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12 Répondre à la prodigalité par la joie

Dans la joie


L’Incarnation, c’est la plus grande prodigalité qui ait jamais été déployée sur la race humaine et sur chaque personne en par-ticulier. Il faut que l’Eglise célèbre, dans l’obscurité de cette nuit, dans ce monde d’angoisse et de mort, la naissance éternelle de la joie. Quelles que soient les circonstances, Il est là. L’Eglise prie : "Si je traverse les ravins de la Mort je ne crains aucun mal, car tu es avec moi". Il faut qu’elle vive la joie de l’Emmanuel.


Si nous sommes de vrais chrétiens, notre cœur doit être rempli du Christ et donc de JOIE. La joie, c’est une expérience de plénitude. C’est une exultation de tout l’être, un "sentiment" d’accomplissement et de promesse. C’est ce que Dieu veut nous donner dans le Christ. Cette joie, nous célébrons son éclosion le jour de Noël et notre joie est la seule réponse qui convienne à un si grand don.


Notre joie semble fragile, fugace. Nous constatons que nos moments de joie vont et viennent ; nous sommes victimes de nos humeurs. De plus la joie ne se commande pas ; il n’y a rien de pire que le sourire forcé, la jovialité qui masque les vrais sentiments du cœur.


Pour quelles raisons la joie ne domine-t-elle pas toujours en nous ? Peut-être notre idée de Dieu est trop mesquine, trop petite. Celui qui frappe à notre porte est la joie débordante : Il est Vie sans limite et Amour infini. C’est trop. Nous ne l’accueillons pas ; nous ne croyons pas qu’il est là pour nous ; nous ne nous ouvrons pas à un Dieu si grand. Nous lui cédons un peu de place, centimètre par centimètre... Au fond, nous essayons de réduire le don de Dieu à notre taille, à ce que nous savons comprendre, manipuler, assimiler. Notre désir est très limité. Le désir infini qui nous habite, nous le laissons se fragmenter en "mille petits désirs" qui se rouillent vite. Ceux qui nous semblaient si importants un jour, ne le sont plus le jour suivant ; ou bien, réalisés, ils ne nous satisfont point ; nous les entassons comme de vieux jouets dans un placard et en cherchons d’autres.


Par contre, les problèmes du monde sont magnifiés, nous semblent insurmontables. Devant tant de maux, de douleurs, de faims, de guerres, nous ne pouvons pas imaginer que ce monde pourrait être le lieu de la Rédemption, que l’Amour de Dieu est répandu jusqu’aux confins de la terre. Au lieu d’aimer ceux qui souffrent et de faire quelque chose, nous nous angoissons, nous nous lamentons. Nous oublions que les problèmes, les événements, les questions de la vie ne sont pas à notre mesure mais à SA mesure. C’est LUI le Seigneur de l’Histoire. "Dieu règne, exulte la terre"


En même temps, peut-être que notre idée de nous-mêmes est trop grande. Secrètement, nous pensons que nous savons ce qui est bon pour nous-mêmes et pour le monde, comment Dieu doit nous sauver. Nous refusons les autres, l’Eglise, que sais-je, nos situations et nous-mêmes, tels qu’ils sont. Nous rêvons que s’ils étaient autres, nous serions heureux. Nous ne comprenons vraiment pas pourquoi Dieu ne fait pas les choses comme nous croyons qu’Il doit les faire. Il nous est plus facile de douter de Dieu, de son existence, que de nous reconnaître créatures un peu dépassées par les événements.


Peut-être nous manque-t-il le simple courage de vivre, d’accueillir notre existence dans toute son épaisseur, les circonstances, les personnes, les réussites et les échecs - dans toute leur épaisseur et avec tous les creux, absences, ennuis, silences, vides, morts. Nous avons peur. Nous nous tenons pour ainsi dire, derrière la porte de notre propre vie, pour pouvoir fermer vite si cela devient "dangereux". Il nous manque le courage de cueillir le bonheur dans les ronces, de regarder la beauté dans la douleur. Que la souffrance et la joie puissent cohabiter, ne nous plaît pas tellement. En fin de compte, grandes personnes que nous sommes, nous ne sommes pas trop intelligents, ni trop forts. Petits, pauvres, notre fidélité n’est pas mûre, notre espérance est hésitante. Nous ne sommes pas mieux que les Apôtres et il leur a fallu un long chemin pour reconnaître la joie dans la pauvreté, la dépendance et la petitesse, pour reconnaître l’harmonie parfaite entre la bassesse et la gloire du Fils de l’Homme nouveau-né.


Clare Teresa 1983

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