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León (Nicaragua) et Santa Ana (Salvador) : dernières fondations de Marie-Eugénie

Trésors d’archives


La fondation de León, au Nicaragua, et de Santa Ana, au Salvador, ont été les dernières fondations avant la mort de Marie Eugénie. Aux Archives, on peut trouver beaucoup de documents liés à cette fondation, notamment une copie [1] du récit de la fondation par Mère Maria Caridad, recopié en 1939 par une sœur de la communauté du Salvador. Voici ce récit, tel que nous pouvons le lire dans le cahier original dont la couverture est enluminée. Nous l’avons agrémenté de quelques documents que l’on peut trouver dans le dossier qui en comporte bien d’autres.

Récit de la Fondation de León (Nicaragua)
par Mère Marie Caridad  [2]


Fin 1891, ou commencement 1892, le Docteur Roberto Sacasa, Président de la République du Nicaragua, chargea son représentant, Mr Medina, Ministre du Nicaragua à Paris, de lui chercher une Congrégation enseignante qui voudrait bien accepter d’envoyer quelques-uns de ses membres à León, pour y fonder un établissement d’éducation pour les jeunes filles de la société… Mr Medina  [3] connaissait nos Sœurs de Lübeck, aussi n’hésita-t-il pas un instant pour le choix de la Congrégation et, se dirigeant à Auteuil, transmit à notre vénérée Mère Fondatrice le désir de son Gouvernement.


Notre Mère vit dans la proposition que lui faisait le Ministre du Nicaragua une manifestation de la volonté de Dieu qui semblait approuver le secret désir de son cœur d’ouvrir, à nouveau, le champ des Missions à celles de ses filles qui s’y sentiraient appelées. Elle n’hésita donc pas à donner sa parole à Mr Medina qui, après en avoir référé à son Gouvernement, passa un contrat avec notre vénérée Mère Fondatrice, contrat dans lequel furent stipulés les engagements pris de part et d’autres [4] .


Le 24 août 1892 s’embarquèrent à Pauillac sur le Labrador, vapeur de la Compagnie Transatlantique [5] , celles qui eurent le bonheur d’avoir été choisies par Notre Mère Fondatrice elle-même, pour être les pierres de la fondation de notre première maison d’Amérique Centrale… Elles étaient au nombre de neuf : Mère Marie Rosario, Sr Rose Adelaïde, Sr Catherine Marie, Sr M. Denyse, Sr M. Rosa, Sr Myriam ; puis trois Srs Converses : Sr M. del Salvador, Sr M. Raymunda, Sr M. Placidia… Un saint prêtre faisait, en outre, partie de la petite colonie, car une des clauses du contrat que N. Mère Fondatrice avait passé avec le Gouvernement du Nicaragua était qu’un chapelain, choisi par elles, accompagnerait les Sœurs pour leur servir d’aumônier et leur assurer les secours spirituels… Notre Aumônier de Mira Cruz, Mr L’Abbé Domingo Maria de Goñi, de sainte mémoire, ayant su la chose, s’offrit spontanément à N. Mère Fondatrice qui accepta, avec reconnaissance, son offre si généreuse et n’eut pas à le regretter car ce saint prêtre fit un bien immense, non seulement au pensionnat, mais encore aux personnes du dehors et surtout au clergé. Nous reparlerons de lui plus tard.


La traversée fut bonne mais, en vue de Colón, les autorités firent savoir au Commandant du Labrador qu’il ne lui serait pas permis de jeter l’ancre dans ce port et qu’on allait mettre en quarantaine tout l’équipage, ainsi que ses passagers parce qu’on avait su, à Colón, qu’il y avait eu un cas de choléra au Havre au moment où le Labrador quittait cette ville. Le Commandant, fort contrarié, décida de rebrousser chemin et de retourner en France… [6]


Cependant Mère M. Rosario et ses filles ainsi que Mr L’Abbé de Goñi, étaient désolés à la pensée de renoncer à la Mission, aussi en arrivant à la Guaira, la Mère se décida à débarquer dans le port avec ses huit filles pour y attendre les ordres de Notre Mère Fondatrice… En attendant, Mère M. Rosario n’eut pas à regretter d’avoir pris cette décision car, non seulement le Curé d’une des paroisses de la Guaira : el Padre Monteverde, fut un vrai père pour la petite Communauté pendant tout son séjour au Venezuela, mais encore les autorités et la société de La Guaira, voire même la classe ouvrière, se montrèrent des plus accueillants envers elles… ce serait trop long de raconter ici toutes les délicatesses dont elles furent l’objet, je me bornerai seulement à dire que pendant les deux mois que dura leur séjour à Maiquetía, qui est comme un faubourg de La Guaira, on ne leur permit pas de dépenser un centavo. En effet, les familles se disputèrent l’honneur de leur payer le loyer ; on leur envoya le mobilier, la vaisselle, etc. et, de plus, leur repas quotidien et tous auraient désiré qu’elles s’établissent au Venezuela… mais ce n’était pas le champ que le Père de famille leur réservait, pour le moment, aussi, dès que Mère M. Rosario sut qu’il leur serait permis de débarquer à Colón, la petite Communauté, accompagnée de son Chapelain, reprit la mer. Enfin : le 6 novembre 1892, les Sœurs et l’Abbé arrivèrent à León et furent admirablement bien reçus par les autorités ecclésiastiques et civiles [7], ainsi que par toute la société. – La 1ère Messe fut dite le 15 novembre en la fête de Ste Gertrude et le 15 janvier 1893 on ouvrit le Pensionnat [8]. Bientôt nous eûmes tant d’élèves que les deux maisons qui nous avaient été préparées ne suffirent plus pour recevoir un si grand nombre d’enfants [9]. En vue de cela, Mr le Président Sacasa mit à notre disposition l’Institut National où nous sommes restées jusqu’au grand tremblement de terre qui eut lieu le 29 avril 1898 et qui renversa une partie de l’édifice.


En 1893, notre vénérée Mère Fondatrice envoya un renfort de six Sœurs à León. Les heureuses élues furent : Sr M. Michaël de la Présentation, Sr Marie Caridad du Sacré Cœur, Sr Marie Notburge de l’Enfant Jésus et trois Srs Converses : Sr M. Virtudes, Sr M. Rudesinda, Sr M. Brígida.


Nous nous sommés embarquées au Havre le 15 juin de la même année. Mère Agnès Eugénie nous accompagna jusqu’au port ainsi que Mère Cécile Emmanuel que nous avons prise à Rouen où nous avions passé la nuit............ Au moment des derniers adieux au Havre, comme nous étions très émues, Mère Agnès Eugénie, pour nous consoler, nous dit : Ne pleurez pas, mes enfants, bientôt j’irai vous rejoindre…. Nous ne nous doutions pas alors que cette prédiction de la chère Mère se réaliserait un jour………………….


Le 14 juillet nous abordions à San Juan del Sur (Nicaragua) et là on nous dit que nous ne pouvions continuer jusqu’à Corinto vu que le pays était en Révolution et que les insurgés se trouvaient dans ce port. Il nous fallut donc débarquer à San Juan del Sur. Heureusement qu’un Monsieur fort aimable appelé Dn Salvador Chamorro, se chargea de nous piloter à travers la…… ville…… qui à cette époque, se composait de trois rues et de quelques cabanes habitées par des familles de pécheurs…… Il nous fallut passer là cinq jours qui nous parurent un siècle !…. Nous couchions par terre, faute de lits et, pour comble de malheurs, impossible de communiquer avec Mère Marie Rosario !... Et nos ressources étaient presqu’épuisées vu que nous étions à la fin du voyage !...


Fort heureusement, Mr Chamorro eut la bonne idée de conseiller à Sr M. Michaël qui était chargée du voyage, d’envoyer un télégramme au nouveau Président (celui qui avait renversé Mr Sacasa) lui disant que le Gouvernement nous avait appelées et que nous le priions de vouloir bien nous envoyer les moyens de transport pour nous rendre à Rivas… Le Président répondit, très aimablement, qu’il nous enverrait deux charriots : En effet, deux jours après, arrivent les charriots annoncés : l’un attelé de six bœufs et l’autre de deux. Le premier nous était destiné et le second était mis à notre disposition pour transporter nos bagages…… Nous étions ravies à la pensée de voyager à la manière de Ste Thérèse !...
Nous partîmes donc de San Juan del Sur à 4 heures du matin : le voyage fut des plus pittoresques.
Après avoir traversé une forêt vierge de toute beauté nous arrivions enfin à Rivas à 5 heures du soir… (Ce voyage se fait maintenant en auto en mois d’une heure !)
Le Gouvernement nous paya l’hôtel pendant tout notre séjour dans cette petite ville où force nous fut d’attendre les événements.
Vers la fin juillet la révolution cessa. Mr Santos Zelaya qui, à son tour, avait renversé Mr Zelaya, l’adversaire de Mr Sacasa, se fit reconnaître comme Président de la République et les communications furent rétablies ; aussi dans les premiers jours du mois d’août, nous quittions Rivas pour nous rendre au petit port de San Jorge, sur le lac de Nicaragua et, après quelques heures de navigation sur ce beau lac, nous débarquions à Granada. Arrivées là, nous pûmes enfin nous mettre en communication avec Mère M. Rosario qui, toute heureuse, nous envoya une personne de sa confiance pour aller à notre rencontre et nous conduire à León.
Le 11 août nous arrivions enfin au terme de notre voyage et tombions dans les bras de Mère M. Rosario qui nous reçut comme une vraie Mère.
Ici il me faut ouvrir une parenthèse pour reparler du vénéré prêtre qui avait suivi Mère Marie Rosario et ses filles à León en qualité d’aumônier.
Comme Mère M. Rosario avait eu la date de départ du Havre et qu’elle ne pouvait communiquer avec nous, à cause de la Révolution, elle supposa que nous débarquerions à Amapala (Honduras) ou que nous continuerions jusqu’au Salvador…. Ayant appris qu’une goélette faisait voile pour Amapala, Mr L’Abbé de Goñi s’offrit pour aller nous attendre là-bas afin de nous ramener à León au retour de la goélette. En débarquant à Amapala, il mit un câble au Commandant du port de San Juan del Sur pour lui demander si, par hasard, il se trouvait là des Religieuses de l’Assomption. Le Commandant lui ayant donné une réponse affirmative, l’Abbé de Goñi mit aussitôt un câble à Sr Marie Michaël lui disant de l’attendre car il irait nous chercher : L’Abbé de Goñi pensait s’embarquer pour San Juan del Sur, sur la même goélette qui l’avait amené à Amapala, mais le Bon Dieu avait d’autres desseins sur lui …
À peine était-il arrivé à Amapala qu’on vint le prier d’administrer un mourant atteint de la fièvre jaune. Plusieurs personnes le dissuadèrent de s’y rendre mais il répondit : Je suis prêtre et je me dois aux âmes, il alla donc administrer le malade qui expira quelques heures après… Le lendemain, l’Abbé de Goñi, en revenant de l’église où il avait dit la Messe de funérailles, se sentit pris de fièvre, à son tour, et, le 27 juillet 1893, il rendait sa belle âme à Dieu, sans un prêtre pour l’assister……….
Quelle ne fut pas notre douloureuse surprise après avoir reçu le câble nous annonçant l’arrivée du Père, d’en recevoir un autre, quelques jours après, nous apprenant sa mort !.......... Nous avons eu les détails cités plus haut, par un ami de l’Abbé qui arriva dans la goélette qui devait nous l’amener, et c’est nous qui avons eu la douloureuse mission d’apprendre la triste nouvelle à Mère M. Rosario à notre arrivée à León.
Au mois de septembre de la même année, Mère M. Rosario ouvrit l’Ecole gratuite avec 200 enfants en quelques mois après l’Ecole dominicale. Depuis… que de générations s’y sont succédés !...


Malgré l’accueil bienveillant de la société, les commencements furent très difficiles, sans compter les privations de tout genre : Après avoir été appelées par un Gouvernement conservateur, il fallut lutter contre les exigences et les restrictions d’un Gouvernement libéral. Bientôt commença la persécution religieuse. En 1894 le Gouvernement expulsa une Congrégation de femmes. Les Ministres du Président Zelaya voulurent lui forcer la main pour nous chasser à notre tour, mais comme il nous estimait hautement, au moment où on lui présenta le décret d’expulsion pour le signer il dit : Messieurs, vous voulez que j’expulse les Religieuses de l’Assomption ? C’est bien ; mais je vous préviens que ces Religieuses ne partiront aps comme de doux agneaux ‘mansos corderas’, et vous pouvez être sûrs qu’elles recourront à leurs Consuls respectifs, de plus il existe un contrat qui a été passé avec leur Supérieure Générale et il nous faut le respecter sans quoi… Et le décret d’expulsion ne fut pas signé. (Tout cela nous fut rapporté par un témoin oculaire).


Cependant à Auteuil on apprit le décret d’expulsion des Religieuses de Granada et N. Mère Fondatrice, ainsi que sa Vicaire (Mère M. Célestine) s’alarmèrent à notre sujet, pour cela elles décidèrent de nous envoyer Mère Agnès Eugénie en qualité de visitatrice avec l’ordre de nous ramener en Europe s’il en était besoin.
La chère Mère nous arriva le 12 octobre par une pluie torrentielle. Nous ne l’attendions pas car le câble qu’elle avait envoyé de Panama à Mère Marie Rosario était incompréhensible. Tout ce que l’on avait pu tirer au clair c’était que quelqu’un avait débarqué à Panama se dirigeant vers Corinto : ce pouvait être une Sœur, ou bien l’institutrice qui devait venir pour la famille Padilla qui habitait Amapala………..


Impossible de parler par téléphone à cause de l’orage aussi Mère M. Rosario se décida-t-elle à envoyer deux Sœurs à Corinto au-devant de la personne inconnue qui, peut-être, lui portait des lettres de N. Mère Fondatrice ou de la Mère Vicaire… Quelle ne fut donc pas notre joie lorsque nous vîmes arriver notre si chère Mère Agnès Eugénie !.... Mais, hélas !... notre joie se changea en tristesse quand, dès le lendemain de son arrivée, la Mère Visitatrice nous dit qu’elle venait pour fermer la maison… Cependant la chère Mère ne précipita pas les choses, elle se renseigna auprès de Mère M. Rosario et auprès de nous toutes, puis écrivit à Auteuil pour rassurer nos Mères. Sur ces entrefaites, elle reçut une lettre de Notre vénérée Mère Fondatrice qui lui disait, entre autres choses, de mettre tout son cœur à conserver la Mission, elle ajoutait : car ces pauvres enfants que deviendront-elles dans cet abandon ?
Ici ce place un incident fort joli que voici : Un groupe de mères de famille ayant appris que Mère Agnès Eugénie venait pour fermer la maison, se rendit auprès d’elle afin de la supplier de ne pas mettre son projet en exécution…(Document G : Signature d’une des lettres de pétition pour que les sœurs restent) Comme ceci se passait peu de jours après l’arrivée de Mère Agnès, celle-ci leur donna une réponse négative mais ces dames ne se donnèrent pas pour vaincue ; elles attendirent qq temps puis, un jour, elles se représentèrent au couvent et firent demander la Mère visitatrice au parloir. Mère Agnès s’y rendit mais, à sa grande surprise, ne vit personne si ce n’est une petite statue de N.D. de la Merced posée sur la table du parloir. Après un moment d’étonnement, Mère Agnès comprend et s’émeut puis la porte, qui donnait sur un second parloir, s’ouvre et, sur le seuil, apparaissent les dames qui s’y étaient cachées… Après avoir salué Mère Agnès elles lui dirent : Ma Mère, vous n’avez pas voulu céder à nos désirs, refuserez-vous aussi votre consentement à notre Reine et Patronne ?... Cette fois-ci Mère Agnès, très émue, put leur donner quelque espoir. Les dames s’en allèrent très heureuses mais la statue resta à l’Assomption plusieurs mois : celles qui l’avaient apportées ne vinrent la chercher pour la rapporter à l’église de la Merced (Document I : couvent de la Merced) qu’après avoir reçu la bonne nouvelle que l’autorisation de continuer à León nous était arrivée d’Auteuil. Quant à nous, nous débordions de joie et de reconnaissance envers le Bon Dieu et envers Notre Mère Fondatrice et sa Vicaire qui nous avaient conservé notre chère Mission du Nicaragua.


Sur ces entrefaites, le Président du Salvador, Mr Gutierrez, ayant eu connaissance de ce que nous pensions nous retirer de Nicaragua, pria un de ses amis de León d’aller trouver Mère M. Rosario pour lui proposer une fondation à Sta Ana. C’est ainsi que la Providence se sert des événements fâcheux pour les faire tourner à sa gloire.
Le 15 Janvier 1895, Mère Agnès Eugénie et Mère M. Rosario, accompagnées de Sr M. del Salvador, partirent pour le Salvador afin d’y explorer le terrain. La fondation fut décidée et voilà qu’au lieu de fermer une maison on en ouvrit une autre……
Le 15 octobre de la même année arrivaient les dix Sœurs destinées à la fondation de Sta Ana ayant à leur tête Mère M. Carolina. Avant de se rendre au Salvador, elles s’arrêtèrent quelques jours à León, à notre grande satisfaction.


Quant à notre chère Maison de León elle est allée se développant d’année en année. Mère Marie Rosario ayant été rappelée à Auteuil par Mère Marie Célestine, vers le mois d’Août 1895 afin de la remplacer à Sta Isabel, Mère Agnès Eugénie resta comme supérieure à León. Le pensionnat prit un grand essor sous son gouvernement ainsi que toutes les œuvres commencées par Mère M. Rosario.
Mère Agnès resta à León comme supérieure jusqu’au mois de Mars 1909. Ce fut à ce moment que Mère M. Célestine me nomma Supérieure de cette chère Maison que je quittai le 26 novembre 1927 pour me rendre à Santa Ana. Notre Mère Générale (Mère M. Joanna) nomma Mère Francisca de Paula Supérieure à ma place.


Sr Véronique Thiébaut, ra
Archiviste de la congrégation


[1Illustration J

[2Illustration A

[3Illustration L

[4Illustration K

[5Document B

[6Document C

[7Illustrations E et F

[8Illustration G

[9Illustration D




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