22e dimanche du temps ordinaire

(II)

MAINS SALES ET COEUR PROPRE ?

Voici un évangile qui à première vue semble peu actuel et peu "appétissant", même s’il y est question de manger ! Se laver les mains est pour nous une simple question d’hygiène, et le nettoyage des plats une affaire de lave-vaisselle... La problématique soulevée appartient à une culture qui n’est pas la nôtre et nous est apparemment bien étrangère.

Regardons de plus près. La première partie du texte tourne autour de l’opposition "propre/sale" (ou « "pur/impur" en termes religieux). Ce qui est pur ou impur est déterminé par la "tradition des anciens", on est au niveau de rubriques qui ont considérées comme si importantes qu’elles servent de critère pour juger d’autres personnes.
Dans la deuxième partie du texte, c’est Jésus qui parle. Il remplace l’opposition pur/impur par une double opposition : "extérieur/intérieur" et "préceptes humains (ou tradition des hommes) /commandement de Dieu".

L’extérieur, ce sont les lèvres, le culte ou bien ce qu’on mange ; l’intérieur, c’est le cœur. Dans le langage Biblique, le cœur n’est pas l’organe de l’affectivité mais le centre même de la personne, le siège de ses valeurs, le lieu de ses choix. Dans ce lieu du cœur chacun est seul avec Dieu.

Que dit Jésus sur le cœur ? D’abord qu’il peut être loin de Dieu alors même que le corps exprime la louange et l’adoration : "ce peuple m’honore des lèvres (organe extérieur), mais son cœur est loin de moi". Une proximité extérieure masque un éloignement intérieur. L’extérieur (observation des préceptes, exercice du culte) est repérable ; l’intérieur (la relation à Dieu et les pensées qu’on entretient par rapport aux autres) l’est moins aux yeux humains... Ensuite Jésus parle du cœur comme d’une source : de lui « sortent » des pensées qui peuvent éventuellement se transformer en actes. Même si les actes extérieurs, repérables, ne sont pas posés, les pensées existent, et c’est d’après elles qu’on peut juger si la source qui les enfante est pure ou impure.

L’opposition "tradition des hommes/commandement de Dieu" montre que Jésus distingue clairement la Torah (écrite) et la "Torah orale", somme d’enseignements rabbiniques transmis de génération en génération et qui pour les Pharisiens avait acquis autant de poids que la Torah. Jésus donne un critère : si la Tradition éloigne de la Parole révélée, elle n’est que précepte humain qui peut faire obstacle à une authentique obéissance à Dieu.
Autre remarque : l’ensemble du texte présente une situation de jugement. Au début les disciples et, à travers eux, Jésus, leur maître sont jugés par les Pharisiens. Ensuite la situation se retourne et les Pharisiens eux-mêmes sont jugés par la Parole de Dieu (citation d’Isaïe) que Jésus leur applique. Enfin la foule et tout homme, chacun/e de nous est placé en situation de jugement dans la mesure où le cœur de chacun est mis à nu avec ce qu’il peut contenir de mauvais.

Ce texte dépasse donc largement la problématique conflictuelle entre Jésus ou les premières communautés chrétiennes et le judaïsme environnant. Il nous pose des questions fondamentales et bien actuelles. Sur quoi jugeons-nous ? Comment évaluons-nous spontanément les autres ? Sur l’extérieur (situation sociale, manière de conduire, tenue debout ou à genoux à la messe....) ? Qu’est-ce qui nous pousse à constamment étiqueter et critiquer les autres ? Que se passe-t-il dans notre cœur ? Sommes-nous familiers de ce lieu secret où Dieu réside et où Lui seul peut nous dévoiler les sources qui polluent notre vie ? Quelle Loi gouverne nos comportements et nous sert de norme d’évaluation : la Parole de Dieu ou bien les "préceptes humains" (par exemple le "prêt à penser" culturel ou religieux ou bien même le regard des autres) ?

L’évangile de ce jour nous suggère une grâce à demander instamment dans la prière : la lucidité spirituelle !

Sr Bénédicte Rollin, RA
Province d’Europe du Nord - Vilnius

Dans la même rubrique


Ajouter un commentaire



Informations légales

Ce site est édité par "Religieuses de l’Assomption" :

Ecusson
  • Religieuses de l’Assomption - 17, rue de l’Assomption 75016 Paris - France
  • Tél +33 (0) 1 46 47 84 56
  • Fax + 33 (0) 1 46 47 21 13

Derniers articles

S'inscrire à l'info-lettre