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2 juin 2007 : Réponse du Cardinal Etchagaray à Madame la Ministre

Triduum à Rome : 2-4 juin 2007

Madame la Ministre,

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Je me souviens, vous étiez déjà ici dans la délégation pour la béatification du Père de Foucauld. Mais ce soir, c’est une première au Vatican pour le tout jeune gouvernement que vous représentez ! Avec ce petit brin de curiosité qui accompagne sympathiquement tout premier pas, un vieux cardinal romain vous dit sa joie de voir la France toujours fidèle à honorer ceux de ses enfants que l’Eglise marque du sceau de la sainteté. En saluant aussi les membres de votre délégation, j’ose laisser transparaître ma fierté d’y retrouver des amis à l’accent bien de chez nous, de Lourdes à Marseille par-dessus Toulouse ! La présence du vice-président du sénat Jean-Claude Gaudin, ravive en moi le printemps de ma vie épiscopale.
Je vous remercie particulièrement, Madame, vous qui passez de la noble demeure du château de Versailles à celle du Palais Royal où, secrétaire de l’épiscopat français, je visitais un jour votre prédécesseur au Ministère de la Culture André Malraux.
Ce soir par une sorte d’interlude dans une vie désormais haletante avec le nouveau chef d’Etat, vous nous recevez dans cette “villa Bonaparte” largement ouverte par M. l’Ambassadeur et Madame Kessedjian. Nous sommes dans un lieu unique où Eglise et Etat, toute séparation pour un instant suspendue, célèbrent ensemble une veillée nationale, presque une vigile religieuse en l’honneur d’une Française que, demain, le pape Benoît XVI canonisera à côté de trois prêtres, un maltais, un polonais et un hollandais. (Ne vous préoccupez pas pour le manque de parité hommes et femmes, nous sommes sur un autre registre et souvent d’ailleurs la proportion a été inverse !).
C’est bien Marie-Eugénie de Jésus Milleret de Brou qui est la grande maîtresse de maison ce soir ? Mais que dire d’elle devant le menu d’un repas aguichant ? Ou mieux que faire entendre d’elle ?
Jeune prêtre, j’avais lu sa première biographie écrite par un bayonnais, Gaëtan Bernoville. Je n’en ai aucun souvenir. Ces jours-ci, j’ai savouré (le mot est bien de circonstance) la délicieuse plaquette que nous propose Sœur Hélène-Marie. Je ne connais rien de plus frais, je la cite, pour “nous dire ce qui est indicible : la forme qu’a prise la grâce de Dieu en cette religieuse pour nous et pour l’Eglise”. Une canonisation est avant tout une leçon de choses pour notre temps, pour chacun de nous.
Dans ce sens, je ne retiens ici qu’un seul trait de Marie-Eugénie, un trait bien accordé, Madame, à vos paroles qui viennent de situer le cadre culturel d’une époque si différente et si semblable à la nôtre. Nous savons tout ce que cette fille d’un député de la Moselle, dès son adolescence, devait au Père Lacordaire, à celui dont la conversion, a-t-on dit, fut le “baptême du Romantisme” : converti, il était ainsi demeuré “enfant du siècle”, ce qui lui valut une audience extraordinaire de sa génération. Dans une des nombreuses lettres qu’elle lui adresse, Marie-Eugénie déclare : “Je ne crois pas ceux qui disent que la terre est un lieu d’exil. Je la regarde au contraire comme un lieu où la gloire de Dieu est rendue possible”. Ce credo a été pris aujourd’hui comme slogan pour le pèlerinage assomptionniste à Rome. A notre époque où l’homme manque d’appétit pour le futur, a peur d’habiter l’avenir, sa demeure ancestrale, à notre époque où tant de jeunes cherchent à se réfugier, à se nicher dans une autre planète, il est bon de voir la dimension pédagogique propre à une grande congrégation religieuse s’épanouir dans cette allégresse de marcher avec le Christ pascal, ce vrai ressortissant de la terre qu’il a aimée au point de descendre jusque dans ses entrailles. Et ce goût de la vie, en dépit des épreuves, voir des échecs, va en s’agrandissant, en s’affinant. Je pense à ce qu’elle écrit : “Voici que je vais avoir un demi-siècle. Je sens que je quitte les ruisseaux et que je vais à la mer et ce qu’est cette mer me remplit et m’enivre !”. Et j’aime bien ce qu’elle murmurait au couchant de sa vie, quand elle remit sa charge du supérieure : “Maintenant je n’ai plus qu’à être bonne”. A une sœur qui lui demandait comment vieillir saintement (je lui fais la même demande), elle répond : “Comment vieillir saintement ? En travaillant sans cesse sous l’œil de Dieu, avec une haute. patience et confiance, en maintenant dans son âme, dans ses affections l’immortelle jeunesse de Jésus Christ, qui est notre Homme Nouveau”.
Je voudrais enfin, d’un mot, en votre présence, Madame, compte tenu de vos responsabilités au sein du gouvernement, évoquer la mémoire d’un occitan, le nîmois Emmanuel d’Alzon. Extraordinaire est l’amitié spirituelle qui l’unissait à Marie-Eugénie pendant quarante ans, grâce à une correspondance prodigieuse. Elle lui écrivit un jour : Ce qui manque en France pour les hommes ce sont des ordres religieux en rapport avec les caractères, les esprits et je dirais même les forces physiques de notre temps. Ce qui conduisit le Père à projeter sa fondation masculine vers l’œcuménisme et vers la presse. Les religieux assomptionnistes, depuis le Père Vincent de Paul Bailly, ont ainsi relevé un des plus grands défis de notre époque, celui de la communication dans un monde de blockhaus. Je rends ce soir hommage à deux artisans récemment disparus de “Bayard Presse” : le père Bruno Chenu et Noël Copin.
Je m’arrête pour de bon. Avec vous, Madame, et votre délégation, je me tourne maintenant vers le Président de la République, Nicolas Sarkozy. J’ai relu ce qu’il écrivait en 2004 dans le livre d’entretiens : “La République, les Religions, l’Espérance” : Ma conviction, longuement mûrie, est que le besoin d’espérer est consusbstantiel à l’existence humaine ; et que ce qui rend la liberté religieuse si importante est qu’il s’agit en réalité de la liberté d’espérer (p. 11). Je me tourne vers le Premier Ministre, vers François Fillon. Voici cinq ans, ministre des Affaires sociales, il était à votre place, tenant le même rôle pour la béatification d’une autre religieuse française, la fondatrice des franciscaines missionnaires de Marie.
Volontiers, en mon nom et au nom des cardinaux Poupard et Tauran qui sont à mes cotés, je sacrifie au rite coutumier en vous invitant tous à lever votre verre (s’il n’est pas vide !) à la santé de Monsieur le Président de la République, de Monsieur de Premier Ministre et de toute la France.

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Rome 2 juin 2007
† Cardinal Roger Etchegaray


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