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Dimanche des Rameaux - Sr Sophie Ramond

Année liturgique 2018-2019 [C]

Librement et par amour

La liturgie du jour fait entrer en polyphonie des textes qui donnent à contempler Jésus sous la figure d’un serviteur, d’un homme souffrant et outragé mais pourtant souverainement libre. La lecture d’Isaïe éclaire la façon dont il a pu comprendre sa mission. Pour "réconforter celui qui n’en peut plus", il est jour après jour humblement à l’écoute. Mais le message de réconfort qu’il livre au monde dérange… Il ne se dérobe pas, pourtant, face à l’opposition, quand bien même celle-ci tourne à la persécution. Il sait que c’est le projet libérateur du Père qui, à travers lui, est contesté. Si alors au cœur de la tourmente, éprouvé et humilié, il ne se dérobe pas c’est en raison de la foi qui est la sienne. Il a la conviction que le Père l’assistera. C’est pourquoi, pour supporter l’opprobre, il choisit de rendre sa face dure comme pierre, inaltérable, comme celle de quelqu’un qui n’est pas ravagé par le mal subi, n’a pas honte de son impuissance. C’est ainsi qu’il n’est pas confondu, vaincu lui-même par le mal. C’est dans cette disposition qu’il monte à Jérusalem, quoique sachant ce qui l’attend (cf. Lc 9,51). Et c’est ainsi qu’il se révèle lorsqu’il subit coups et outrages à l’heure d’être mis à mort. C’est à lui que le psaume donne voix : "Tous ceux qui me voient me bafouent, ils ricanent et hochent la tête… Mais toi, Seigneur, ne sois pas loin : ô ma force, viens vite à mon aide !". C’est sous cet aspect que la lettre aux Philippiens le montre encore, lui qui "n’a pas jugé bon de revendiquer son droit d’être traité à l’égal de Dieu, mais au contraire se dépouilla lui-même en prenant la condition de serviteur". Il faut en prendre la mesure, il se révèle ainsi et nous proclamons : "Jésus Christ est le Seigneur pour la gloire de Dieu le Père".
Le récit de la Passion de Luc manifeste combien Jésus accomplit cette figure du serviteur. Il a expérimenté que la parole de proclamation de la bonne nouvelle, lorsqu’elle est dépouillée des privilèges du pouvoir est, d’une certaine façon et jusqu’à un certain point, impuissante. Jésus assume la force d’une mission reçue et face à laquelle il ne déroge pas. Il a renoncé à la toute-puissance, renoncé à se soustraire à la mort en luttant à la violence par la violence. Son attitude manifeste une exigeante fidélité au projet divin qui ne se laisse pas réduire en cendres par le refus et l’échec rencontrés. C’est pour avoir emprunté cette voie qu’il est mort sur la croix. Ses dernières paroles livrent le fond de son être. Elles disent sa totale liberté face à la mort. Sans révolte, il ne laisse pas prendre sa vie, il la donne de lui-même. C’est ainsi qu’au moment de mourir, il annonce encore le salut : "amen, je te le déclare, aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis" et proclame sa totale confiance : "Père, entre tes mains je remets mon esprit". Les derniers mots de Jésus disent le don total de lui-même aux hommes. Ils disent aussi son acquiescement filial à la volonté du Père comme loi de sa mission. Ils manifestent en définitive la plus haute force et révèlent une liberté intérieure souveraine.
La force d’âme du serviteur d’Isaïe, le consentement du Christ au dessein du Père et sa non-violence face à ces bourreaux révèlent que l’humain peut se dévoiler pleinement comme tel lorsqu’il est humilié, défiguré, détruit sans perdre sa liberté intérieure. Au plus haut degré, l’humain se dévoile dans la douceur de l’humilié qui guérit ses oppresseurs de leur violence et les arrache à leur pacte avec la mort. Il se dit dans la voie de la non-violence, dans une discipline de vie qui permet d’être acteur d’une relation constructrice et d’éveiller ainsi un supplément d’âme chez autrui. Le chemin est ouvert pour tous ceux qui ont le courage de croire qu’il n’est pas d’amour plus grand que de se dessaisir de sa vie pour autrui, le courage de croire qu’une vie peut atteindre sa plénitude quand elle se fonde sur le souci d’autrui, sur une responsabilité illimitée et inconditionnée pour lui.

Sophie Ramond, r.a.
Paris

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