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Guatemala : Témoignage de Sr Isabelle

CGP 2015

Immersion à Sayaxche, du 8 au 11 octobre 2015


Générose, Patrizia et moi, sommes envoyées à Sayaxche, petite ville dans le diocèse de Péten, au nord de Guatemala city, à 8 h de route. Don Victor, notre chauffeur et ami des sœurs et Sandra, supérieure de la communauté de Sayaxche sont venus nous chercher. Tout au long du trajet, Sandra nous parlait de l’histoire du pays : l‘arrivée des sœurs au Guatemala en 1978 et dans ce lieu reculé de Peten où il n’y avait pas de route carrossable ; la civilisation Maya, les tribus de Q’eqchi et de Mopan, les plus répandues dans les régions ; la voracité du capitalisme, des multinationales qui polluent l’environnement et pillent les terres pour en faire une monoculture de palme ; le problème des sectes évangéliques, des narcotrafiquants, mais aussi les richesses culturelles du pays. En regardant le paysage qui défilait, Générose ponctuait nos échanges par des exclamations : "C’est comme chez moi au Cameroun, au Congo !" : la forêt, le paysage montagneux, la chaleur humide, le lait de coco, la variété des fruits, les églises évangéliques, de véritables temples imposants au bord des routes, les contrastes, les tracteurs remplis de personnes allant au travail…


A Sanyaxche, nous étions accueillies avec simplicité et joie, nous avons partagé le quotidien des sœurs et nous nous sommes senties d’emblée chez nous, vraiment sœurs. La communauté vit en plein cœur du marché de Sayaxche, dans le bruit jour et nuit : las cantinas que sont les bars, les vendeurs, les klaxons, les moteurs, le pasteur qui prêche avec le micro une matinée entière ! Nous avons senti qu’au milieu de cet univers de violence et d’injustice, le levain de l’Évangile, enfoui dans la communauté, faisait peu de bruit mais rayonnait.


Les sœurs nous ont parlé de leur projet : comment elles se donnaient le temps d’aller à la rencontre des familles pour entendre les besoins et ajuster leur projet. C’est ainsi qu’elles ont fait le choix de passer progressivement le relais de la formation des laïcs engagés dans divers ministères tels que la préparation aux sacrements, le lectorat, le catéchisme à une équipe de la paroisse (prêtres pauliniens et laïcs) pour se consacrer aux femmes et aux jeunes. Cette analyse de la réalité, cette capacité à se ré-interroger à partir des orientations du chapitre général et de notre charisme pour avoir une action plus tranchée a frappé les visitatrices que nous étions. Les sœurs aident les femmes Q’eqchi à devenir leader de communautés. Dans une culture où le machisme est encore très présent, c’est admirable de voir des femmes acquérir une assurance et devenir leader au sein de l’Église et de la société. Elles attirent la confiance et engagent la responsabilité de tous dans l’évangélisation et le développement par des petits projets d’élevage.


Nous avons touché du doigt cette parole de Jésus "Je suis venu pour qu’ils aient la vie et qu’ils l’aient en abondance" : les sœurs vont au rythme des femmes et des jeunes. L’éducation transformatrice suppose que nous nous laissions nous-mêmes transformer par les personnes à qui nous nous adressons. C’est ainsi que les sœurs de Sayaxche sont portées par la foi du peuple Q’eqchi. Il y a échange de dons. Cette pauvreté du cœur conduit à la joie.


Un mot sur Assomption Ensemble Jeunes. Une émission de radio, préparée par les jésuites sur les questions environnementales tous les dimanches à 16h, avait une grande audience notamment auprès des jeunes. Une fois terminé le cycle de ces conférences/débats, un jeune du groupe Assomption Jeunes a mobilisé le groupe pour poursuivre cet espace de dialogue et de conscientisation. Sayaxche et tous les villages - aldeas - alentours sont touchés de plein fouet par la contamination du fleuve Rio Passion. La richesse fluviale est exploitée pour irriguer des milliers d’hectares de palmeraie qui appartiennent à 6 multinationales. Les multinationales – avec l’accord du gouvernement local – ont déforesté et transformé les cultures vivrières en monoculture. Les campesinos n’ont pas été consultés ou ont été trompés et ont dû vendre leur terre pour un prix dérisoire. Ceux qui résistaient se trouvaient vite isolés et encerclés. Afin d’irriguer cette immense étendue de palmeraie, il a fallu puiser l’eau des rivières et du fleuves Rio Passion, ce qui provoque une grande pénurie d’eau dans les villages. De plus les pesticides sont renvoyés dans les rivières et le fleuve, provoquant un réel Ecocidio avec la mort de 23 espèces de poissons, facteur de travail et ressource alimentaire pour les gens et la disparition d’une vie au bord du rivage du fleuve. Les familles sont réduites à la malnutrition et à l’exploitation par le travail. Autant d’injustices qui engendrent une violence latente ou parfois explosive quand la corruption nie la dignité des personnes. A force d’accumuler ce type d’injustice ou d’intimidation de la part des narcotrafiques, la violence peut surgir de façon déchaînée, alors que le peuple est fondamentalement chaleureux, accueillant et très en osmose avec la nature, émanation de la civilisation Maya.


Les jeunes, donc, ont organisé une journée, dimanche 18 octobre avec un concours de dessins des enfants sur le thème de l’ecocidio, des activités culturelles et des initiatives de sensibilisation pour se rendre responsables de la préservation de l’environnement. Ils ouvrent leur groupe et invitent largement. Et les sœurs sont là, discrètes, à soutenir et encourager.


Il est difficile d’écrire un article alors que nous avons el corazon lleno de meravillas. L’Évangile du dimanche de l’immersion était celui du jeune homme riche. Nous avons senti cet appel de Jésus avec force : "Va, vends ce que tu as, donne-le aux pauvres et viens, suis-moi !", comme l’urgence du partage de ce que nous avons, comme chemin de joie et de fraternité universelle. Une autre conviction est qu’une vie joyeuse est une vie qui est à la recherche de l’essentiel, dans le désencombrement, la simplicité et la proximité avec les pauvres.


Sr Isabelle Roux
Provinciale de France


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