Guérir les blessures de la terre

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Éduquer à la sauvegarde de la création pour guérir les blessures de la terre
 
  1. La journée pour la sauvegarde de la création : louange et réconciliation.
Célébrer la journée pour la sauvegarde de la création c’est, avant tout, rendre grâces à Dieu Trinité qui accorde à ses enfants de vivre sur une terre féconde et merveilleuse.
Mais nous ne pouvons pas célébrer sans nous souvenir des blessures dont souffre notre terre, blessures qui peuvent être guéries seulement si nos consciences sont animées par la justice et la solidarité. Guérir s’accorde avec aimer ; désirer la guérison, c’est la vouloir durable, comme durable et fidèle est l’amour qui jaillit du cœur de Dieu et se manifeste dans la beauté de la création reçue comme un don et une responsabilité. Quand nous nous apercevons que nous l’avons violentée, nous devons nous réconcilier avec elle car c’est gratuitement qu’elle nous a été donnée.
La réconciliation commence dans un cœur qui reconnaît d’abord ses propres blessures et veut les guérir avec la grâce du Seigneur, par la conversion et le geste de la réconciliation sacramentelle. Par-là, elle devient aussi réconciliation avec la création, car le monde dans lequel nous vivons porte les signes atroces du péché et du mal causé par nos propres mains et qui sont maintenant appelées à refaire, à travers des gestes efficaces, l’alliance trop souvent brisée.
C’est pour cela que nous vous adressons ce message, frères et sœurs très chers, en tant qu’évêques chargés de la Pastorale dans les diverses situations sociales et évêques chargés du chemin œcuménique, pour un échange fécond qui nous rend proches et nous engage tous ensemble. En invitant à la louange et à la responsabilité de la sauvegarde de la création, le mois de septembre est en train de devenir, pour toutes les confessions chrétiennes, une occasion de renouvellement intérieur et de purification. De cela aussi nous rendons grâces au Seigneur.
Notre réflexion rassemble toutes les souffrances vécues cette année par les nombreuses communautés marquées par des événements tragiques. Pensons aux terribles blessures causées par le tremblement de terre dans la plaine du Pô. Tout en reconnaissant notre fragilité, nous constatons aussi la force des populations qui veulent renaître des décombres et reconstruire en utilisant de nouveaux critères de sécurité. Pensons aussi aux inondations qui ont provoqué tant de décès et de destructions à Gênes, et dans d’autres régions d’Italie. Dans les larmes de tous ces frères et sœurs, nous sentons monter le gémissement de la terre en deuil, dont parle l’Écriture Sainte et qui s’étend aussi aux animaux sauvages, aux oiseaux du ciel et aux poissons de la mer. (Cf. Os. 4,3). A ce propos, c’est tout à fait significatif que l’Etat italien ait choisi le 9 octobre comme "journée dédiée à la mémoire des désastres environnementaux et industriels provoqués par l’irresponsabilité humaine".
  1. Une histoire de guérison et de responsabilité.
La guérison naît d’un cœur qui aime, qui se fait proche de l’autre afin d’être ensemble libérés dans la vérité et de partager ensemble la vie. C’est dans la logique de l’éducation à "la vie bonne selon l’Evangile", chemin que nos Eglises sont en train de parcourir en cette décennie. Cela nous est rappelé aussi par l‘histoire biblique de Joseph (cf. Gen 37- 49), vendu par la rivalité et la jalousie de ses propres frères. Cette histoire contient un itinéraire concret de guérison, de la part de Dieu, des blessures, celles du cœur et celles de la terre. Joseph est jeté dans un puits alors qu’il criait son innocence sans être écouté par ses frères. Seul Dieu qui a un cœur de père, écoute sa plainte. Joseph deviendra le vice-roi d’Egypte et réalisera une intelligente politique agraire. Dans la situation de précarité provoquée par la crise qui frappe le pays et qui est symbolisée par les vaches maigres et les épis vides - images bien évocatrices aussi du moment actuel – la relation du peuple avec la terre sera rétablie grâce à la prévoyance et à la responsabilité du bien commun de Joseph, figure emblématique de la Sagesse donnée par Dieu à Israël.
A noter aussi que lorsque Joseph se trouve devant ses frères qui l’ont trahi et vendu, il pense en termes de réconciliation et non de vengeance. S’il les met sévèrement à l’épreuve, c’est pour s’assurer de l’authenticité du lien qui les unit à leur père Jacob, en vérifiant ainsi la racine de toute guérison, intérieure comme extérieure. Après avoir constaté que le père reste pour eux l’irremplaçable point de référence, il révèle son identité, laissant couler des larmes libératrices, signe d’accueil fraternel et gage d’un bien-être futur qui sera vécu sur une terre et avec un cœur réconcilié par la sagesse et en vérité. Joseph lui-même sort transformé par ce pardon : il prend conscience de l’agir miséricordieux de Dieu à l’égard des hommes.
L’itinéraire de Joseph est l’itinéraire biblique que nous vous proposons, pour qu’il puisse apporter lumière et espérance tout au long de ce chemin de bénédiction, rude mais libérateur.
  1. Éduquer à l’alliance entre l’homme et la terre
En tant qu’Eglise en Italie, de concert avec beaucoup d’autres Eglises dans le monde, nous avons cette responsabilité de remettre le cœur de notre peuple dans le cœur même de Dieu, Père de tous les hommes, qui " fait surgir lever le soleil sur les méchants et sur les bons et fait pleuvoir sur les justes et les injustes" (Mt 5,45). Nous pourrons construire un monde où il sera possible de partager les ressources de la terre et protéger ses richesses, seulement si nous sommes persuadés que la fraternité universelle est première. Nous devons également faire nôtre la compréhension que la création nous est donnée par Dieu, qu’elle-même peut devenir chemin vers Dieu et nous faire dialoguer entre nous dans la vérité, comme des frères qui ont reconnu la paternité gratuite de Dieu.
Nous lisons, en effet, dans le message final du dernier Forum européen catholique-orthodoxe, qui a eu lieu à Lisbonne en juin dernier : “Il n’est plus possible de dilapider les ressources de la création, de polluer le milieu où nous vivons, comme nous le faisons. La vocation de l’homme est d’être le gardien et non le prédateur de la création. Aujourd’hui il faut prendre conscience de la dette que nous avons envers les générations futures auxquelles nous ne devons pas transmettre un environnement dégradé et invivable. (n°11)
C’est dans la Bible que nous trouvons la grande vision de l’Alliance entre Dieu et sa création, vécue dans une réciprocité qui est à reconnaître dans des lieux où la beauté extérieure devient signe de la beauté intérieure – pensons, par exemple, aux nombreux sites où les moines protègent la création – mais aussi dans les massacres du milieu naturel causés par le péché de l’homme, particulièrement évident dans les actions de la criminalité mafieuse.
Entre écologie du cœur et écologie de la création, il y a un lien inséparable, comme Benoît XVI le rappelle dans l’encyclique Caritas in veritate  : “L’homme interprète et façonne le milieu naturel par la culture qui, à son tour, est orientée par la liberté responsable, soucieuse des principes de la loi morale” (n° 48). Le milieu naturel n’est pas une matière dont on peut disposer selon son bon plaisir, mais “c’est l’œuvre admirable du Créateur, portant en soi une "grammaire" qui indique une finalité et des critères pour qu’il soit utilisé avec sagesse et non pas exploité de manière arbitraire. Aujourd’hui, de nombreux obstacles au développement proviennent précisément de ces conceptions erronées." (id) comme celles qui réduisent la nature à un simple donné de fait ou, à l’opposé, la considèrent plus importante que la personne humaine.
Pour cela, il nous est demandé d’annoncer ces vérités avec une conscience toujours plus vive, car c’est d’elles que pourra surgir un engagement concret et fidèle de guérison de l’environnement gravement piétiné. Il s’agit d’un devoir qui appartient au souci éducatif des communautés chrétiennes et qui offre l’occasion de réaliser des catéchèses bibliques, des moments de prière, des activités de pastorale des jeunes, des rencontres culturelles. Il s’agit d’une responsabilité qui incombe également aux enseignants, en particulier aux enseignants de religion : il faut la leur rappeler avec force en ce mois de septembre, temps dédié de façon particulière à la création et temps de reprise scolaire.
Tisser de nouveau l’alliance entre l’homme et la création signifie aussi affronter de façon décisive les problèmes apparus et les nœuds particulièrement délicats montrant combien les questions liées à l’enchevêtrement entre réalités environnementales et communauté humaine sont vastes et complexes. En effet, il faut non seulement annoncer, mais encore dénoncer tout ce qui viole, par avidité, la sacralité de la vie et le don de la terre. Ces derniers mois, les media ont attiré l’attention sur la question de [l’amiante de l’usine] Eternit à Casale Monferrato, et sur les effets graves pour la santé de tant d’hommes et de femmes, effets qui continueront à se manifester pendant plusieurs années. L’attention vigilante à l’égard de cette situation dramatique et de ses développements ultérieurs, doit aller de pair avec la perception claire que l’amiante n’est qu’un produit polluant parmi d’autres présents sur le territoire. Il y a, en effet, des zones dans lesquelles, malheureusement, la gestion des déchets et des produits toxiques est faite dans le mépris le plus total de la légalité, alors qu’ils empoisonnent la terre, l’air et les nappes phréatiques et posent une lourde hypothèque sur la vie de ceux qui y habitent aujourd’hui et des générations futures.
Tout en insistant, une fois de plus, sur cette solidarité participative qui s’est déjà manifestée dans de nombreux gestes de partage, nous désirons proposer une réflexion qui permette de saisir dans les événements actuels, certains éléments qui risquent de rester dans l’ombre tant la force avec laquelle ils apparaissent au grand jour peut empêcher d’en percevoir toute l’importance. Il faut au contraire savoir lire les signes des temps et découvrir – à la lumière de la foi – leur invitation à réorienter, de façon responsable, notre chemin.
Annoncer la vérité sur l’homme et la création et dénoncer les formes graves d’abus doit s’accompagner de choix et de gestes qui mettent en oeuvre des styles de vie imprégnés de sobriété et de partage, une information juste et approfondie, l’éducation au goût du beau, l’engagement à respecter la collecte différenciée des déchets, la lutte contre les incendies dévastateurs et l’apprentissage de la sauvegarde de la création. Ce qui en même temps donnera la possibilité de créer de nouveaux emplois pour les jeunes.
  1. Pour une Église gardienne de la terre
Vivre l’enracinement dans le territoire comme un bien commun est une exigence qui a une très large portée et qui invite les communautés ecclésiales à une présence vigilante. Le territoire, en effet, est conforme à ce qu’il doit être quand il est habité par un sujet communautaire qui en prend vraiment soin. La présence capillaire du tissu ecclésial doit aussi manifester un engagement qui va dans ce sens. Nous avons besoin d’une pastorale qui nous fasse récupérer le sens du « nous » dans sa relation à la terre et dans une sage action éducative, selon les Orientations pastorales "Éduquer à la vie bonne selon l’évangile". Prendre soin du territoire, c’est lui permettre de continuer à produire ce pain et ce vin qui nourrissent chaque homme, et que nous offrons à Dieu, Père et Créateur, chaque dimanche, comme "fruits de la terre et du travail de l’homme" afin qu’ils deviennent pour nous le Corps et le Sang de son Fils bien-aimé.
C’est pour cela que nous vous invitons avec insistance à réfléchir sur notre lien avec la terre et, en particulier, sur le rapport que les communautés humaines entretiennent avec le territoire dans lequel elles sont enracinées. Il s’agit d’une réalité complexe et riche de signification qui renvoie souvent à des histoires de relation et de croissance commune, révélatrices pour la cité humaine de son enracinement profond dans un lieu et dans un environnement. Le territoire est toujours une réalité naturelle avec une dimension biologique et écologique, mais il est aussi inséparablement une réalité anthropologique faite de culture, de beauté, d’enracinement communautaire, de rencontres de visages et où prend corps également le vécu de la foi.
Les saints nous apprennent clairement la route à suivre, comme saint Bernardin de Sienne qui, tandis qu’il mettait au sommet de son œuvre pastorale le Nom de Jésus devant qui tout genou fléchit pour l’adorer, travaillait à renforcer les "Monti de pietà" et les "Monti frumentari" (céréaliers), signes d’une renaissance qui donne à l’argent sa juste valeur. Il devenait par-là le précurseur de cette "économie de confiance" qui seule peut guérir les blessures d’une crise provoquée par l’avidité et la folie.
Les mains des hommes, soutenues et guidées par la force de l’Esprit, pourront ainsi guérir et redresser, grâce à un travail de pleine réconciliation, la création blessée qui nous a été confiée par les mains paternelles de Dieu. Nous regarderons alors avec responsabilité éducative vers les générations futures envers lesquelles nous sommes débiteurs de paroles de vérité et d’œuvres de paix.
 
Rome, le 24 juin 2012
Fête de la Nativité de Saint Jean Baptiste
 
La Commission épiscopale pour les problèmes sociaux et le tarvail
La Commission épiscopale pour l’œcuménisme et le dialogue.

 


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