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Fête du Saint Sacrement - Sr Bénédicte Rollin

Année liturgique 2017-2018 [B]

L’offrande du Christ et la nôtre


Une fois n’est pas coutume, arrêtons-nous à la deuxième lecture. C’est un passage capital de l’épître aux Hébreux, le centre et le sommet de cette épître. Il n’est pas facile d’accès, mais il nous offre des intuitions lumineuses sur le mystère de la Trinité, de la Croix et de l’Eucharistie.


Le texte nous met face à une dimension théologique de l’Eucharistie sur laquelle on insiste moins maintenant et qui peut même rebuter certains : le sacrifice. On n’y échappe pas dans cette lecture : il est question de sang (5 fois !), d’offrande, de victime, de rédemption, de rachat ou de purification. À première vue l’insistance est sur la mort sanglante du Christ. Pourtant, en y regardant de plus près, l’auteur nous parle surtout d’un mouvement liturgique solennel et décisif : l’entrée du Christ, Grand prêtre, dans le Sanctuaire céleste. L’image vient de la liturgie du Yom Kippour au cours de laquelle, une fois par an, le Grand Prêtre entrait dans le Saint des Saints, porteur du sang d’animaux dont il aspergeait la Tente et l’autel en signe de purification. Ce rituel assurait à la communauté d’Israël le pardon des péchés confessés, mais son efficacité n’était que provisoire. Prêtre, temple, sang d’animaux, tout en lui n’était que terrestre, et taché d’imperfection. Maintenant, affirme l’épître, l’unique Grand Prêtre, Fils sans péché devenu frère des hommes, a accompli l’unique sacrifice rédempteur pour toute l’humanité de tous les temps, en traversant l’unique Temple - son humanité avec son propre sang (c’est-à-dire, selon l’anthropologie biblique, sa vie) et Il est entré dans l’authentique Saint des Saints, en s’asseyant à la droite de Dieu. La mort du Christ est donc un acte d’amour et d’adoration, un culte, un passage où il nous entraîne avec Lui. Cette offrande, accomplie dans l’Esprit, nous permet à nous aussi de rendre un vrai culte, celui de l’Alliance nouvelle, et d’entrer avec le Fils dans la Présence de Dieu en recevant "l’héritage éternel", "les biens à venir".


Comment méditer un tel texte ? On peut s’arrêter sur les mots extraordinaires du v. 14 : "Le Christ, par l’Esprit éternel s’est offert lui-même à Dieu". C’est une des expressions les plus lumineuses sur la Trinité du Nouveau Testament ! Sans chercher à analyser ou comprendre ce qui ne peut que nous dépasser, on peut contempler cet élan d’amour qui s’est réalisé un jour concrètement dans la souffrance extrême et la mort de Jésus, mais qui est aussi le don de soi éternel du Fils au Père dans l’Esprit et son intercession éternelle en notre faveur. Se laisser immerger, saisir jusqu’au fond du cœur par ce Souffle, par cette Prière dans laquelle nous sommes invités à entrer à chaque Eucharistie. À la messe, ce n’est pas la Croix qui se répète, mais c’est nous qui sommes mis en présence du sacrifice, du culte d’amour et de la glorification du Fils, notre frère. Non seulement mis en présence, mais saisis, assumés et transformés par Son offrande, si nous y consentons. Alors il nous reste à nous offrir avec Jésus, dans l’Esprit, pour que toute notre vie dans ces gestes les plus quotidiens, devienne "culte au Dieu vivant".


Sr Bénédicte Rollin, ra,
Europe du Nord - Vilnius

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