Carême

Année liturgique 2004-2005 [A]
  • Dimanche des Rameaux : 20 mars 2005 : Je ne me suis pas dérobé

En ce dimanche des Rameaux nous fêtons l’entrée de Jésus à Jérusalem. Il est
acclamé par cette même foule qui le condamnera. Quel est donc cet homme en qui
Dieu se révèle, célébré comme le Messie et réprouvé comme un bandit ? La liturgie
nous propose de le contempler à travers la figure du serviteur d’Isaïe.
Dans ce passage d’Isaïe, le vocabulaire relatif au corps est étroitement associé
à l’attitude de disciple. D’une part, nous découvrons que cette attitude est
un don : "le Seigneur m’a donné une langue exercée-de disciple" ; "Il
éveille mon oreille pour que j’écoute, comme écoutent les disciples
" ; "Le
Seigneur m’a ouvert une oreille
". D’autre part, elle une réponse consentie
 : "je ne me suis pas rebellé, je ne me suis point retiré en arrière"
 ; "j’ai donné mon dos aux frappeurs, mes joues... ma barbe" ; "je
n’ai pas dérobé mon visage aux outrages et aux crachats".

Ce don et cette acceptation de la vocation de disciple ne replient pas le donateur
et le récepteur sur la relation qui les unit. D’emblée cette vocation est orientée
vers les abattus, que le serviteur doit soutenir, à qui il doit répondre une
parole. Ceux-là sont ceux qui sont capables de se laisser instruire. La parole
qui leur est adressée est celle qui a ouvert l’oreille du serviteur et à laquelle
il ne s’est pas dérobé, une parole vécue : le serviteur n’a pas répondu à la
violence subie. Non par lâcheté ou par passivité, mais en raison de la confiance
en Dieu qui le secourt, dans la volonté de rendre son visage dur comme une pierre,
comme celui de quelqu’un qui n’est pas ravagé par le mal subi, n’a pas honte
de son impuissance. C’est ainsi qu’il n’est pas confondu, vaincu lui-même par
le mal... La voie est ouverte pour tous ceux qui veulent se laisser instruire
dans la foi en un Dieu bon, qui ne laissera pas le mal avoir le dernier mot.

  • 5ème dimanche de Carême : 13 mars 2005 : Il est la résurrection et la vie

L’Evangile de ce dimanche commence comme un conte : " Un homme était tombé
malade
". On apprend de cet homme qu’il s’appelle Lazare, qu’il a deux sœurs
et surtout qu’il est aimé de Jésus. Mais celui-ci ne se précipite à Béthanie
pour le guérir ; l’ami fidèle n’accourt pas au chevet du malade ! Etrange histoire
en vérité...
En revanche, Jésus interprète les événements et en donne d’avance le sens :
" Cette maladie ne conduit pas à la mort, elle est pour la gloire de Dieu,
afin que par elle le Fils de Dieu soit glorifié
". La portée du texte est
ainsi précisée : il s’agit d’un texte de révélation. Par la suite, non seulement
Jésus montre qu’il sait que Lazare va mourir puis revenir à la vie, mais il
démontre aussi le pouvoir qu’il a de rendre la vie à celui qui était mort depuis
quatre jours. Il est la résurrection et la vie.
Pourtant Jésus ne se présente pas comme absolument placé au-dessus de la condition
humaine. De manière tout à fait inattendue, il se trouble, éprouve une profonde
émotion, pleure. La gloire du Fils de Dieu se révèle dans le Verbe fait chair...
L’Evangile raconte ainsi le mystère de l’Incarnation : Jésus vrai Dieu et vrai
homme.
Fils de Dieu, il s’adresse à son Père dans une action de grâce qui proclame
toute sa confiance. Il appelle son ami au dehors et sa parole est efficace.
Mais homme parmi les hommes, Jésus s’adresse aussi aux autres pour les faire
entrer dans l’événement : " Déliez-le, et laissez-le aller ". Il attend
notre foi, notre confiance : " Moi, je suis la résurrection et la vie...
Crois-tu ?
" Et il attend notre collaboration à son œuvre de salut : il
laisse à notre responsabilité tout ce que nous pouvons faire pour que la vie
triomphe sur la mort, l’amour sur tout ce qui est déhumanisant.

  • 4ème dimanche de Carême : 6 mars 2005 : Vivez comme des fils de la lumière

Dans le récit de l’Evangile, Jésus révèle qui il est : " je suis la Lumière
du monde
". Christ est le révélateur maximal du Père. Il est Celui qui guide
nos pas, nous conduit à la vie. La lumière luit dans l’obscurité, mais les ténèbres,
qui sont le symbole de la rébellion, des forces du mal, ne se laissent pas illuminer.
Tout cet épisode de l’Evangile est la dramatisation de ce combat entre la lumière
et les ténèbres, les forces de vie et les forces de mort. Jésus dénonce le lien
entre cécité et péché : l’aveugle n’est pas coupable. L’unique culpabilité est
de croire voir. L’unique culpabilité, c’est de croire que l’on peut se passer
de salut, de se croire juste, d’accuser les autres au nom de sa propre justice.

Nous ne sommes pas des justes, mais Dieu, de nos faiblesses peut tirer le meilleur
pour se manifester. Le geste de Jésus qui fait de la boue et l’applique sur
les yeux de l’aveugle est comme celui d’un potier, qui modèle son œuvre avec
de la glaise ; il rappelle la création de l’homme en Gn 2, 7. Puis Jésus envoie
l’homme se laver à la piscine de l’envoyé, la piscine qui porte son nom. Pour
nous rendre semblable à lui, nous remodeler à son image Christ attend notre
consentement. Dans cette recréation accueillie nous devenons alors épiphanie
de son visage.
L’aveugle devient témoin, envoyé à son tour. Mais il n’est pas reçu ; sa présence
démasque l’étroitesse de cœur des pharisiens, leur dureté. La lumière révèle
le fond des cœurs. Laissons-donc, en ce temps de carême, que la lumière se fasse
en nous, que les activités des ténèbres soient démasquées, pour que nous soyons
pleinement transparents de la lumière du Christ. "Maintenant, dans le Seigneur,
vous êtes devenus lumière ; vivez comme des fils de la lumière".

  • 3ème dimanche de Carême : 27 février 2005 : Seigneur, cette eau, donne-la-moi...

Le récit de l’Evangile raconte une entrevue, en ayant recours à la scène typique
de rencontre auprès d’un puits qui, dans l’Ancien Testament, se termine toujours
par un mariage. Jésus est assis près du puits et une Samaritaine arrive. Jésus
engage la conversation et il dit : "Donne-moi à boire", mais la femme
refuse. Alors Jésus lui propose lui-même l’eau vive et elle accepte. Il ne faut
pas, cependant, que la femme se trompe sur les intentions de Jésus ! Il lui
demande donc d’aller chercher son mari. Nous apprenons ainsi que la femme a
connu six hommes. Des faux maris aux faux dieux, le pas n’est pas difficile
à franchir. D’où la question sur le culte du "vrai Dieu", qui est aussi le "vrai
mari", pour le peuple samaritain comme pour le peuple juif.
Le problème pour la femme n’est pas de trouver un mari comme dans les autres
textes de rencontre auprès d’un puits, mais de mettre de l’ordre dans sa vie.
Il lui faut retrouver son seul vrai mari, comme la Samarie doit trouver ou retrouver
son seul vrai Dieu. Jésus est venu parler au cœur de l’épouse infidèle. Il vient
restaurer l’Alliance brisée.
Sans doute cet Evangile est-il l’invitation à faire de l’ordre dans nos vies,
à reconnaître le don de Dieu, son Alliance avec nous, à reconnaître aussi nos
propres infidélités. L’eau des puits est le symbole de la vie : Jésus-Christ
est source de la vie. Peut-être dans le désert de notre vie, sommes-nous tentés,
comme les fils d’Israël, de mettre en doute le don de Dieu. L’invitation est
celle de reconnaître avec confiance, à l’intime de nous-mêmes, là où se font
sentir toutes les tendances à l’infidélité et au repli sur soi, le salut qu’Il
nous offre en son Fils, pour que nous puissions dire : "Seigneur, donne-la-moi,
cette eau..."

  • 2ème dimanche de Carême : 20 février 2005 : Fils bien-aimé, va avec la force de Dieu !

Jésus est en route vers Jérusalem. Il a annoncé à ses disciples sa Passion
et il a donné les conditions de sa suite. Puis il les mène sur la montagne où
ils le voient transfiguré : il leur manifeste sa splendeur pour qu’ils saisissent
que sa passion le conduira à la gloire de la résurrection. La voix qui se fait
entendre du ciel confirme l’élection accomplie au baptême et révèle que l’amour
du Père accompagne l’itinéraire de Jésus. Amour du Père pour le Fils ; Amour
du Père pour tous les hommes par le Fils. "Ecoutez-le" ajoute la voix
du Père, comme pour signifier aux disciples qu’il leur faut accepter de renoncer
à l’idée d’un Messie tout-puissant qui s’imposerait. L’itinéraire du Christ
passe par la croix : librement et par amour, Jésus fait du mal qu’il subit le
lieu d’un don de soi. Mais le libre don de soi du Christ s’inscrit sous l’horizon
de la gloire vers laquelle il monte. Cette gloire n’est pas récompense ou couronnement
après l’épreuve, mais, comme le montre la transfiguration, gloire qui est déjà
présente mystérieusement dans la traversée des souffrances. En dépit des apparences,
le Père reste présent, comme le manifestent le rayonnement de la gloire et le
témoignage sorti de la nuée.
"Ecoutez-le" nous dit à nous aussi la voix du Père, comme un appel à
l’espérance que dans le combat contre les forces de mort, contre le mal, Dieu
ne nous abandonne pas. Saint Paul nous y invite : "Fils bien-aimé, avec la
force de Dieu, prends ta part de souffrance pour l’annonce de l’Évangile
".
Fils bien-aimé, avec la force de Dieu, meurs à toi-même, aime, pardonne, comme
le Fils a donné sa vie, a aimé, a pardonné... Marche et fais confiance comme
Abraham a fait confiance.

  • 1er dimanche de Carême : 13 février 2005 : S’ouvre le combat entre l’Esprit et la confusion diabolique...

Au baptême, le Père a révélé à Jésus son identité et sa mission. Jésus doit
les vivre selon l’Esprit du Père, qu’il a reçu. Survient le diable, qui, en
réaction, menace la joie de la naissance dans l’Esprit. Jésus est tenté en sa
qualité de Fils de Dieu. Le diable va essayer de l’entraîner dans la confusion,
comme le serpent l’avait fait pour l’homme et la femme dans le jardin d’Eden,
au sujet du commandement divin. Dans le cœur de Jésus s’ouvre un combat entre
l’Esprit et la confusion diabolique.
Jésus a fini de jeûner, il a faim. Alors la tentation est de suggérer à Jésus,
puisqu’il est le Fils de Dieu, de transformer les pierres en pain. Selon cette
logique, si Jésus peut faire des miracles, il est normal qu’il les fasse à son
profit. Mais Jésus refuse que sa condition divine lui serve à éviter le poids
de la condition humaine. Il fera des miracles, certes, mais pour que les hommes
puissent être conscients de la proximité de Dieu et du salut qu’Il veut pour
eux. Parce qu’aucun homme ne peut se soustraire aux difficultés, aux forces
du mal en faisant des miracles, Jésus n’en fait pas en son intérêt propre. Pour
ce motif, il ne se jettera pas du pinacle du temple et il ne s’agenouillera
pas pour adorer Satan, afin de dominer les royaumes de la terre. Ce n’est pas
à travers la force que l’on peut obtenir le salut, une vie conforme à l’Evangile.

L’invitation est la même pour nous : une invitation à ne pas détourner la Parole
de Dieu selon notre intérêt, à ne pas rêver de moyens puissants pour donner
consistance à nos vies. C’est une invitation encore à avoir soin de notre relation
au Père, de manière à ce que, lorsque vient la tentation, nous puissions l’affronter
en Dieu.

© Sr Sophie Ramond, r.a.
Communauté de Lübeck

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