Carême

Année liturgique 2006-2007 [C]

-  Dimanche des Rameaux : 1er avril 2007 :Jésus, serviteur souffrant
Isaïe nous fait entendre la voix d’un serviteur fidèle, instruit pour être disciple. L’attitude qui est sienne est un don et elle est une réponse consentie. La parole qui lui a ouvert l’oreille et à laquelle il ne s’est pas dérobé est une parole vécue : il n’a pas répondu à la violence subie. Non par lâcheté ou par passivité, mais en raison de la confiance en Dieu qui le secourt, dans la volonté de rendre son visage “dur comme pierre”, inaltérable, comme celui de quelqu’un qui n’est pas ravagé par le mal subi, n’a pas honte de son impuissance. C’est ainsi qu’il n’est pas confondu, vaincu lui-même par le mal...
Jésus accomplit cette figure du serviteur. Il s’est laissé nourrir des Ecritures de son peuple, il les a méditées. A travers elles, il est à l’écoute de la voix du Père. A l’écoute du monde aussi. Il a l’humilité du Fils qui se reçoit du Père et qui place en Lui sa confiance. La vie de Jésus n’était pas écrite d’avance. Saint Paul nous le rappelle : il s’est dépouillé prenant la condition de serviteur. Il est devenu semblable aux hommes et a été reconnu homme à son comportement, à sa liberté éprouvée. Il a expérimenté que la parole de la prédication, lorsqu’elle est dépouillée des privilèges du pouvoir est, d’une certaine façon, impuissante. Il a renoncé à la toute-puissance, renoncé à se soustraire à la mort en luttant par la violence. Dans l’évangile, au moment où on le crucifie, Jésus dit : “Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu’ils font”. Ces paroles disent la totale liberté de Jésus face à sa mort. Sans révolte, il ne laisse pas prendre sa vie, il la donne de lui-même. La voie est ouverte pour tous ceux qui veulent se laisser instruire dans la foi en un Dieu bon, qui ne laissera pas le mal avoir le dernier mot.
- 5e dimanche de carême : 25 mars 2007 : Reviens de ton infidélité...
Le récit commence un matin dans le Temple. Tout le peuple est venu à Jésus, attiré par lui. Il s’est assis, car il est maître et c’est précisément sur ses qualités de maître qu’il sera soumis à une épreuve. En effet, ce sont les scribes et les pharisiens, c’est-à-dire les interprètes officiels de la Loi, qui lui amènent une femme dont la culpabilité ne semble faire aucun doute. Selon la loi, l’adultère entraîne la condamnation à mort (Lv 20, 10 ; Dt 22, 23-24). La femme de l’évangile a été prise en flagrant délit ; son cas est clair : elle doit mourir !
Les scribes et les pharisiens placent la femme au milieu, comme si c’était elle le centre du débat. Mais en réalité ils tendent un piège à Jésus : si Jésus s’associe à la condamnation réclamée par la loi mosaïque, quel sens aurait son enseignement sur un Dieu miséricordieux ? Mais s’il ne le fait pas il s’oppose à Moïse. Comment Jésus va-t-il se situer : en contradiction avec la loi de Moïse ou en contradiction avec son propre enseignement ?
Pour se soustraire à la confrontation, Jésus se courbe et écrit du doigt sur la terre. Or cette dernière expression ne se retrouve qu’en deux occasion dans la Bible. D’abord en Ex 31, 18 ou Dt 9, 10 où il est question du doigt de Dieu qui écrit sur la pierre cette loi dite de Moïse, selon laquelle la femme doit être lapidée ; puis en Dn 5, 5 pour annoncer la condamnation du roi Balthasar. Une législation et une condamnation. A son tour Jésus donc écrit du doitg sur la terre : va-t-il condamner selon la loi ?
En fait, Jésus renvoie ses interlocuteurs à leur propre condition de pécheurs et ils se retirent tous du tribunal ! Jésus reste seul, avec la femme toujours au milieu, enfermée dans son péché. Jésus prononce la parole qui la libère et lui ouvre un avenir nouveau : je ne te condamne pas... va et ne pèche plus. Cette femme, qui n’était définie que par son adultère, reçoit la possibilité d’une vie nouvelle.
Que dire encore de cette femme dont on ne sait rien sinon qu’elle est adultère ? Elle est anonyme et comme telle probablement une figure hospitalière pour les pécheurs que nous sommes. Dans la Bible, le mot adultère désigne souvent l’infidélité du peuple de l’alliance à l’égard de Dieu (Jr 3, 8-9 ; Ez 16, 30-38 ; Jr 2...). Alors la femme anonyme de l’évangile n’est-elle pas ce peuple infidèle à son Dieu ? On comprend mieux pourquoi on l’amène seule : Dieu prend la place de l’homme. Jésus est mise face à la femme infidèle, l’humanité infidèle, cette part en nous qui est infidèle. Il ne la condamne pas mais l’invite à la conversion. Il ne révèle pas, comme ceux qui se croient justes le désirent, un Dieu qui sanctionne les hommes selon les fautes commises. Il offre un pardon qui ouvre l’avenir. La femme le comprend bien qui s’adresse à Jésus en l’appelant Seigneur ; elle est revenue à son Seigneur, elle reprend le chemin de la fidélité. Pardonnée, elle est capable de naître à une nouvelle vie. Contemplons donc le visage de tendresse de Dieu que Jésus nous révèle et, avec la conscience de nos péchés et infidélités, l’avenir qui nous est ouvert, l’être nouveau qui peut prendre naissance en nous...

- 4e dimanche de carême : 25 mars 2007 : Devenir des médiateurs de la miséricorde et de la joie de Dieu...
Jésus s’adresse, avec une parabole, à ceux qui récriminent contre lui parce qu’il accueille les pécheurs. Ne sont-ils pas comme ce fils aîné, qui se met en colère et extériorise sa jalousie ? Le fils aîné trouverait bon que le père réprimande le fils cadet pour sa mauvaise conduite. Le fils cadet s’attend lui aussi, du reste, à ce que son retour s’accompagne d’une sanction ajustée à sa mauvaise conduite. Les deux attendent une rétribution proportionnée à leur conduite respective. Mais bien que ne se sentant plus digne d’être fils, le cadet continue de dire “père”, présageant qu’il sera traité avec clémence, alors que l’aîné, même s’il est toujours resté auprès du père, ne le voit plus ainsi. L’image paternelle, forgée à partir de l’idée de rétribution, lui interdit de comprendre les raisons et les choix de son père. A strictement parler, le fils aîné n’est pas lésé et ne peut rien reprocher à son père ; le pardon ne nie pas la justice humaine. Il est donc invité à s’ouvrir aux voies de ce père, et nous avec lui.
Certainement, le père décrit par la parabole représente Dieu, qui se réjouit du retour des pécheurs. En finissant avec l’interprétation du père, le récit bouscule les idées sur la justice et la rétribution mises sur les lèvres du fils aîné et qui pourraient être les nôtres. Quelle sera la réponse finale du fils aînée ? Et quelle sera la nôtre ? Pouvons-nous, avec une totale confiance et espérance, entendre la parole que le Père nous adresse : “Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi”. Si nous pouvons nous reconnaître dans le fils rebelle et dans le fils jaloux, consentirons-nous à nous laisser conduire au cœur de la proposition divine et à devenir des médiateurs de la miséricorde et de la joie de Dieu pour nos frères et sœurs ?
- 3e dimanche de carême : 18 mars 2007 - Urgence de la conversion...
Luc se saisit de deux faits divers, la révolte des Galiléens, matés dans le sang par Pilate, et la mort de dix-huit personnes écrasées par la chute de la tour de Siloé pour rappeler l’urgence de la conversion. A l’écoute de ces deux faits, Jésus commence par défaire le lien que les hommes établissent spontanément entre malheur et péché : les malheurs de la vie ne sont pas des punitions des péchés. Mais la présence du mal en l’homme et autour de lui ne peut être combattue que par une véritable conversion du cœur, un retournement de tout l’être qui s’ouvre à la miséricorde de Dieu. Tous, nous avons besoin de repentir, car la complicité quotidienne avec le mal nous attire sans cesse hors de la sphère du pardon et de l’amour ; ce que Jésus exprime en termes vigoureux : “Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous comme eux”. Au contraire, là où l’homme pécheur se laisse attirer dans la sphère de la miséricorde divine, comme le figuier stérile de la parabole, il lui sera toujours proposé un nouveau délai et le temps de revenir vers Dieu.
Au fond, c’est à une même attitude de conversion que nous appelle saint Paul et lui aussi insiste sur le don de Dieu, sur la présence du Christ, notre rocher, notre point d’appui. Il est Celui qui est, déjà révélé à Moïse, Dieu avec nous, notre compagnon de route.
Foi en Dieu présent à notre histoire, confiance en sa miséricorde en même temps que déplaisir de nos fautes et désir de nous amender... avec douceur envers nous-mêmes... voilà ce à quoi nous appellent les textes de ce jour. Sans naïveté : la dynamique du mal est celle d’une implication toujours plus profonde. Si dans le présent tout est mêlé, complexe, ambigu, si rien n’est encore joué, au jugement tout sera accompli... Le présent, aujourd’hui, est alors le temps de la décision qui engage demain.

- 2e dimanche de carême : 11 mars 2007 - La vie plus forte que la mort...
Dans le récit de la transfiguration, Luc précise (et c’est une annotation qui lui est propre) : “... ils parlaient de son départ [littéralement : exode] qui allait se réaliser à Jérusalem”(9, 31). L’expression exode annonce le début de la montée à Jérusalem, mais utilise aussi, dans une lecture typologique, le récit fondateur de la sortie d’Egypte et du passage à travers la mer et la mort vers la liberté et la terre promise. Jésus va reprendre à son compte tout ce qu’a vécu Israël, s’inscrire dans la continuité de l’histoire du salut et lui donner une dimension inouïe, car celui qui va faire exode vers Jérusalem pour traverser la mort est déjà du côté de Dieu, dans la gloire.
La prière sur la montagne de la Transfiguration, qui est pour Jésus une préparation à son exode, échappe aux disciples. Ils ne voient rien, car ils sont endormis. Pourtant ils ont été témoins de la résurrection par Jésus d’un jeune garçon (7, 14-15) et d’une petite fille (8, 49-56). En ramenant de la mort l’un et l’autre, Jésus anticipe sa propre fin et ce qui en fait la suite surprenante, la Résurrection. Il prive la mort de ce dont elle jouit partout dans le monde des hommes, du dernier mot. Mais le sommeil empêche les disciples de prendre conscience que ces résurrections des morts, les signes accomplis par Jésus, pourraient contenir un message et les aider à accepter l’inévitable, la mort de Jésus sur la croix. Le sommeil est l’image ou le signe avant-coureur de la mort... Alors demandons nous, nous aussi, si notre cœur est en éveil, attentif aux signes de vie et d’espérance que le quotidien nous apporte...
La voix qui se fait entendre du ciel identifie Jésus. Elle invite à l’écouter et à s’ouvrir à son enseignement. Quel enseignement faut-il recevoir, sinon celui que Jésus donne sur sa Passion et sa Résurrection ? Croyons-nous à la vie plus forte que la mort ?

- 1er dimanche de carême : 4 mars 2007 - Le carême, temps pour éprouver notre liberté
Dans le livre du Deutéronome, Moïse fait le récit de la naissance du peuple d’Israël, engendré de l’Exode et de sa sortie d’Egypte. L’événement est le point de départ d’une nouvelle relation avec son Dieu, lieu de l’expérience de sa liberté.
L’Evangile annonce le nouvel exode, le drame pascal qui se jouera à Jérusalem, où Jésus va affronter la mort. En Jésus le Christ, l’homme est éprouvé : dans la tentation, il s’appuie sur la Révélation de la Parole. Il lui est demandé de devenir cet homme, conduit par l’Esprit, qui par sa mort, ira jusqu’au bout de l’amour. Il s’inscrit dans la dimension d’une Alliance, où nous aussi sommes invités à entrer et à nous maintenir.
Jésus, éprouvé et victorieux, nous révèle que notre liberté pécheresse, tentée de briser l’alliance, est aussi liberté en devenir, sous l’action de la grâce. C’est dans le désert de l’épreuve, l’espace où nous mesurons l’écart entre nos désirs et le désir de Dieu sur nous, que le Christ nous appelle à le suivre. La loi filiale de la liberté s’inscrit dans une triple reconnaissance : seul le Père est source de vie ; son seul pouvoir est amour et pardon ; notre vérité humaine est dans la relation filiale et la ressemblance au Fils du Père, en qui nous avons l’assurance de notre salut. Engagés dans la dynamique d’une espérance absolue, préparons-nous, par une lente purification, à l’option décisive de vivre notre condition humaine comme lieu de notre vocation filiale.
Sœur Sophie Ramond, r.a

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