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13e dimanche du temps ordinaire - Sr Sophie Ramond

Année liturgique 2017-2018 [B]

Il est bon d’entendre en ce dimanche, les affirmations du livre de la Sagesse de Salomon. Elles dévoilent le dessein de Dieu sur la création et sur l’être humain en relisant, de façon tout à fait originale, les premiers chapitres du livre de la Genèse. La conviction d’abord énoncée est que la mort ne relève pas du vouloir de Dieu. La finalité de l’acte de création est de poser toute réalité dans l’être : "ce qui naît dans le monde est porteur de vie". L’auteur de la Sagesse ne se contente pas d’une définition par la négative, selon laquelle le projet de Dieu n’incluerait pas la mort ; il ajoute que la vie éternelle propre à Dieu est donnée à l’homme : celui-ci a été créé incorruptible. Qu’est-ce alors qui menace ce don si grand, si incroyable de la vie divine, de la vie éternelle, donnée en partage ? Le choix de ceux qui prennent le parti du diable. La lecture de la Genèse se fait ici symbolique : le serpent cesse d’être une figure familière de l’univers animalier pour signifier la puissance spirituelle et malfaisante appelée diable. L’affirmation essentielle demeure, toutefois, que la mort fait son entrée, pourrait-on dire, comme une intruse ; elle n’est pas voulue dans le plan créateur.
Sortis de son contexte littéraire cet extrait de la Sagesse perd un peu de son sens. Car l’auteur du livre conteste, en fait, la déclaration de ceux qui jugent que la mort physique est le terme ultime de toute existence. Ces derniers tentent alors de masquer la réalité inévitable de la mort par leurs choix de vie. Le jugement erroné de ces individus ne peut engendrer l’espérance d’un au-delà : pour eux la condition humaine mortelle n’est pas ouverte à la réalité divine mais s’enfonce d’elle-même dans la mort. Si, dans la perspective de l’auteur, la mort physique est au contraire un passage, ce qu’il faut craindre c’est la mort définitive. C’est cette mort qui n’est pas voulue par Dieu et qui est le résultat du libre choix de ceux qui prennent le parti du diable. Le livre de la Sagesse nous convie au fond à admettre qu’exister c’est aller vers la mort et que l’appréciation de la mortalité reflue sur la vie présente et lui donne une valeur concordante. La conviction qu’il communique est que toute vie, bien que fragile, ne s’épuise pas dans le néant.
Karl Rahner écrivait : "l’Écriture - c’est là son grand optimisme- ne connaît aucune vie si banale qu’elle ne vaudrait la peine de devenir définitive. L’Écriture ne connaît pas d’hommes qui seraient de trop. Étant donné que Dieu nomme chacun par son nom, que tout homme dans le cours du temps se tient devant le Dieu qui est jugement et salut, tout homme est un être d’éternité…" [1].

Jésus annonce et défend ce poids, cette valeur, de toute existence humaine. Les deux gestes qu’il pose dans l’évangile de ce dimanche ont trait au soin de la vie : la jeune fille est la descendance de Jaïre, sa postérité ; la femme souffre d’une perte de sang et le sang, dans la Bible, c’est la vie. Ainsi les gestes de Jésus disent que toute vie a du prix à ses yeux et mérite qu’on en prenne soin. Ils ne procurent pas seulement un soulagement physique. Ils sont accompagnés d’une guérison plus profonde de la personne. Car ils suscitent la confiance en Dieu, arrachent de l’isolement et ravivent la foi. "Ma fille, ta foi t’a sauvée. Va en paix et sois guérie de ton mal" ; "ne crains pas, crois seulement", tels sont les mots de Jésus qui disent que la foi est partie intégrante de la guérison. Jésus réveille donc la foi en la bonté de Dieu. Il ne présente jamais ces guérisons comme un moyen facile de supprimer la souffrance du monde, mais comme des signes qui indiquent ce que Dieu veut pour l’humanité. Parce qu’il ne pouvait tout transformer sans abolir la condition humaine, Jésus propose quelques indices d’un monde autre et il se retire. Mais il nous laisse de prendre soin de l’existence les uns des autres et nous appelle à croire que la vie déjà donnée excède la vie présente.
En somme, les textes du jour nous convoquent à donner du poids à nos existences, à assumer la responsabilité d’être sous le mode d’une vie que nous voudrions telle à jamais. Ils obligent à penser une juste responsabilité des actes et des choix propres, à peser intérieurement le poids des motivations qui conduisent nos existences et l’urgence d’assumer que nous aurons chacun à répondre de nos vie telle que nous les menons et les mèneront jusqu’à leur terme.

Sr Sophie Ramond, ra
Paris - France Notre Dame


[1K. Rahner, Traité fondamental de la foi, Paris, Centurion, 1983, p. 479.


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