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18e dimanche du temps ordinaire - Sr Sophie Ramond

Année liturgique 2018-2019 [C]

La première lecture de ce jour et l’évangile parlent d’argent et en particulier d’héritage. Voilà bien une question délicate, qui touche au rapport à l’argent mais aussi à la famille, à l’autre et à ce qui donne poids à nos existences. Qohélet avertit sans ambages que l’argent gagné avec peine reviendra, au jour de la mort, à quelqu’un qui n’aura pas peiné pour l’obtenir. Cette réalité est dénoncée comme absurde, comme vanité. Est-ce, pourtant, un si grand mal ? La suite du texte précise, cependant, ce qui est véritablement visé : le souci que l’on pourrait avoir à gagner de l’argent en oubliant même que la mort, qui scelle toute destinée, le marquera du sceau de l’absurdité. À quoi bon, en effet, avoir thésauriser sa vie entière, perdu le repos du cœur pour s’assurer des richesses, quand elles n’auront servi à rien. Ce n’est pas que l’argent soit mauvais en soi ; ce que Qohélet dénonce comme inconsistant et aberrant, c’est l’accumulation de la richesse au-delà de ce qui est suffisant, la peine prise à gagner de l’argent au-delà du nécessaire, les biens amoncelés sans être distribués à qui en aurait besoin. Ce qui encore est dénoncé, c’est ce à quoi nous choisissons de donner de l’importance et de la valeur dans nos existences. Car toutes les activités, tous les rêves, tous les projets humains sont provisoires, éphémères… C’est ce que pointe encore le psaume en soulignant la caducité de toute vie humaine.

L’évangile traite de la même question, mais sous l’angle des rapports humains pervertis par le désir de l’argent : "Maître, dis à mon frère de partager avec moi notre héritage". La parabole que Jésus utilise dans sa réponse se situe sur le même registre que la sagesse désabusée du Qohélet : "Et ce que tu auras accumulé, qui l’aura ?" Il met en garde ses disciples contre le désir insatiable d’avoir toujours plus. La parabole, qui illustre cet avertissement, s’adresse dans sa conclusion à celui qui égoïstement amasse pour lui-même, "au lieu d’être riche en vue de Dieu". Qu’est-ce que s’enrichir en vue de Dieu ? Probablement ne pas accumuler des richesses matérielles dans le but de parer l’inquiétude du lendemain, ne pas vivre replié sur soi-même. Mais la lettre aux Colossiens fournit encore une réponse à cette question. Elle enseigne que baptisés, nous sommes morts à nos fausses sécurités d’hier et d’aujourd’hui. Nous devons nous en dégager, parce que le Christ est notre vie. Nous sommes désormais orientés vers "les réalités d’en haut". Voilà en quoi notre cœur doit chercher son repos. "Nous sommes ressuscités" : le verbe est au passé ; c’est chose faite ! Mais, dans le quotidien, nous voyons mal les effets de cette nouveauté encore « cachée » dans le secret de Dieu et nous courrons alors le risque de chercher le repos en des réalités éphémères. Viendra toutefois le jour de la manifestation du Christ et, en belle et pleine lumière, la révélation de notre être profond.

Bien des choses s’inversent – ou devraient s’inverser - dans notre vie, dès que nous acceptons de suivre Jésus Christ : gagner et perdre, tenir et lâcher, posséder et attendre... Tout cela change de sens quand Jésus devient le pôle d’une existence. Et c’est cela dont il nous faut prendre la mesure… Les plus belles initiatives, les réalisations les mieux réussies, les projets les plus audacieux…, tout cela pâlit en comparaison de la connaissance de Jésus, tout cela s’efface devant l’expérience vivante de Jésus-Christ et le don de la vie nouvelle qui nous est promis et surtout déjà donné.

Sophie Ramond, ra
Paris

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