Nos déserts

4.2 - Propositions pour aller plus loin



Je suis sûr, mon Dieu, que vous m’aimez
et que dans cette vie si encombrée,
touchée de tous côtés par la famille, les amis et tous les autres,
il ne peut être absent, ce désert où l’on vous rencontre.
On ne va jamais au désert sans traverser beaucoup de choses,
sans être fatigué par une longue route,
sans arracher ses yeux à ce qui est leur horizon de tous les temps.
Les déserts se gagnent, ils ne se donnent pas.
Les déserts de notre vie, nous ne les arracherons
au secret de nos heures humaines
qu’en violentant nos habitudes, nos paresses.
C’est difficile, mais essentiel à notre amour.
De longues heures de somnolence ne valent pas dix minutes
de vrai sommeil. Ainsi de la solitude avec vous.
Des heures de presque solitude sont pour l’âme un moins grand
repos qu’un instant de plongée dans votre Présence.
Il ne s’agit pas d’apprendre à flâner.
Il faut apprendre à être seul chaque fois où la vie nous réserve une pause.
Et la vie est pleine de pauses que nous pouvons ou découvrir
ou gaspiller. (...)
Quelle joie de savoir que nous pourrons vers votre seul visage
lever les yeux,
pendant que la bouillie épaissira,
pendant que grésillera le "pas libre" du téléphone,
pendant que, devant l’arrêt, nous attendrons l’autobus qui ne
vient pas,
pendant que nous monterons l’escalier,
pendant que nous irons chercher, au bout de l’allée du jardin,
quelques brins de cerfeuil pour finir la salade.
Quelle extraordinaire promenade sera pour nous le retour en métro,
ce soir, quand on ne pourra plus bien voir les gens croisés sur le trottoir.
Quelles avances de vous que les retards, où l’on attend un mari, des amis, des enfants.
Toute hâte de ce qui n’arrive pas est bien souvent le signe d’un désert.
Mais nos déserts ont de rudes défenses,
ne serait-ce que nos impatiences,
ne serait-ce que nos songeries vagabondes,
ne serait-ce que notre torpeur,
à l’affût de quelques vacances.
Car nous sommes ainsi bâtis que nous ne pouvons pas
vous préférer sans un mince combat
et que vous, notre Bien-Aimé,
serez toujours par nous mis en balance
avec cette fascination,
avec cette obsession usante de nos bagatelles.


Madeleine Delbrel


 


 


 

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