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Imitation de la Sainte Vierge

Sur la Vierge Marie

21 novembre 1872

Mes chères filles,

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La fête de la Présentation de la très Sainte Vierge que nous célébrons aujourd’hui a été choisie dans beaucoup d’Ordres religieux pour la rénovation des voeux, la vie de la Sainte Vierge dans le temple étant plus particulièrement le modèle de la vie religieuse.

Sans doute toute la vie de la très Sainte Vierge est un parfait modèle pour les âmes religieuses, mais plus particulièrement ce temps où elle était séparée du monde et de sa famille, dans la maison de Dieu. Voyons d’abord avec quelle générosité, quel don d’elle-même, quelle perfection, elle commence aujourd’hui cette vie des vierges dans le temple, comment elle quitte tout ce qui lui est cher, sa famille, ses affections les plus légitimes, les consolations du toit paternel, afin de vivre uniquement pour Dieu.

Considérons le premier point de vue de cette présentation, c’est-à-dire le côté de la séparation, du sacrifice, de l’offrande, de l’immolation. Plus tard nous verrons une autre présentation, lorsque la Sainte Vierge offrira au temple notre Seigneur Jésus-Christ, qui veut être présenté par sa mère comme victime et comme gage de notre rédemption. Mais aujourd’hui elle s’offre elle-même comme victime, comme épouse, comme servante, dégagée de tout, dégagée d’elle-même, dégagée des plaisirs, dégagée de tout ce qui est comme inhérent à notre nature, de sa recherche propre, de son bonheur propre, de ses aises, de ses amusements, de tout ce qui constitue pour nous un désir de toute la vie, parce que ces choses sont comme attachées à nous-mêmes. Je parle de ces satisfactions habituelles et légitimes de notre nature. Ce sacrifice du monde et d’elle-même était sans doute plus facile pour la Sainte Vierge que pour nous ; car enfin elle était immaculée. Elle n’avait aucune vaine pensée, aucune affection déréglée. Elle n’était point retenue par la concupiscence, par le penchant aux péchés capitaux. Elle vivait dans la lumière, toujours pure, toujours sans tache, pure de la faute originelle, pure de toute ignorance, de toute inclination au mal et exempte de toutes les misères que nous portons sans cesse avec nous.

Nous pouvons cependant l’imiter ; car de grandes grâces nous sont données pour nous établir dans cette lumière, dans cette pureté, dans cette droiture avec Dieu. Et, sans prétendre arriver au degré où elle est parvenue, du moins nous devons tâcher de nous détacher de plus en plus de la vanité, de l’attache aux biens du monde. Nous devons nous appliquer à détruire le germe des péchés capitaux et de toutes les passions de notre âme.

Quand un grand élan d’amour nous porte vers Dieu et que nous voulons nous donner à lui, demandons à notre Seigneur de nous accorder cette droiture, cette pureté qu’il aime à trouver dans nos rapports avec lui. Demandons à la très Sainte Vierge, qu’à son exemple nous évitions ce qui est imparfait, et que nous trouvions Dieu en toutes choses. Il n’en sera vraiment ainsi pour nous que dans la vie bienheureuse, quand les liens seront rompus, les voiles écartés. Ah ! alors nous verrons toutes choses en Dieu ! Adam, dans la splendeur de sa justice originelle, voyait Dieu en toutes choses. Chaque créature lui apparaissait comme un rayon de la divinité. La Sainte Vierge a réuni ces deux prérogatives. Quelques Docteurs ont pensé qu’elle avait joui de la vision béatifique. Quelques-uns disent dès l’instant de sa conception, d’autres, seulement depuis l’Incarnation. Quoi qu’il en soit, elle a joui d’une connaissance de Dieu, plus parfaite, plus lumineuse qu’aucun saint.

Ce que pouvait sainte Catherine de Sienne, lorsque, à l’âge de six ans, elle vit notre Seigneur pour la première fois ; ce que pouvait toute sa vie saint Joseph de Cupertino sans cesse précipité dans les choses de l’éternité ; ce que pouvait la bienheureuse Imelda ; ce qu’ont pu tous les saints qui avançaient sans cesse de lumière en lumière, d’extase en extase, de clartés en clartés, - toutes les grandes grâces dont les saints ont été favorisés, ont certainement été accordées à la Sainte Vierge, et c’est même par là qu’elle a commencé : Ses commencements sont posés sur la cime des plus hautes montagnes [1], ses fondements dépassent les plus hauts sommets de la vertu des saints. Prévenue de plus de grâces que toutes les créatures ensemble, elle commence où les plus grands saints finissent.

Ceci est plutôt admirable qu’imitable, quoique nous puissions imiter en quelque chose ces magnifiques prérogatives de la très Sainte Vierge, par cette vue de l’esprit qui se dégage de la terre pour aller à Dieu, qui cherche en toutes choses où Dieu a laissé son empreinte.
Notre intelligence, notre imagination s’occupent de tant de choses qui ne sont pas de Dieu, tandis que nous pourrions tourner les facultés de notre âme vers cet unique objet ! Dans une certaine mesure nous pouvons imiter la très Sainte Vierge et commencer à voir Dieu ici-bas par les regards de la foi, de l’oraison, mais surtout voir toutes choses en Dieu.

Lorsque nous nous sommes arrêtées à considérer avec quelle rapidité les eaux d’un fleuve s’écoulent vers l’Océan, n’avons-nous pas senti que, si nous nous laissions aller, nous serions entraînées nous aussi par le courant ? Ah ! si le ruisseau s’écoule vers la rivière, la rivière vers le fleuve, le fleuve vers la mer, ainsi tout ce qui est créé va à Dieu. Nous allons à Dieu, nous allons vers l’éternité, et nous retrouverons tout en Dieu !
Nous y retrouverons les personnes avec lesquelles nous vivons maintenant sur la terre. Nous les verrons au ciel comme des étoiles brillantes, différentes en clarté, il est vrai. Nous les verrons comme les épouses du Seigneur, comme ses temples glorifiés et sanctifiés, ayant laissé de côté le vêtement de leurs imperfections, de leurs taches, de leurs souillures, de leurs défauts, de leurs incompréhensions, comme une pauvre fille qui, dépouillant son grossier vêtement de paysanne, revêtirait un habit magnifique. Ainsi, créatures nouvelles, transformées, illuminées, nous verrons Dieu et retrouverons tout en lui éternellement.

Lorsqu’on parle de la vie de la Sainte Vierge au temple, on pourrait être infini. Saint Ambroise, nous énumérant toutes les vertus de la très Sainte Vierge, nous excite vivement à les pratiquer. C’est une très bonne chose de se représenter Marie dans les circonstances analogues à celles où nous nous trouvons chaque jour. En effet, qui de nous n’aime à se la représenter sous le vêtement de l’Assomption, marchant devant nous pour être notre modèle dans tout le détail de notre vie, nous offrant un ensemble de modestie, de douceur, de bonté, de silence, de régularité, de prière, d’union à Dieu, et l’exemple de toutes les vertus ?

Les fêtes de l’Église ont cela de propre qu’elles sont pleines d’enseignements et de consolations, surtout les fêtes de la très Sainte Vierge, car elle est notre mère, notre médiatrice, notre soutien. Elle est prête à nous conduire à tout ce que Dieu veut de nous. Il est dit dans l’Office que la Sainte Vierge amène les vierges à son Fils [2]. Elle les lui présente et lui dit : « Celle-ci veut être à vous et vous choisit avant tout. Elle choisit votre lit immaculé. » Le lit immaculé de notre Seigneur, mes filles, c’est la croix. C’est là que l’alliance est consommée entre l’Époux et l’épouse.

Donc, ce n’est pas assez de considérer les vertus de notre mère. Il faut encore nous recommander à elle avec la plus grande ardeur, la plus grande confiance, sachant bien qu’elle peut tout, étant la reine du ciel et de la terre et, comme dit saint Bernard, la toute-puissance suppliante [3], sachant aussi que rien ne lui manque en puissance, non plus qu’en bonté. En toutes choses donc, grande confiance et continuelle prière.

Sainte Marie-Eugénie de Jésus
Fondatrice des Religieuses de l’Assomption
21 novembre 1872


[1Fundamenta ejus in montibus sanctis. Ps 86, 1.

[2Ps. 44, 15

[3Omnipotentia supplex.


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