Vous êtes ici:

2 juin 2007 : Discours de Madame Christine Albanel

Triduum à Rome : 2-4 juin 2007

Discours de Madame Christine Albanel, Ministre de la Culture et de la Communication, Porte-Parole du Gouvernement

PDF - 52.3 ko
Télécharger le document au format acrobat reader

Je suis particulièrement heureuse et honorée de vous accueillir ce soir, à l’Ambassade France près le Saint-Siège, aux côtés de Monsieur Jean-Claude Gaudin, Vice-Président du Sénat, et de représenter demain le Gouvernement français à l’occasion de la Canonisation de Marie-Eugénie de Jésus, Anne-Eugénie Milleret de Brou, de son nom de famille. Une famille qui garde vive sa mémoire, et dont certains de ses membres sont parmi nous ce soir. Qu’ils soient les bienvenus !

Je veux en premier lieu remercier les Cardinaux français qui nous font l’honneur de leur présence : le Cardinal Roger Etchegaray, Vice-Doyen du Sacré Collège, que je sais toujours fidèle aux manifestations qui honorent notre Patrie ; le Cardinal Paul Poupard, Président du Conseil Pontifical pour la Culture depuis sa création en 1982 et qui assume aussi la charge très sensible et actuelle du dialogue interreligieux ; le Cardinal Jean-Louis Tauran, Archiviste et Bibliothécaire de la Sainte Eglise romaine, qui a, pendant treize ans, marqué d’une empreinte profonde la diplomatie vaticane.

Je tiens aussi à dire la gratitude du gouvernement français à tous ceux qui ont oeuvré à cette canonisation, attendue tout particulièrement par celles et ceux qui vivent de la spiritualité de Marie-Eugénie. Je pense aux responsables du diocèse de Paris qui soutiennent cette cause depuis 1932, année au cours de laquelle le procès canonique fut ouvert avec l’encouragement du cardinal Verdier. Je salue ici la présence de son successeur Mgr André Vingt-Trois, Archevêque de Paris, et de Mgr Frikart, Evêque auxiliaire émérite de Paris, ainsi que des membres du clergé diocésain.

Pour l’Eglise, la sainteté suppose une vie conforme à l’idéal évangélique, “l’héroïcité des vertus”, mais aussi l’avènement d’un miracle, d’une guérison inexpliquée. Sans commenter naturellement ce fait religieux, je veux saluer l’enfant qui a connu la guérison, Risa, qui est auprès de nous, accompagnée de ses parents, M. et Mme Rosendo Bondoc, et partager avec vous l’émotion de la vie retrouvée.
Enfin, je veux saluer la ténacité et l’efficacité de Mgr François Duthel, responsable de la section francophone de la Secrétairerie d’Etat, à qui le dossier de postulation, fut confié en 1996.

Le Gouvernement français se réjouit qu’avec Marie-Eugénie de Jésus, une française soit proposée à l’exemple de l’Eglise tout entière. Si nous sommes fiers de cette Sainte qui vient prendre place dans la longue liste des Saints et Bienheureux français, ce n’est pas par un chauvinisme de mauvais aloi, mais parce que la vie et les intuitions de Marie-Eugénie s’enracinent aussi dans notre histoire, dans un humanisme français qui aspire à l’universel.

Il ne m’appartient pas de retracer ici les étapes de sa vocation, ni les fondements de sa spiritualité, d’autres le feront demain avec compétence. Je souhaite simplement souligner deux éléments qui, dans ce parcours exemplaire, sont liés à des rencontres, rencontre avec le génie d’un siècle, rencontre avec des êtres d’exception.

Le génie d’un siècle, c’est celui de la France du début du XIXème siècle avec d’un côté, l’héritage des Lumières, qui pénètre alors en profondeur et durablement les esprits au-delà même des élites intellectuelles, et de l’autre, un questionnement métaphysique toujours vivace. Marie-Eugénie, élevée dans une famille aisée, aimante et cultivée, ouverte aux idées nouvelles, celles de Voltaire notamment, éprouve, le jour de sa première communion, à 12 ans, une expérience mystique forte qu’elle n’oubliera jamais. Il y a donc une tension, mais aussi une rencontre féconde entre Foi et Raison, sans laquelle il serait difficile de comprendre dans toute sa richesse l’oeuvre de Marie-Eugénie de Jésus, sa confiance dans les vertus de l’éducation et de l’intelligence, qu’elle a tant fait pour promouvoir à travers le monde. A deux siècles de distance, ce débat sur les rapports entre Foi et Raison est plus actuel que jamais et nous sommes particulièrement attentifs aux réflexions qu’il suscite de la part de Sa Sainteté Benoît XVI.

Autre moment essentiel, Marie-Eugénie fait la connaissance, à 19 ans, du Père Lacordaire qui prêchait les conférences de Carême à Notre Dame. C’est une autre expérience forte de sa vie puisqu’elle a dit « ma vocation date de Notre Dame ». Dès lors, elle n’a cessé de fréquenter ce milieu qu’en d’autres temps on aurait qualifié de progressiste, celui du catholicisme libéral, si typique des recherches françaises et qui reste encore difficilement compréhensible hors de nos frontières. Ses grands noms demeurent dans nos mémoires : Lacordaire, Lamennais, Montalembert et le journal « l’Avenir ». Prenant leurs distances avec cette part du catholicisme français qui rêvait de restauration, ils défendaient les libertés, liberté de conscience, liberté de la presse, d’association, d’enseignement. Ils étaient convaincus que l’engagement social des chrétiens avait tout à gagner à s’inscrire dans ce contexte de liberté, garanti par un Etat impartial. Cherchant à ranimer la présence du religieux dans une société transformée, leurs idées ne furent pas toujours comprises par l’Eglise. Mais elles resurgiront un demi-siècle plus tard. C’est dans ce contexte, presque conflictuel, que Marie-Eugénie prend la décision de fonder la congrégation des religieuses de l’Assomption, encouragée et accompagnée par l’abbé Combalot, qui souscrivait aux mêmes idées, et par le Père Emmanuel d’Alzon, fondateur des Assomptionnistes, avec qui, quarante années durant, elle entretiendra une fidèle amitié. Sans doute est-ce auprès d’eux qu’elle trouvera cette formule lapidaire pour critiquer ceux dont « le coeur ne bat pour rien de large ».

Et puis il y a justement le grand large, cette ouverture au monde qui fait que Marie-Eugénie aura senti la nécessité d’une extension missionnaire de sa congrégation en Europe, en Asie et aux Amériques. Si l’oeuvre d’évangélisation contemporaine de l’entreprise coloniale européenne n’a pas été exempte de violences, comme le soulignait le Pape Benoît XVI de retour du Brésil, elle est aussi allée de pair avec une oeuvre éducative qui, comme en Europe, a contribué à la formation de générations entières dans les pays concernés. Aujourd’hui, votre mission, mes soeurs, et vous aussi laïcs qui leur êtes associés, est présente dans 34 pays avec le concours de 1300 religieuses. Vous y partagez pleinement la vie des populations, à leur service, souvent dans des conditions difficiles. La canonisation de Marie-Eugénie de Jésus vaut aussi reconnaissance du dévouement de la grande famille de l’Assomption, des religieux dont je salue le Supérieur général, des oblates, des petites soeurs, des orantes.

Pour Marie-Eugénie, l’essentiel est d’oeuvrer à l’épanouissement de chacun. « Ce serait folie » disait-elle, « de ne pas être ce que l’on est avec le plus de plénitude possible ». Analyser la réalité, l’investir avec dynamisme et espérance, être pleinement conscient de ce que l’on est ! Quelle meilleure orientation pourrions-nous souhaiter pour les hommes et les femmes de notre temps, à la recherche d’un nouveau lien social dans un monde dont la course bouscule les repères anciens.

Permettez à la Représentante du Gouvernement français de souhaiter que l’exemple de Marie-Eugénie de Jésus rayonne bien au-delà des cercles catholiques et que son message de confiance dans les vertus de l’éducation, de la générosité et de l’ouverture à l’universel soit largement reçu. Que sa vie soit pour tous un appel à la réalisation de soi et au service des autres !

PDF - 52.3 ko
Télécharger le document au format acrobat reader

Eminences,
Excellences,
Chers amis,
Dans un instant, nous lèverons nos verres à la santé de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI et en l’honneur de celle qu’il canonisera demain, Marie Eugénie de Jésus, notre compatriote et toujours notre contemporaine.


Documents

Dans la même rubrique


Ajouter un commentaire



Informations légales

Ce site est édité par "Religieuses de l’Assomption" :

Ecusson
  • Religieuses de l’Assomption - 17, rue de l’Assomption 75016 Paris - France
  • Tél +33 (0) 1 46 47 84 56
  • Fax + 33 (0) 1 46 47 21 13

S'inscrire à l'info-lettre