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05 Quand finira la nuit ?

De nuit


Il faut bien le dire, nous travaillons de nuit comme les bergers de Bethléem. Il fait nuit sur le monde, l’humanité dans laquelle nous vivons est lasse et blessée, déçue et frustrée. Un sentiment général de désarroi se dégage, résultant de la prise de conscience des forces inquiétantes et opposées qui s’affrontent dans l’arène du monde. Les changements brutaux dans l’équilibre de notre univers, dans les rythmes de vie, créent un sentiment d’insécurité et de peur.


Nous sommes frappés par la dépendance croissante et humiliante des pays en voie de développement, une dépendance qui les empêche de libérer leur peuple et d’émerger parmi les nations ; mais le bonheur est loin d’exister dans les cultures dominantes où la violence, la peur, la haine, la tristesse rongent l’homme - tout un monde complexe traversé par des courants puissants sur lesquels nous avons peu de prise. Il fait nuit sur le monde, il fait nuit en chacun de nous, plus ou moins. Et nous ne sommes pas à la fin de la nuit, mais au milieu. Nous ne pouvons pas nous dérober. Nous sommes des veilleurs dans la nuit. Nous sommes chargés de répondre à la question des hommes : "Quand finira la nuit ?".


Pourtant, tout à coup, la "Gloire du Seigneur enveloppa les bergers de sa clarté" (Lc 2, 9,14 ) l’armée céleste en masse chantait les louanges de Dieu et disait : "Gloire à Dieu au plus haut des Cieux." La nuit est traversée soudain par la lumière et la louange. L’homme n’est pas fait pour la nuit. Nous sommes invités à quitter les lambeaux de nuit dont nous nous enveloppons. Il me semble que, dans ce monde d’aujourd’hui, nous est lancé un défi : celui de répandre l’adoration et l’espérance dans la nuit, de traverser la nuit par la louange, de déchirer la nuit par l’action de grâce. Et comment ? Comment les bergers sont-ils passés de la nuit à la joie ? ou plutôt, comment, toujours de nuit, vont-ils répandre la paix et la louange parmi leurs frères ?


Ils croient à ce Dieu qui a pour tout bagage une Parole de tendresse, une Parole de faiblesse. Ils croient à l’annonce des Anges : "Paix sur terre et sa bienveillance aux hommes." (Lc 2,14b) La bienveillance de Dieu les a rejoints là, au creux de la nuit ; comme le dit Paul (Eph. 1, 9-10) L’homme est l’objet de la bienveillance de Dieu en Jésus. Notre foi est passée au crible en ces temps difficiles, en cette nuit du monde ; et pourtant c’est notre foi qui traversera la nuit. Savons-nous voir qu’au milieu de ces ténèbres naît l’Homme Nouveau, naît l’humanité Nouvelle ?


Au milieu de ma nuit, je crois à une naissance, la sienne, la mienne, celle de l’humanité. Est-ce que je sais la reconnaître sous les signes les plus humbles et déconcertants ? Lorsque je saigne, lorsque je perds ma sève, je crois que la bienveillance de Dieu est mystérieusement cachée ; lorsque je pleure avec mes, frères, je crois que Jésus est venu nous rejoindre ; lorsque, repliée sur moi, j’étouffe dans les enfers de mon cœur, je crois en mon Sauveur ; lorsque l’obéissance fait crier tout mon être, je crois que Dieu me refait un homme nouveau en Lui ; lorsque la solitude m’étreint à travers ma chasteté, je crois que mon Bien-aimé Seigneur est là, de l’autre côté du grillage ; lorsque la pauvreté me dénude, je crois à l’été de Dieu qui germe et qui vient ; lorsque j’ai simplement peur, je prie car la prière est l’acte de Foi qui exorcise mes fantasmes. Dans cette nuit, je me laisse habiter par la lumière, je fais jour. Je résiste au sommeil, je veille, car je sais que le Seigneur ne viendra pas au bout de la nuit, mais c’est en plein cœur de celle-ci qu’il vient à ma rencontre. Ce qui est important, c’est de ne pas fixer les ténèbres, mais d’attendre une naissance.


Hélène-Marie 1978

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