Noël 2017 - Soeur Martine Tapsoba

Soeur Martine Tapsoba

L’espérance de Noël


Chers frères et sœurs,

Noël est à nos portes ; nous accueillerons bientôt Jésus, le Christ, le Messie, le Sauveur, selon le nom que chacun(e) de nous veut bien lui donner dans l’aujourd’hui de sa réalité concrète.
L’annonce de sa venue a suscité l’espérance du salut, renouvelée chaque année. Lui le premier, quand il fut envoyé par les autres personnes de la Sainte Trinité, a espéré en l’humanité désorientée, désirant la sauver et lui révéler la miséricorde de Dieu.
Dans ces temps où nous sommes très souvent surpris par le rapide enchaînement d’événements douloureux, déroutants, peut-être pouvons-nous nous arrêter un moment pour contempler celui qui a été appelé "l’Espérance des nations" dans la prophétie d’Isaïe : "Moi, je viens rassembler toutes les nations, de toute langue. Elles viendront et verront ma gloire : je mettrai chez elles un signe !" (Is 66, 18). Contemplons-le pour qu’il nous apprenne à être des hommes et des femmes d’espérance, des porteurs et des éveilleurs d’espérance dans notre monde aimé de Dieu (Jn 3,16).
Au seuil d’une nouvelle année pleine de promesses et donc d’espérances, tendus vers le Chapitre Général de 2018, voulons-nous être comptés parmi ceux et celles qui osent encore croire en la puissance de la vie et de la résurrection ? 

1. Jésus, homme d’espérance


Chaque année, le temps de l’Avent nous remet en route vers Bethléem, où nous donne rendez-vous le Sauveur promis depuis des siècles : "Voici que la vierge est enceinte, elle enfantera un fils, qu’elle appellera Emmanuel" (Is 7, 13-14). Promesse réalisée grâce à la foi de Marie et de Joseph qui ont espéré avec leur peuple que Dieu serait fidèle : "Et le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire…" (Jn 1, 14).
La fête de Noël nous donne l’occasion de reconsidérer la place que nous faisons dans nos cœurs au nouveau-né de Bethléem, si fragile et puissant en même temps ; il fait trembler le roi Hérode, mais provoque l’émerveillement du vieux Siméon et de la prophétesse Anne (Luc 2, 25-38). Alors qu’il fait l’admiration de ses parents et la joie des bergers, sa fragilité et sa pauvreté déconcertent les personnes qui attendent la libération dans une manifestation de puissance.
Né dans l’anonymat presque total, Jésus va grandir, comme n’importe quel autre villageois de Nazareth, partageant les conditions de vie d’une famille moyenne. C’est là qu’il a été enfoui comme le grain, qu’il a senti le poids de la terre à travers les situations angoissantes de son peuple. C’est là qu’il s’est mis à l’école de la vie en observant Marie sa mère, Joseph, leurs voisins.
Lorsque plus tard, il parcourra la Galilée pour initier ses concitoyens à une "nouvelle expérience de Dieu", il saura parler des choses de la vie dans un langage compréhensible par tous. Solidaire des pécheurs, il vient pour être baptisé avec eux par Jean et rend effectif le salut offert à tous. Il ouvre la porte à une espérance invincible, signe de sa foi et de sa confiance en la miséricorde du Père. Cette espérance l’a animé durant toute sa vie publique, devenant le leitmotiv de sa prédication en direction des assoiffés de justice et de paix (Cf. Mt 5) et de ses œuvres de miséricorde en faveur des malades, des plus pauvres et des exclus.
L’avènement de Jésus, dans la nouveauté d’une expérience qui surprend et fascine en même temps, est la manifestation de la consolation qu’il a apportée et qu’il continue d’apporter au monde à travers les disciples que nous sommes.

2. Une espérance qui nourrit la foi


Si "dans la vie chrétienne, la foi a la priorité, l’espérance a la primauté. Sans la connaissance du Christ, par la foi, l’espérance devient une utopie s’élançant dans le vide. Mais sans l’espérance, la foi dépérit, devenant un ‘peu-de-foi’ et finalement une foi morte" [1]. Avec Jésus, nous apprenons à avoir ce regard de foi nourri d’espérance qui met l’amour en œuvre. En effet, Jésus nous enseigne à contempler de manière à atteindre l’âme des choses, à regarder plus loin que ce qui est immédiatement perceptible : "Son regard est le regard de la foi. Il admire les fleurs des champs et les oiseaux du ciel, mais il devine, derrière les apparences, les soins amoureux de Dieu pour ses créatures… Il se réjouit du soleil et de la pluie, mais bien plus, encore de la bonté de Dieu envers tous ses enfants, les bons comme les méchants…" [2].
Au lieu d’attendre des autres ce qu’ils ne peuvent pas nous donner, pourquoi ne pas nous exercer à reconnaître dans les gestes bienfaisants de nos proches, qui nous paraissent souvent si naturels et normaux, la bonté de Dieu à notre égard ? La source de notre joie se cache dans ces petits riens du quotidien, toutes ces petites choses faites avec amour, qui sont à notre portée. En nous entraînant à discerner dans notre vie et celle du monde les signes annonciateurs d’espérance, nous nous laissons inspirer pour mettre en œuvre nos dons au service des autres. Notre foi au Christ nous empêche d’être indifférents aux situations qui déshumanisent et font souffrir ; elle nous pousse à agir pour que quelque chose change en faveur d’un mieux-être. C’est dans ces situations inacceptables que paradoxalement devrait surgir l’espérance. Celle-ci maintient l’homme dans le refus de s’accommoder, jusqu’au grand accomplissement de toutes les promesses de Dieu" [3].

3. Agir en femmes et hommes d’espérance


À l’âge de la maturité, Jésus a cherché Dieu comme "une force de salut" pour son peuple. Il a rejoint les lieux de fractures de la société et s’est laissé toucher par les souffrances des plus faibles ; il n’a pas eu besoin d’aller les chercher très loin ; ils étaient déjà là, souffrant de la pauvreté matérielle et spirituelle, de maladies de toutes sortes, du rejet... Comme lui, nous pouvons repérer les lieux de fracture de nos peuples avec un cœur compatissant, un cœur connecté à celui de Dieu, être sensibles aux crises profondes qui traversent nos sociétés… Nous ne pouvons pas regretter les dysfonctionnements sociaux sans nous remettre en question : nous contentons-nous de nos styles de vie sécurisants ou acceptons-nous d’avoir besoin d’être sauvés ? Osons-nous appeler notre péché et nos incohérences par leur nom pour que soit réveillé en nous le désir de la conversion et du salut ? En effet, la conversion est un point de départ pour l’espérance, une porte ouverte à la miséricorde divine. Il nous faut croire en l’action transformatrice de Dieu ici et maintenant et collaborer activement en nous disposant à cette transformation.
C’est aujourd’hui que Dieu manifeste sa miséricorde dans le nouveau-né de la crèche. Très concrètement, quels sont les pauvres que nous allons accueillir ou visiter à Noël, en réponse à l’appel lancé par le Pape lors de la journée mondiale des pauvres ? Comment emboîter le pas de tous ceux et celles qui s’engagent pour que changent les situations de détresse des plus déshérités ?
"Des pauvres, nous dit Jésus, vous en aurez toujours avec vous…" (Jean 12,8) Alors comment ne pas céder au désespoir devant les maux de notre monde (guerre, injustices, esclavages, migrations…) ni endormir nos consciences en pensant à ce que nous avons déjà fait ? Comment nous encourager à persévérer afin de répondre en actes, sans nous lasser, puisque "l’amour ne dit jamais c’est assez" ! Laissons-nous motiver et entraîner par des entrailles de compassion. Ne calculons pas, ne limitons pas le champ des pauvretés et surtout n’oublions pas ceux et celles qui nous sont proches dans nos familles et nos communautés, ceux et celles que nous rencontrons dans nos lieux apostoliques et nos paroisses. Bien souvent, c’est quand nous avons fait nous-mêmes l’expérience de toucher le fond de notre être que nous devenons plus sensibles aux personnes désespérées autour de nous. Le Pape François disait à juste titre que "seuls espèrent vraiment ceux qui font l’expérience de leur pauvreté et de leurs limites et restent confiants dans le Seigneur. Ce sont eux qui donnent le plus fort témoignage qu’au-delà de la tristesse et de la mort, le Seigneur aura le dernier mot" [4]. Ainsi c’est en donnant l’espérance que nous la recevrons à notre tour de la part des plus démunis.

***


Nos journées sont remplies d’espoirs et de petites espérances pour lesquels nous attendons un accomplissement. Nous espérons un tas de choses et nous en souhaitons aux autres, mais que faisons-nous pour qu’ils commencent à se réaliser ?
Tout au long de l’Avent, il nous a été rappelé avec force combien l’espérance du salut annoncé et accompli en Jésus-Christ nous met en route sur un chemin de conversion constante, pour pouvoir l’accueillir dans nos vies. L’appel à la veille et à la vigilance a retenti régulièrement. Ces attitudes doivent nous accompagner chaque jour pour que ne s’éteigne pas le feu de l’espérance, cette belle vertu qui "nous fait tendre à la sagesse et implique une progression de la qualité de la Vie spirituelle. Mais elle demande un réel investissement de notre part et, en fait, une décision de nous engager dans cette durée. L’espérance provoque un enracinement de plus en plus profond dans la relation au Christ, source de Vie et de lumière... L’espérance se construit jour après jour, fondée déjà sur notre conviction intime que le Christ est mort et ressuscité. C’est le fondement de la vie chrétienne" [5].
Dans ces temps où la sécurité n’est assurée nulle part, où certains événements nous plongent parfois dans une ambiance d’apocalypse, il semble sage d’avoir pour compagne la « petite espérance », comme l’appelle le grand poète Péguy. Il nous faut la nourrir en nous, en prendre soin, alors que nous marchons, dans l’attente du salut. Car l’Espérance, est cette "petite fille de rien du tout… venue au monde le jour de Noël de l’année dernière… C’est elle, cette petite, qui entraîne tout" [6].
L’espérance nous fait agir aujourd’hui. Elle n’est pas une attente béate et passive d’un don qui nous tombera sur la tête, mais l’engagement conscient dans le présent, pour la réalisation d’un désir qui nous habite et nous fait déjà vivre. Soyons ensemble ce corps qui espère et dans lequel les membres se soutiennent les uns les autres, ce corps qui irradie un témoignage d’espérance, ce corps qui porte la responsabilité d’une espérance active.


Puissions-nous, tout au long de l’année 2018, "établir notre espérance sur la bonté de Dieu et, pour avancer de plus en plus, … mettre notre main dans la main percée de notre Seigneur, lui demander de nous conduire, attendre tout de lui" [7].


Au nom du Conseil Général, je vous souhaite de joyeuses fêtes de Noël, dans la joie de cheminer vers le Chapitre Général,
Avec ma prière et ma fraternelle affection !


Sœur Martine Tapsoba
Supérieure Générale



Religieuses de l’Assomption
Maison Généralice
17, rue de l’Assomption
75016 PARIS 


Chapitre de Noël 2017
Paris, le 19 décembre 2017


 


[1Jürgen Moltmann, Théologie de l’espérance, Cerf-Mame, Paris, 1970, p 17

[2José Antonio Pagola, Jésus, approche historique, Cerf, Paris, 2012, p.54

[3Jürgen Moltmann, Théologie de l’espérance, Cerf-Mame, Paris, 1970, p 18

[4Pape François, Audience générale du 8 février 2017 (catéchèse en français)

[5Père Tommy Scholtes, Prions en Église n.371, commentaire des textes du 32e dimanche du temps ordinaire

[6Charles Péguy, Le Porche du Mystère de la deuxième vertu, 1912

[7Sainte Marie Eugénie, Instruction de chapitre sur l’abandon, 22 décembre 1872



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