29eme Dimanche C

Année liturgique 2018-2019 [C]
 La liturgie de ce jour fait jouer entre eux des textes bibliques qui nous parlent tous de prière. Comment alors ne pas porter une attention privilégiée au psaume, ces mots mêmes que Dieu nous prête pour nous adresser à lui ? Il est, du reste, d’autant plus intéressant de le faire que le psaume est, cette fois-ci, proposé en son intégralité. Il met en scène un priant, dont l’attitude corporelle, lever les yeux vers les montagnes, exprime le désir de relation à Dieu. Car c’est bien sur les hauteurs que Dieu demeure et se laisse rencontrer. L’orant le confesse comme celui qui préserve et maintient l’univers, son gardien et le gardien de son peuple, celui qui garde au départ et au retour, maintenant et à jamais. Toutes ces expressions témoignent d’une relation de confiance. La prière pourtant n’est pas naïve ; elle affronte les difficultés de la vie, comme le doute aussi : Dieu ne semble-t-il pas dormir quand l’épreuve est trop douloureuse, le chemin trop ardu ? « Non, il ne dort pas, ne sommeille pas, le gardien d’Israël ! » Il faut se le dire et se le redire pour garder ferme l’espérance.

 Le psaume oscille entre l’affirmation de ce que Dieu est pour l’orant et de ce qu’il est pour son peuple. C’est que la prière ne peut jamais tout à fait être sur le simple registre d’une conversation à deux : toute adresse à Dieu est appelée à être souci des autres. Moïse nous l’apprend, lui qui intercède pour son peuple isolé dans le désert et menacé par des ennemis. Il est présenté comme modèle de prière persévérante et d’intercession pour autrui. Mais la dimension corporelle de sa prière révèle aussi combien cette dernière est fragile et peut être matinée de doutes, de lourdeur, de découragement ou de repli sur soi. Il importe, pour la soutenir, de trouver la « pierre » sur laquelle prendre appui et les frères et sœurs qui l’encouragerons et quelques fois la formulerons à notre place et pour nous. Et si la lettre à Timothée nous montrait la pierre ? Autrement dit, n’est-ce pas sur l’Écriture, la Parole à travers laquelle Dieu s’adresse à nous, que peut se fonder notre prière ? La Parole vivifie. Elle décentre, ne laisse pas tranquille et remet en question. Par elle, Dieu dit qui il est pour nous et ce qu’il veut pour nous.

 Sous cet aspect, l’Évangile révèle que Dieu veut nous faire justice. Mais il nous appelle aussi à ne pas laisser s’éteindre notre soif de justice. Si la veuve est donnée en exemple c’est très certainement pour sa persévérance dans la prière mais aussi parce qu’elle incarne une forme de résistance face à l’injustice, d’indignation devant la corruption. Notre prière ne peut qu’être trop pleine des cris de souffrance de tant de nos contemporains, des silences de tant de victimes abusées et frappées d’injustice… La prière persévérante suppose avant tout la foi, la conviction que ceux pour qui et ce pour quoi nous supplions Dieu ont de la valeur et un prix infini. Saint Augustin l’écrivait à Proba, « la prière ne doit pas comporter beaucoup de paroles, mais beaucoup de supplication, si elle persiste dans une fervente attention. Car beaucoup parler lorsqu’on prie, c’est traiter une affaire indispensable avec des paroles superflues. Beaucoup prier, c’est frapper à la porte de celui que nous prions par l’activité insistante et religieuse du cœur. Le plus souvent, cette affaire avance par les gémissements plus que par les discours, par les larmes plus que par les phrases ».

Sophie Ramond


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