "Oui !". Il est évident pour le lecteur, et la suite du récit le prouvera, qu’ils en sont incapables. Mais la réaction de Jésus est étonnante et rassurante à la fois : "Vous boirez, vous serez baptisés". Son regard miséricordieux ne s’attache pas à la fanfaronnade, il voit plus loin la capacité qui sera donnée à ses apôtres, par grâce, de le suivre un jour jusqu’au bout. Accueillir ce regard qui va plus loin que nos faiblesses, est aussi très important quand nous sommes tentés de nous juger et de juger les autres à partir de nos failles.


Les dix autres alors entrent en scène, indignés. Sont-ils scandalisés par la demande des deux frères ? A mon avis, et ce serait dans le style gentiment ironique de Marc, c’est plutôt parce qu’ils convoitent eux-mêmes les places d’honneur, et de quel droit ces deux là se les arrogeraient-ils ?! Ne nous vient-il pas à nous aussi de ces mouvements de jalousie, que nous n’osons pas nous avouer à nous-mêmes, quand d’autres prennent le devant ?...


L’enseignement que donne alors Jésus conclut tous ceux qu’il a donnés dans cette section de l’évangile (8,31-10,52) où, en route vers Jérusalem, il parle de son chemin (en termes bibliques : des choix qui sont les siens) et des choix que doivent faire, personnellement et comme communauté, ceux qui marchent à sa suite. Cet enseignement est grave et essentiel : Le monde a une manière de vivre l’autorité comme pouvoir, mais "chez vous il ne doit pas en être ainsi". Dans la communauté des disciples le plus grand, celui qui a l’autorité, doit être l’esclave de tous ! Non pour se minimiser, mais pour suivre Celui qui est venu comme Serviteur donner sa vie pour tous. A méditer longuement pour lutter contre toute tentation de pouvoir ou de cléricalisme…


Sr. Bénédicte Rollin,
Vilnius, Europe du Nord



29ème dimanche B 
Mc 10,35-45

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