12e dimanche - Sr Bénédicte Rollin

Ordinaire
L’épisode que nous rapporte l’évangile d’aujourd’hui est au centre littéraire et théologique de chacun des évangiles synoptiques. C’est le moment où les disciples par la voix de Pierre reconnaissent pour la première fois la messianité de Jésus. C’est aussi le moment où Jésus commence à parler ouvertement de sa passion et de sa résurrection. Matthieu et Marc situent ce dialogue à Césarée de Philippes, où Jésus s’est retiré avec ses disciples ; c’est pourquoi on parle souvent de la « confession de Césarée ».
 
Luc ne s’intéresse guère au lieu. La transition entre le récit précédent (la multiplication des pains) et celui-ci se fait en quelques mots qui nous indiquent un contexte autre que géographique : « Or, comme il était en prière à l’écart… » Jésus prie ; Luc le note souvent dans des moments particulièrement importants comme, par exemple, le baptême et la transfiguration, ou bien au ch.11, où les disciples, qui ont observé Jésus, lui demandent de leur apprendre eux aussi à prier. Voici donc un premier point sur lequel nous pouvons comme eux arrêter notre regard et notre attention : Jésus parle avec le Père. De quoi ? Est-il en train de prier pour que la Foi soit donnée aux disciples – « j’ai prié pour toi afin que ta Foi ne défaille pas » dira-t-il plus tard à Pierre (22,32) ? Est-il en train d’accueillir du Père l’appel à « beaucoup souffrir, être rejeté, mis à mort et le troisième jour ressusciter » (v.22) ? Avant de demander aux disciples : « qui suis-je au dire des foules… et pour vous ? » demande-t-il au Père : « qui suis-je pour Toi ? »
 
Le second moment du texte porte sur cette question, qui nous est posée à nous aussi : qui est Jésus ? Qui est-Il, non pas seulement pour l’opinion publique, non pas seulement pour l’Eglise, mais qui est-Il pour nous, pour moi aujourd’hui ? La réponse à cette question ne peut être théorique. Elle est un engagement dans une relation vivante qui permet à Jésus de se révéler à nous davantage encore.
 
Il faut alors écouter cette révélation, ce partage de Jésus, même s’il nous heurte : « Il faut que le Fils de l’Homme souffre beaucoup… » Ce « il faut » tient une place importante dans la conscience de Jésus selon Luc. Ses premiers mots dans l’évangile ne sont-ils pas : « ne faut-il pas que je sois aux affaires de mon Père ? » et parmi ses derniers : « ne fallait-il pas que le Messie souffrît cela pour entrer dans sa gloire ? » Il faut entendre ces mots non comme l’aveu d’une contrainte subie, mais comme l’expression du « grand désir » (22,14), du « feu » (12,49) qui brûle au cœur de Jésus et de sa relation d’obéissance confiante au Père.
 
Luc omet ici la réaction outragée de Pierre que nous rapportent Mt et Mc, comme s’il nous invitait à accueillir d’emblée avec Jésus, par la Foi, le mystère de la Croix. Et il reste alors dans le dernier moment du texte à entrer, comme Jésus, dans le « il faut » de l’amour. Si tu suis Jésus, il te faut à toi aussi perdre ta vie pour la sauver. Il te faut prendre ta croix. Ces mots sont durs, mais ne perdons pas de vue l’essentiel qui est dit entre eux : « venir à ma suite…à cause de moi… » C’est l’attachement à Jésus qui est premier, c’est le désir de Le suivre, c’est l’entrée dans sa relation d’amour au Père. Il vaut alors la peine, pour terminer la méditation de ce texte, de poursuivre le récit de Luc et de nous laisser inviter, sur la montagne de la Transfiguration, à contempler la gloire de Jésus et à entendre le Père nous dire : « Celui-ci est mon Fils, celui que j’ai élu, écoutez-le ! ».
 
Soeur Bénédicte Rollin, ra
Vilnius - Europe du Nord

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