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Vie cachée de notre Seigneur à Nazareth, modèle de la vie religieuse

Ses écrits

Mes chères filles,

Nous venons, pendant tout ce temps consacré à l’Enfance de notre Seigneur, de méditer les mystères de la sainte Enfance. Il est assez d’usage de les méditer jusqu’à la Purification, puisque cette fête est destinée à honorer le quarantième jour, où le Sauveur fut présenté au Temple. Cependant, dès à présent, les évangiles ne sont plus ceux de l’Enfance. Nous avons vu successivement notre Seigneur au milieu des docteurs, puis aux noces de Cana.

Je crois que ce temps est très favorable pour méditer particulièrement la vie cachée de notre Seigneur à Nazareth. Cette vie d’obéissance, de silence, d’humilité, de pauvreté, qui a rempli la plus grande partie des années de notre Seigneur, est le véritable modèle de la vie religieuse. À l’exception de quelques Ordres austères qui s’appliquent à reproduire la vie de notre Seigneur au désert, où il ne mangeait ni ne buvait, et où il était dans une solitude complète, presque tous les Ordres religieux sont consacrés précisément à cette vie dont il est dit dans l’Évangile : L’enfant croissait en âge, en sagesse et en grâce devant Dieu et devant les hommes. Les âmes religieuses doivent grandir en vertu ; et c’est à Nazareth qu’elles apprendront comment accomplir ce travail de tous les jours.

À côté du travail matériel, auquel Jésus daignait se soumettre pour obéir à la loi imposée aux hommes au paradis terrestre, il y avait également pour lui, dans le sens que je vais dire, un progrès successif dans toutes les vertus. À mesure que Jésus avançait en âge, il daignait manifester davantage, dans son humanité, les perfections de sa divinité. Il suivait une loi, la loi de l’enfance. Ayant voulu se faire petit, silencieux, souffrir tous les abaissements de cet état, il ne manifestait que graduellement ses perfections et ses vertus. C’est en ce sens qu’on pouvait dire de lui qu’il croissait en âge, en sagesse et en grâce.

Pour nous, le progrès implique le travail. Il est vrai que notre Seigneur habite en nous par la grâce. Sa vie doit se manifester davantage en nous de jour en jour. C’est dans ce sens-là qu’il faut travailler. Nous apprendrons à le faire aux pieds de Jésus, de Marie et de Joseph. Les grandes leçons se prennent là, dans cette humble maison où le Sauveur des hommes et la Reine du ciel étaient réduits à la plus grande pauvreté ; où ils vivaient dans un continuel esprit de prière, dans le silence et le sacrifice, dans la séparation de tout ce que les hommes recherchent et dans l’union à tout ce que le ciel peut donner.

Je vous engage, avant d’arriver aux mystères de la Passion que l’on médite ordinairement pendant le Carême, à prendre année par année, jour par jour, ou bien pratique par pratique, toute la vie cachée de notre Seigneur Jésus-Christ, dans laquelle est renfermée la nôtre. Il faut que, comme Jésus à Nazareth, nous soyons effacées devant les hommes, pauvres, obéissantes.

Il faut que nous nous tenions dans la prière, dans l’adoration, dans la charité parfaite envers le prochain, avançant tous les jours, faisant tous les jours quelques progrès, comme ce saint qui avait fait le voeu d’avancer journellement dans la vertu.

C’est admirable de pouvoir faire un pareil voeu ! Je ne désire cependant pas que vous le fassiez, mais je vous engage à prendre cette résolution et à vous dire : "D’ici à ma mort, je tâcherai chaque jour de faire quelque progrès dans la perfection." Ce n’est pas aussi difficile que cela paraît d’abord. Nous avons tous une multitude d’imperfections : eh bien, il faut se proposer de se défaire chaque jour d’une petite parcelle d’une de ces imperfections, de sorte qu’à la fin de l’année on puisse se dire : "J’étais impatiente, j’étais brusque, dissipée, je le suis un peu moins. Je supportais mal les contradictions, je n’aimais pas à être humiliée, maintenant je suis quelque peu corrigée." C’est dans ce sens-là qu’on peut faire tous les jours quelque progrès. Ceci n’est pourtant que le côté négatif de la perfection. Il y a aussi le côté positif. À chaque péché correspond une vertu. Ce n’est pas assez d’avoir ôté l’imperfection, il faut à sa place établir la vertu contraire. Il faut se dire souvent :" Je dois devenir plus douce, plus humble, plus pauvre, plus patiente ; mon obéissance doit grandir en fidélité, en promptitude."

À l’école de notre Seigneur Jésus-Christ, aux pieds de la sainte Famille, les défauts sont exclus ainsi que les imperfections : tout ce qui déplaît à Dieu est banni de la maison de Nazareth. La Sainte Vierge n’est jamais tombée dans le plus léger péché véniel. Saint Joseph, qui n’avait pas eu les mêmes faveurs que Marie, a pu y tomber, mais au moins sans intention, et il s’en est relevé tout de suite. À leur école, on peut apprendre à éviter toute espèce de fautes et à pratiquer les vertus les plus admirables.

Dans un espace qui tiendrait deux ou trois fois dans ce parloir, Jésus, Marie et Joseph vivaient continuellement ensemble. En cela ils sont pour nous le modèle de la vie commune. Si deux ou trois d’entre vous vivaient ensemble dans un aussi petit espace, elles auraient pas mal de vertus à pratiquer.

La perfection dans les rapports mutuels est encore un point où il faut faire des progrès, à l’imitation de la sainte Famille. Cette perfection avait sa source dans la prière continuelle, dans l’humilité, dans le silence. Voilà encore une des vertus qu’il faut apprendre de la sainte Famille : le silence. Je ne veux pas dire que vous ne deviez pas parler aux récréations. Il faut demander à Jésus, à Marie et à Joseph de vous enseigner l’usage que vous devez faire de la parole quand c’est l’heure de parler, et comment garder le silence qu’il faut observer dans les autres moments de la journée.

On serait infini si l’on voulait prendre une à une toutes les vertus qui resplendissent dans la vie cachée de notre Seigneur. Je les laisse à vos méditations. Je pense que connaître cette maison de Nazareth, y entrer souvent par le coeur et par l’esprit, s’en faire une peinture très vive dans l’âme, se représenter tout ce qui se passait là, c’est déjà avoir trouvé un sanctuaire où l’on se réfugie pour apprendre les leçons des trente années de la vie cachée de notre Seigneur, tandis que c’est en trois ans que sont renfermées les leçons de la vie publique, et en vingt-quatre heures, celles de la Passion. C’est donc à cette méditation que je vous convie d’ici au Carême.

Sainte Marie-Eugénie de Jésus
Fondatrice des Religieuses de l’Assomption
Instruction de chapitre du 27 janvier 1878

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