25e dimanche du temps ordinaire - Sr Sophie Ramond

(II)

 

La première partie du livre de la Sagesse de Salomon (chapitres 1 à 6) confronte sur l’arrière-fond d’un procès fictif deux visions opposées de la vie et de la mort. Si le dessein de Dieu est ordonné à la vie (1, 13-14) et à l’incorruptibilité (2, 23-24), les impies, en revanche, sont attirés vers la mort. Pour eux, la vie est un non-sens en raison de son caractère éphémère et fragile. Leur projet est alors de masquer la réalité inévitable de la mort par leurs choix de vie. Ils invitent d’abord à jouir des plaisirs de la vie, puis soudain cette invitation prend un tour menaçant dans l’appel au pouvoir : leur volonté d’entrer dans une dimension de puissance qui éloigne la pensée de la mort, finit par s’exercer en force à travers la domination des plus faibles. Car la faiblesse est perçue comme inutile (2, 11). Le droit du plus fort devient la loi qui conduit les impies. L’appel à user de la violence avec le pauvre, la veuve et le vieillard les pousse encore à une autre forme d’oppression, celle du juste qui n’accepte ni leur jugement sur la mort ni leur mode de vie.
Les impies du livre de la Sagesse perçoivent la vie du juste comme une condamnation insupportable. Le juste, au fond, s’il ne fait pas la loi, défend la loi mosaïque : elle reste pour lui normative. Une vie menée selon la Loi, dont le fondement ultime est un rapport filial avec Dieu, voilà ce qui oppose le juste aux impies. Le livre de la Sagesse imagine alors les impies tramant de tendre un piège au juste innocent, dont la seule présence est en elle-même accusatrice. Le juste est un gêneur. Il l’est pour ceux qui sentent en lui une entrave à leur comportement, un reproche de faillir à la Loi et à leur éducation. Au fond, les motifs avancés par les impies suggèrent qu’ils sont des Juifs tentés d’oublier l’instruction sapientielle et la Loi (la Torah), la foi des pères, au profit d’une conception de la vie, somme toute, assez proche de celle de certains courants de la philosophie grecque, leur propos n’étant pas sans rappeler ceux tenus par le sophiste Calliclès dans le Gorgias de Platon.

La lettre de Jacques nous invite à quelques interrogations : Que vaut une existence passagère, menée par le désir d’assouvir tous les instincts qui combattent en nous, face à un temps infini ? Que vaut-elle face à la vie éternelle qui nous attend, là où aucune jalousie ou rivalité, aucune hypocrisie, aucun moyen de dissimulation mis en place dans la vie sociale, ne sont possibles ?

Alors qu’il traverse la Galilée avec ses disciples, Jésus répète qu’il va vers la mort et qu’il ressuscitera. Les disciples ne comprennent pas mais ils ont peur de l’interroger. Leur relation à lui n’est pas totalement libre encore et c’est pourquoi ils ne sont pas dans la vérité. Ils ne comprennent pas qui est Jésus et ils ne comprennent pas ce que signifie être à sa suite. Ils discutent pour savoir qui est le plus grand.
Les disciples attendaient sans doute un Messie grand, puissant, capable de subjuguer tous les peuples et de vaincre les ennemis. Leur manière de comprendre le Messie est enracinée dans la logique selon laquelle le plus grand est celui qui soumet sous son pouvoir les autres. Jésus les interroge, puis leur enseigne quelles sont les valeurs du Royaume ; le plus grand est à chercher parmi les plus petits.
Les disciples, en fait, ne retiennent des paroles de Jésus que l’annonce de sa Passion, non celle de sa résurrection. C’est bien là le point sur lequel ils achoppent. Le Messie peut-il mourir sur une croix, d’une mort infâmante ? Ils rejettent le portrait du Fils de l’homme souffrant que Jésus leur dévoile. Ils ne saisissent pas que l’annonce du mystère pascal convoque à tenir dans l’espérance du salut, de la Résurrection, en même temps que dans l’acceptation de perdre sa vie.

Les impies tournent en dérision l’espérance du juste en un au-delà après la mort ; les disciples n’entendent pas l’annonce de la résurrection et restent enfermés dans la peur de la mort... Le livre de la Sagesse et les paroles de Jésus nous convie à admettre qu’exister c’est aller vers la mort et que l’appréciation de la mortalité reflue sur la vie présente et lui donne une valeur concordante. Il ne s’agit pas de convoquer la peur de l’enfer et de la faire refluer sur l’existence présente pour conduire à une vie moralement bonne. Il s’agit de rappeler que la vie présente est gouvernée depuis l’avenir, d’inviter au refus d’une manière de vivre qui divertisse des enjeux les plus hauts. La vie déjà donnée excède la vie présente et ce n’est alors qu’en réponse à ce don, à cette évidence qui nous place dans la perspective d’un avenir de communion, que nous pourrons vivre non pas seulement moralement mais sur le mode de l’être-au-delà, sur le mode de l’espérance, d’une vie qui ne se définit pas en dernière instance comme être-vers-la-mort. En définitive, cela nous convoque à donner du poids à nos existences, à assumer la responsabilité d’être sous le mode d’une vie que nous voudrions telle à jamais.

Sophie Ramond, RA
Paris-Lemercier - France
2009/2012


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