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5e dimanche de Pâques - Interbible

Année liturgique 2017-2018 [B]


L’évangile de ce dimanche constitue la première partie d’un discours d’adieu considéré, dans la littérature biblique, comme "un testament", ce genre littéraire qui met en scène des personnages importants, léguant à leurs descendants conseils et réflexions.


 Le repas de la dernière cène, l’agonie à Gethsémani, la passion et le jour de la Résurrection constituent les dernières heures de la vie de Jésus. Entre ces événements historiques et la rédaction de saint Jean aux environs de l’an 100, s’écoulent plusieurs décennies. Au cours de ces années, les apôtres et disciples de Jésus, les premières communautés chrétiennes et l’école théologique de Syrie ou d’Asie mineure, se souviennent des paroles et des gestes de Jésus. Ces croyants, au sein de sociétés diverses sous le joug de l’Empire romain, vivent des difficultés, des inquiétudes, des persécutions ; ils sont secoués par leur rupture avec le peuple juif et l’expulsion de la synagogue. C’est à la lumière du Ressuscité et dans la foi, que ces communautés approfondissent les événements vécus, poursuivent leur exploration d’une authentique vie chrétienne et saisissent en profondeur qui est Jésus.

La métaphore de la vigne


La vigne est une réalité quotidienne dans une société agraire et c’est le cas pour les peuples vivant sur le pourtour de la Méditerranée. En Israël, les écrivains bibliques évoquent sans cesse la vigne de tel propriétaire : de Nabot, de Salomon, de Noé (1 Rois 21, 1), de Séméi, la femme vaillante du livre des Proverbes (31, 16) ; de tel lieu : d’Engaddi, de Sibma, de Timna (Juges 4, 5 ; Jérémie 48, 32 ; Isaïe 16, 8).
Pour leur part, les prophètes utilisent la vigne comme symbole du peuple : Israël était une vigne luxuriante qui donnait sa mesure de fruit (Osée 1O, 1), cette vigne du Seigneur qui, par ailleurs, est châtiée et brûlée (Ézéchiel 15 ; Jérémie 6, 9 ; Joël 1, 7). Quant au psalmiste, il déplore le sort que connaît Jérusalem et rappelle à Dieu ce qu’Il fit, en arrachant jadis une vigne, d’Égypte, pour la planter tu chassas des nations ; devant elle tu fis place nette, elle poussa des racines et remplit le pays... (80, 9-10). Il supplie Dieu de revenir visiter cette vigne (vv. 15.20), laquelle représente pour certains sages l’enseignement de la Loi, Parole de Dieu sanctifiante. La traduction de ces versets dans la langue araméenne souligne que la vigne sera vivifiée avec le roi-messie.
Cette image de la vigne, très évocatrice et riche de sens est reprise par Jésus lors de son ministère (Matthieu 21, 28-46 ; Luc 13, 6 ; Marc 11, 13), qui se l’applique à lui-même. De son côté, l’évangéliste Jean en déploie les différentes facettes. La métaphore, dans le chapitre 15, illustre ce qui se passe dans le Royaume du Père.

Mon Père est le vigneron, et Moi, je suis la vraie vigne, et vous les sarments


La vraie vigne ! La vigne véritable ! La vigne fidèle, tel que signifie le mot dans la langue sémite ! La fidélité, comme ne cesse de l’affirmer le Premier Testament, est l’apanage de Dieu qui tient ses promesses et qui ne cesse d’envelopper inlassablement de sa grâce et de sa miséricorde les siens. Dans l’épisode relaté ici, le Père, comparé au vigneron ­propriétaire, débarrasse les sarments improductifs et émonde ceux qui produisent des fruits (v. 2). Quant à Jésus, envoyé par le Père, il est la Vigne authentique parce qu’il vient du Père et qu’Il agit par lui, il réalise pleinement et parfaitement la fidélité attendue jadis du peuple.
Je suis la vigne et vous êtes les sarments ! Comprenons bien cette formulation d’une richesse inouïe, au contenu fondamental très réjouissant et très réconfortant. Il nous est révélé que le Christ ressuscité est le cep -le pied de vigne- et les sarments. On ne saurait voir le Christ Jésus d’un côté, et les croyants, de l’autre, comme deux partenaires côte à côte. Le Christ est la totalité comprenant les sarments, d’où circule une unique sève. Les chrétiens sont des sauvés dans le Christ, émondés par la Parole sanctifiante et libératrice qui a été prononcée (vv. 3.7), formant une communauté vivante.

Les harmoniques du mot demeurer


L’évangéliste Jean affectionne ce mot. Dès le premier chapitre ne dit-il pas : Et le Verbe s’est fait chair. Il a demeuré parmi nous (v. 14). Le mot signifie "élire domicile", il évoque le "chez-nous", son "pied-à-terre", là où s’enfoncent les racines, là où il y a stabilité. Le mot suggère donc la relation, la proximité, l’intimité ; la mise en commun, le partage et, si on poursuit la réflexion, on reconnaîtra que le "demeurer-avec" laisse entendre qu’on accueille la différence, la valeur et les talents de l’autre et la nécessité de l’engagement. Un mot affectionné donc, et un mot lourd de sens !

Un appel adressé à notre liberté :
Demeurez en moi comme moi en vous


Ce commandement du Seigneur s’adresse à la liberté des disciples, des femmes et des hommes marqués par la fragilité et qui peuvent s’éloigner de la Parole entendue. Dans l’évangile, avant le repas d’adieu, un du groupe, Judas, s’éloigna de la table fraternelle et sortit dans la nuit (13, 30). Plus tard, Pierre va renier son Maître (18, 25-27). C’est dire à quel point le croyant peut s’éloigner du projet de Dieu sur sa vie. La demande insistante faite par Jésus : Demeurez en moi, comme moi en vous vient susciter un acte libre et nous inviter à la nécessité de recevoir comme un don, à chaque instant, dans une patiente persévérance, notre union au Père et au Fils ainsi qu’à nos frères et sœurs dans la foi.

Les fruits souhaités et promis, à la gloire du Père


La question qui domine l’extrait évangélique est celle de porter des fruits. Le Seigneur nous invite à demander les fruits qu’il attend de nous : Si vous demeurez en moi, et que mes paroles demeurent en vous, demandez tout ce que vous voudrez, et vous l’obtiendrez (v. 7). Aussi, la lecture tirée de la Première lettre de saint Jean (3, 18-24) nous interpelle : Or, voici son commandement - de Dieu : avoir foi en son Fils Jésus Christ, et nous aimer les uns les autres comme il nous l’a commandé. Et celui qui est fidèle... demeure en Dieu et Dieu en lui ; et nous reconnaissons qu’il demeure en nous, puisqu’il nous a donné son Esprit (vv. 23-24). Et encore : Nous devons aimer : non pas avec des paroles et des discours, mais par des actes et en vérité (v. 18). L’amour du Christ englobe l’amour fraternel et constitue le fondement d’une existence chrétienne.
La fécondité des sarments-chrétiens tient à notre enracinement dans le Christ, à la foi solide et stable de chacun de nous, mais rappelons-nous que c’est toujours l’amour du Christ qui devance et déborde notre réponse : le sarment-croyant ne saurait se féconder lui-même, il reçoit le don offert sans cesse et toujours. Tout sarment greffé solidement à la Vigne produit au centuple à la plus grande gloire du Père (vv. 8.16). Que de gestes et d’attitudes, au travail, dans la famille, avec les amis, dans la société, sont aptes à faire grandir l’amitié, la bonne entente, la paix ! Que de gestes, si petits et obscurs qu’ils puissent-ils être, peuvent redonner espoir et joie ! Que d’écoute, que de paroles priées et inspirées peuvent favoriser un rebond chez des femmes et des hommes épuisés, rejetés, condamnés par la société, voire par des personnes croyantes ! Au plus intime de ces personnes, la présence cachée et discrète de l’Esprit fait jaillir des germes de renouveau, des étincelles de vie.

...Homélie de saint Augustin


Il disait aux disciples : Demeurez en moi comme moi en vous. Ils n’étaient pas en lui de la même manière dont lui était en eux. Cette union réciproque ne lui procure aucun profit : c’est eux qu’elle avantage. Les sarments sont dans la vigne non pas pour enrichir celle-ci, mais pour recevoir d’elle le principe de leur vie. La vigne est dans les sarments pour leur communiquer sa sève vivifiante, non pour la recevoir d’eux. Ainsi cette permanence du Christ dans les disciples, leur est doublement avantageuse, mais nullement au Christ. Car si vous retranchez un sarment, un autre peut surgir de la racine qui reste vivante, tandis que le sarment coupé ne peut vivre séparé de la racine.


Julienne Côté, CND
Collège Régina, Montréal



L’image de la vigne et des branches : Jean 15, 1-8
Autres lectures : Actes 9, 26-31 ; Psaume 21(22) ; 1 Jean 3, 18-24



Illustration

Rohit Tandon

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