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19 et 20 juillet 2013 : Immersion dans la vie monastique bouddhique

RIAD2013 - Thaïlande

J’évoque avec vous celui dans lequel je me suis rendu, Songdhammakalyani.
C’est le seul monastère uniquement féminin de Thaïlande. En effet, ceux d’entre nous qui se sont rendus à Pathom Asoke ont rencontré des moniales mais qui vivent avec des moines. Dans ce monastère, il y a une ratio, 4 moines pour une moniale à partir de 100 moines.
La communauté monastique de Songdhammakalyani compte 12 religieuses.

Le piège du langage

La tradition bouddhique distingue deux catégories de personnes : les laïcs et les prêtres. Les laïcs soutiennent matériellement les prêtres ; les prêtres soutiennent spirituellement les laïcs.

Contrairement à la tradition chrétienne, les prêtres bouddhistes correspondent à notre catégorie "vie religieuse". Rien à voir donc avec notre compréhension du sacerdoce chrétien. On tombe facilement dans ce piège du langage. En effet, les moines sont ordonnés. Dans un langage occidental, nous dirions consacrés. Ce piège des mots est source d’incompréhension. Il faut sortir de nos schémas occidentaux : un long travail ! Au long de nos échanges, nous nous sommes donc appropriés le langage bouddhique : prêtre (moine) = Bhikkhu ; femme prêtre (moniale) =bhikkhuni.

Deux "ordinations"

L’ordination "simple" correspond au noviciat. La "pleine" ordination correspond à une profession religieuse. Pas de profession perpétuelle dans le bouddhisme. On peut très bien recevoir la "pleine" ordination, partir un temps, et de nouveau recevoir l’ordination "simple", puis la "pleine".

La vénérable mère Dhammananda

C’est la mère abbesse du monastère. Une personne haute en couleur avec un sourire qui vous fait tout passer. C’est l’une des premières femmes thaïlandaises à avoir été "ordonnée" bhikkhuni. Elle a reçu son "ordination" au Sri Lanka. C’est sa mère qui fonda le monastère de Songdhammakalyani.
Dhammananda, avant sa consécration à 60 ans, fut professeur d’université et animatrice d’une émission de télé pendant quatre ans.
Elle nous accueille avec joie. Beaucoup d’occidentaux fréquentent son monastère pour des sessions d’initiation au bouddhisme.
Autant vous le dire tout de suite, elle est très féministe.

Une anecdote

Durant notre court séjour, elle m’a remis un tract d’une association féministe catholique militant pour l’ordination des femmes. Pourquoi pas ! Cependant, nous ne parlons pas de la même chose en matière d’ordination. L’ordination bouddhique correspond à la vie religieuse catholique (de manière simplifiée). Toutefois, Dhammananda aime jouer sur cette ambiguïté.
Dans leur bulletin de liaison d’avril-juin 2013, une caricature illustre un article sur l’élection du pape François.

Notre séjour

Après une courte présentation de leur vie et de leurs œuvres, nous partons prendre le déjeuner.
Les moniales sont alignées les unes à côté des autres. La mère abbesse déjeune sur une table à part. Il est de tradition que les laïcs présents leur donne la nourriture qu’elles mangeront. Nous nous prêtons volontiers à l’exercice. Après une courte litanie, nous commençons le repas.
Après le repas, une des bhikkhuni nous emmène dans un centre de pèlerinage à stupatrois kilomètres. Énorme. On nous apprend que le bouddhisme thaïlandais est mêlé de religiosité populaire, de brahmaniste et hindouisme. Nous rencontrons des statues de Ganesh, le dieu éléphant, ou encore Brahma le dieu démiurge hindou.

Le sanctuaire est magnifique, ouvrez vos yeux !

Le soir, après un repas nous étant exclusivement réservé (les moniales ne mangent que deux fois par jour), nous rejoignons le temple pour le « chanting ». C’est un temps commun aux moniales où elles invoquent les premières et dernières paroles de Bouddha et plusieurs invocations (pour le contrôle de soi, la bienveillance, etc). Ces « chanting » ont lieu deux fois par jour pendant une quarantaine de minutes. Ensuite, la mère abbesse commente un passage de la vie de Bouddha.
Dans le temple, une multitude de Bouddha trône. Ce n’est pas pour faire une collection. Chaque Bouddha représente une attitude propre du Bouddha (joie, guérison, repos, etc).

Le Bouddha Bleu

Dans un autre temple, le Bouddha bleu, révélé à Dhammananda durant une médiation. C’est le seul Bouddha bleu de Thaïlande, le Bouddha guérisseur.

Un temps de médiation

Le lendemain, le groupe du monastère d’Asoke nous rejoint pour un temps de médiation. Le but, que le corps et l’esprit fassent un. Dhammananda nous dit que cette médiation est une technique, pas besoin d’adhérer au bouddhisme pour la pratiquer. D’ailleurs, nous demandant de nous mettre en position du « lotus » (très compliqué pour un occidental, nos frères et sœurs asiatiques étaient plus à l’aise), elle guide notre respiration en nous disant d’invoquer Jésus (inspiration) Christ (expiration).

Un temps d’échange

Suite à cet exercice plus ou moins réussi pour certains, nous nous dirigeons dans la salle d’accueil. Dhammananda revient sur son parcours puis répond à nos questions. Elle nous dit que le matérialisme et le consumérisme rendent difficiles la transmission de la tradition bouddhique. Elle évoque ensuite Ananda, le cousin du Bouddha, qui est très vénéré au monastère pour deux raisons. La première, c’est que sa mémoire phénoménale lui a permis de garder l’enseignement du Bouddha. La deuxième, c’est qu’il a « ordonné des femmes prêtres ». A la question d’un d’entre nous concernant l’attrait du bouddhisme en occident (plusieurs raisons : le bouddhisme est athée ; c’est avant tout une quête individuelle ; relation avec la nature), elle nous répond qu’elle conseille aux occidentaux qui veulent rejoindre le bouddhisme d’approfondir, voir de découvrir vraiment leur propre religion.

Un profond respect du christianisme

Ce qui me touche, c’est sa grande connaissance du christianisme. Dhammananda a pris à plusieurs reprises des exemples de la vie de Bouddha en les mettant en perspective avec les évangiles.

Que retenir ?

C’est une expérience assez déstabilisante parce que tout nous est inconnu. Difficile, durant deux jours, de s’imprégner d’une culture, d’une tradition religieuse autre. Comment découvrir le bouddhisme quand le langage est un piège, quand on passe son temps à faire des comparaisons avec ce que nous connaissons. Nous restons sur le seuil mais la porte est ouverte. Il nous faut accepter de rencontrer l’autre pour ce qu’il est ; là est le commencement du dialogue. Cela tombe bien, c’est ceux pourquoi j’ai fait plusieurs milliers de kilomètres.
Avec la grâce de l’Esprit Saint, le Christ se manifeste à moi. Saurais-je le reconnaître ? Où est-il Notre Seigneur dans cet espace inconnu ? Tout ce que je sais, dans la foi, c’est qu’il est à l’œuvre dans cette tradition.

Fr. Geoffrey-Kamen Defebvre, A.A

(Source : www.assomption.org)


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