Carême

Année liturgique 2005-2006 [B]

- 9 avril 2006 : Dimanche des Rameaux : Un geste de foi et d’espérance...

On cherche à tuer Jésus (14, 1), juste avant la Pâque. Il est à Béthanie, chez Simon le lépreux. Une femme vient, avec un flacon d’albâtre contenant un nard pur qu’elle brise sur la tête de Jésus, dans un geste de prodigalité, d’amour gratuit. Pour Jésus, le geste de la femme dépasse le cadre d’une bonne œuvre qu’il faudrait sans cesse renouveler, car des pauvres il y en aura toujours. En disant : « Elle a fait ce qui était en son pouvoir... » (14, 8), Jésus semble affirmer qu’elle a fait le nécessaire pour que tous puissent célébrer sa Pâque. Le geste de la femme anticipe l’ensevelissement. Pour le moment, c’est lui Jésus le pauvre qui va vers la mort ; Il l’a annoncé, mais les disciples n’ont pas compris.
Jésus est entré à Jérusalem comme roi. Il est sur le point d’être interrogé sur sa messiannité. Il va être crucifié comme roi des juifs. Le geste de la femme est anticipation de l’onction funéraire et prophétie de la Passion, mais aussi un geste qui manifeste Jésus comme roi et prêtre, Messie. Par ce geste d’ensevelissement accompli d’avance, cette femme a su anticiper, au-delà de la souffrance et de la mort, la victoire de Dieu, la gloire du Serviteur souffrant. Elle a oint le corps vivant de Jésus, non un cadavre ; bonne nouvelle : le Crucifié est le Ressuscité ! On dira « cela en mémoire d’elle » (14, 9) pour que, comme pour elle, la mémoire devienne chemin d’espérance...
En faisant mémoire de la Passion de Notre Seigneur, laissons-nous donc toucher par le geste de cette femme : son adhésion gratuite à Jésus, sa reconnaissance de ce qu’il est, sa compréhension de la Pâque de Jésus comme une Bonne Nouvelle, sa confiance dans la victoire de Jésus sur la mort et la dimension universelle de son geste tracent pour nous un chemin de disciple et d’évangélisateur.

- 2 avril 2006 : 5ème dimanche de carême : Je pardonnerai leurs fautes, je ne me rappellerai plus leurs péchés

Jésus vient d’entrer à Jérusalem et la foule l’a acclamé (12, 13-19). Des grecs veulent alors le voir (12, 20) ; ils sont prêts à croire en lui, eux qui sont issus du paganisme. Alors Jésus répond à ses disciples, qui lui transmettent la demande, par un discours de révélation (12, 23-33) : l’heure de sa mort et de sa glorification est venue. C’est désormais le temps favorable où le salut va s’accomplir. Pour exprimer la fécondité de sa mort, Jésus prend une image familière pour un observateur de la nature : l’image du grain qui meurt pour porter du fruit. Comme le grain, Jésus doit mourir pour porter du fruit. Alors il ne demeure pas seul : il entraîne avec lui tous ceux qui mettront leur foi en lui et accepteront de le suivre sur ce chemin de don de soi.
Ce n’est pas un chemin facile. Jésus lui-même n’a pas été exempt de trouble et de détresse, comme nous le rapporte à la fois l’évangile (12, 27) et la lettre aux Hébreux (5, 7-9). "Le Christ, pendant les jours de sa vie mortelle, a présenté avec un grand cri et dans les larmes, sa prière et sa supplication à Dieu qui pouvait le sauver de la mort" (He 5, 7). Mais il s’est décentré de lui-même pour se mettre à l’écoute du Père et obéir à sa parole. Le Père en cet instant ne l’abandonne pas ; Il fait entendre sa voix. Jésus interprète pour les hommes présents la parole du Père qui le reconnaît. L’heure de Jésus est aussi celle du jugement du monde. Sa mort et sa résurrection scelle le destin des hommes et la défaite du "prince de ce monde", l’esprit jaloux qui refuse le don de Dieu et lui fait obstacle.
Et nous, en quel Dieu croyons-nous ? En un Messie qui nous sauverait sans passer par la croix, comme la foule et les disciples sont tentés de le faire ? Sommes nous prêts à mourir à nous mêmes pour porter du fruit, donner vie aux autres ?

- 26 mars : 4ème dimanche de carême : Croire à la révélation de l’amour de Dieu pour les hommes

Le passage de la lettre de Paul aux Ephésiens (2, 4-10), comme celui de l’évangile de de Jean (3, 14-21) ont pour point commun de souligner l’amour de Dieu manifesté en son Fils Jésus-Christ. Paul affirme ce que dans l’évangile Jésus avait dévoilé à Nicodème (3, 1-13) : Dieu nous a fait revivre avec le Christ ; avec lui, il nous a ressuscités (Ep 2, 5-6).
L’amour de Dieu pour les hommes se manifeste donc en ce que Jésus se fait l’un d’eux et il culmine sur la croix. "Il faut que le Fils de l’homme soit élevé", nous dit saint Jean (3, 14) ; tel est le vouloir de Dieu, dont l’amour peut aller jusqu’à cette expression ultime. Le Père et le Fils communient dans un même amour pour le monde, dans la même volonté de donner la vie éternelle aux hommes.
Pour bien se faire comprendre Jésus fait référence au serpent élévé dans le désert pour arracher à la mort le peuple infidèle et incroyant (cf. Nb 21, 4-9). Quiconque le regardait était sauvé par Dieu en raison de sa foi. De la même façon, Christ est élevé sur la croix pour sauver le monde. Mais cet amour inconditionnel, qui va jusqu’au don de la vie, appelle la réponse de l’homme. Celui-ci peut choisir le salut ou le refuser. C’est maintenant que le jugement s’accomplit et le critère de discernement en est le libre choix de l’homme acceptant dans la confiance la révélation de l’amour de Dieu ou la refusant.
A nous aussi il revient de choisir maintenant ! Ne soyons pas de ceux qui tournent en dérision le don de Dieu, comme il advint maintes fois dans l’histoire (cf. 2 Ch 36, 16). Il nous faut donner notre foi, notre confiance à Dieu qui ne veut pour nous que la vie éternelle... La croix est le dernier mot du Père et du Fils aux hommes : Jésus-Christ est mort pour nous sauver...chacun... Consentons-nous à ce don suprême...

- 19 mars : 3ème dimanche de carême : Nous proclamons un Messie crucifié, scandale pour les Juifs, folie pour les peuples païens...

Dans l’évangile de Jean, Jésus vient d’accomplir à Cana un premier signe (2, 1-12) : il a donné du bon vin en abondance là où du vin ordinaire a manqué. Et voilà qu’il monte à Jérusalem pour la Pâque (2, 13). Là il intervient sur le parvis du Temple, où sont installés les marchands qui permettent aux pèlerins de changer de l’argent pour offrir des animaux en sacrifice. Il chasse les animaux, les changeurs, les vendeurs. Puis il demande de cesser cette pratique qui fait de la maison de son Père une maison de trafic (2, 13-17). Ce faisant, Jésus accomplit un signe comme les prophètes pouvaient le faire pour mieux communiquer leur message (cf. Jr 13, 1-7 ; Is 21, 1-6 par exemple). Ce geste symbolique annonce que la purification du Temple prévue pour la fin des temps est déjà en marche. Il signifie le désir de Jésus de ramener ce Temple encombré à sa pureté primitive, de le rendre à sa fonction originelle : être l’espace où viennent les véritables adorateurs du Père.
Jésus donc agit en défenseur des droits de Dieu. En même temps, il manifeste qui il est, tout comme au Sinaï, Dieu avait révélé qui Il est avant de donner la loi (Ex 20, 1). Jésus dévoile sa relation unique avec son Père. Ironie de la situation : les témoins lui demandent de donner un signe pour justifier son comportement. Alors Jésus leur répond : "détruisez ce Temple", ce qui est une allusion à sa Passion, "en trois jours je le relèverai", ce qui est une allusion à sa résurrection. Après s’être manifesté à Cana comme époux, Jésus se révèle donc à Jérusalem comme le lieu de l’adoration véritable. Mais les juifs ne le comprennent pas, pas plus que les disciples, qui ne croiront qu’après la résurrection (2, 22). A nous de reconnaître en Jésus la révélation et la présence au monde du Père, d’aviver notre foi en la résurrection...

- 12 mars : 2ème dimanche de carême : Par la foi...

Durant son baptême (1, 9-11), l’identité de Jésus comme Fils de Dieu avait été proclamé par une voix venue d’en haut ; mais les disciples n’étaient pas là à cet instant et la voix s’adressait à Jésus seul. Maintenant, alors que la gloire de Jésus jusqu’ici cachée est rendue visible à trois de ses disciples, la voix d’en haut identifie de nouveau Jésus (9, 7). Elle invite à l’écouter et à s’ouvrir à son enseignement. Quel enseignement faut-il recevoir, sinon celui que Jésus vient de donner sur la Passion et la Résurrection du Fils de l’homme (8, 31-38) ? Le titre de "bien-aimé" de Dieu qui évoque donc le baptême, mais aussi la royauté messianique (Ps 2, 7) et le destin du serviteur du Seigneur (Is 42, 1) confirme ce que Pierre n’a pu admettre : la glorification du Messie se réalise à travers sa souffrance.
Si Jésus a annoncé la croix et donner les conditions exigeantes pour le suivre, il se révèle donc maintenant dans la gloire : la certitude d’un dénouement lumineux est ainsi signifiée aux disciples, une anticipation de la victoire de Pâques. C’est pour nous l’appel à maintenir l’espérance, comme nous y invite aussi saint Paul : "Frères, si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ?" (Rm 8, 31). Pour cela, il nous accueillir le message apostolique en son entier : Jésus-Christ est mort pour nous, Il est ressuscité, Il intercède pour nous (cf. Rm 8, 34). La confiance que nous mettons en Dieu n’est pas vaine ; la figure d’Abraham est là pour nous le rappeler (Gn 22, 1-18). Mis en l’épreuve en son fils unique, pourtant donné par Dieu, il répondit par la foi. L’épître aux Hébreux nous livre le sens de cette figure pour nous-mêmes : "Dieu, pensait-il, est capable même de ressusciter les morts ; c’est pour cela qu’il recouvra son fils et ce fut un symbole" (He 11, 19). Alors quelle est notre foi en la résurrection ?

- 5 mars 2006 : 1er dimanche de carême : Entrer dans le combat pour vivre en enfants de Dieu...

Au baptême, la voix du Père s’est adressé à Jésus et a repris pour lui le titre royal : "tu es mon Fils bien-aimé" (Mc 1, 11). Comment Jésus va-t-il vivre cette identité, cette mission qu’il reçoit du Père ? La question se pose d’autant plus qu’"aussitôt l’esprit le pousse au désert" (1, 12). C’est en sa qualité de Fils de Dieu que Jésus est tenté par le Satan, qui apparaît en réaction. La joie de la naissance dans l’Esprit est menacée ; Jésus est tenté dans son identité et sa mission qu’il doit vivre selon l’Esprit du Père. Impuissant au désert devant Jésus, Satan réagit encore en essayant de faire taire la voix prophétique qui a resurgi en Israël après des siècles de silence : Jean est livré. Alors Jésus prend la relève et annonce : "Le temps est accompli et le Royaume de Dieu est tout proche ; repentez-vous et croyez à l’Evangile" (1, 15). Jésus proclame le temps de la bonté et de la grâce de Dieu et il invite à la conversion.
Nous qui sommes baptisés en Christ, saurons-nous nous "engager envers Dieu avec une conscience droite" (1 P 3, 21) ? Saurons-nous, à la suite de Jésus, revenir à notre cœur où se joue le combat intérieur entre l’Esprit et la confusion diabolique ? En Jésus, nous voyons que ce combat est à portée humaine, mais non sans prix. Jésus, éprouvé et victorieux, nous révèle que notre liberté pécheresse, tentée de briser l’alliance, est aussi liberté en devenir, sous l’action de la grâce. C’est dans le désert de l’épreuve, l’espace où nous mesurons l’écart entre nos désirs et le désir de Dieu sur nous, que le Christ nous appelle à le suivre. Apprenons nous aussi à entendre la voix du Père : "Tu es mon enfant bien-aimé", car telle est notre identité. Apprenons à consentir à notre vocation qui est d’être à la ressemblance du Fils du Père. Entrons dans le combat les yeux fixés sur Jésus-Christ...

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