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Témoignage de Laure

2008
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Sr Laure

Je suis arrivée à la RIAD avec des questions, des préoccupations, des concerns, comme on dit en anglais, sur le dialogue avec l’Islam. J’avais en tête les difficultés liées au contexte français : une situation sociale et familiale difficile (français non maitrisé par les parents, le tiraillement entre deux cultures...), le racisme ambiant de la société française (délit de nom et de faciès pour trouver un logement, un travail), les images quotidiennes transmises par les média sur des pays musulmans, sur des groupes, des actes terroristes... J’avais aussi des interrogations sur les pratiques et attitudes de certains musulmans : les femmes qui décident librement de porter le voile, une manière de se penser comme musulman, de se donner une identité, manière rencontrée parmi certains élèves.

La RIAD m’a apportée des éclaircissements, des points de repères, mais la chose la plus importante pour moi est que cette session a réellement été un temps fort pour ma foi, elle a rejoins ce que je pressentais d’essentiel après ces années de vie religieuse, de vie chrétienne tout simplement. Quel est le rôle fondamental du chrétien ? Cette session a été aussi l’occasion d’une nouvelle conversion, puisque se tourner vers son frère, sa sœur, c’est se tourner vers Dieu, et réciproquement.

Le Père Jean Marie Gaudeul1 a été notre guide tout au long de ce chemin fait de rencontres avec des musulmans anglais (originaires d’Ethiopie ou du Moyen Orient), des communautés de l’une ou l’autre mosquée de Londres, de chrétiens (catholiques ou anglicans) anglais ou français. Pendant ces 10 jours de session, il était celui qui relisait, qui reliait et analysait les éléments-opinions rencontrées, qui donnait d’autres éléments pour comprendre, aller plus loin.

Ce que je retiens de cette Rencontre peut se décliner en 5 points :
. A la rencontre de l’autre,
. Quelles images l’Islam a-t-il de lui-même ?
. Textes et actes officiels de Rome,
. Chrétiens-Musulmans, notre vie ensemble. Quel est notre rôle de chrétien ?
. Une conversion toujours à renouveler.

- 1.La rencontre de l’autre
Tout d’abord, lorsque nous rencontrons une personne, ce n’est ni l’Islam que nous rencontrons, ni un ou une musulmane, nous rencontrons avant tout une personne humaine avec sa vie, son histoire, son mystère, qui l’ont façonnée.
Ne pas exiger dans l’autre, l’autre religion, l’autre personne, ce qui n’existe pas chez nous :
L’Islam n’est pas monolithique, il est traversé par de multiples tendances, opinions, tout comme notre Eglise peut souffrir ou s’enrichir des sensibilités diverses qui la traverse (traditionnelles, charismatiques, communautés nouvelles, ...). De plus, chaque être humain possède un ensemble d’idées elles même variées : plutôt rigoristes dans tel domaine, plus souples dans tel autre... Donc ne pas cataloguer la personne rencontrée, l’étiqueter, ne pas vouloir simplifier sa complexité.

- 2.l’Islam, quelles images ?

L’Islam et la modernité :
Une donnée importante : aujourd’hui, plus de la moitié des musulmans vivent dans un contexte où ils sont minoritaires : l’autre, se rend présent 24h sur 24 par ses institutions, ses valeurs -ou contres valeurs, sa tenue vestimentaire.
L’Islam doit affronter la modernité : cet espace où la liberté de conscience doit se frayer un chemin à travers le foisonnement de références possibles, le fameux supermarché des valeurs, des religions .... Pour les musulmans qui ont quitté leur terre natale, un difficile travail doit se faire : qu’est-ce qui dans la manière de vivre tient de la culture, de la tradition locale et qu’est-ce qui est de la religion ? Comment vivre totalement Français/e et totalement musulman/e ? (voilà la délicate question de l’inculturation que l’Eglise Catholique a eu (a ?) tant de mal à vivre...)
Nous le savons bien, les manières de vivre l’Islam sont différentes d’un pays à l’autre, d’où des difficultés rencontrées par les communautés musulmanes pluri-nationales en Europe notamment : admettre que chacun a une manière orthodoxe de vivre L’Islam.
Actuellement, un fort courant traverse l’Islam. Est-il nouveau ? Quoiqu’il en soit, il trouve un fort écho dans nos sociétés post-modernes ; puisqu’il n’y a pas d’autorité unique, centrale, en Islam, il y a le Coran et chacun a autorité pour l’interpréter. Personne n’a le droit de me dire comment il faut l’interpréter. Des intellectuels l’interprètent2, tout comme un chef terroriste, un responsable politique ou un simple croyant dans un village, qui se proclame Imam.

L’Islam et l’Histoire :
Comme dans de nombreuses régions du globe, la colonisation reste marquante dans les esprits. Elle est accusée facilement de nombreux maux : perte des valeurs, sous développement des infra structures du pays ... et tentatives de néo-colonialisme face à l’attrait des ressources primaires. Les occidentaux (historiquement chrétiens) sont les autres qui empêchent les pays musulmans de se développer honnêtement, qui maintiennent les populations musulmanes issues de l’immigration dans les classes sociales défavorisées, les plus sujettes au chômage (extrait du prêche entendu à la Gde Mosquée de Londres, le vendredi) et certaines déclarations du président Bush confirment une guerre de l’occident chrétien contre des puissances musulmanes. L’esprit de corps étant très fort dans l’Islam, ces considérations (le conflit Israélo-palestinien en première position), ne font qu’accentuer une solidarité pour ces peuples frères brutalisés injustement par les nations Occidentales. Et les musulmans vivant en Occident se trouvent coincés entre deux positions qu’ils clament aussi fortement l’une que l’autre :
J’aime le pays où je vis et je témoigne que je peux y vivre ma foi sans problème, en respectant la société et ses valeurs, et
L’Occident est la cause de tous les malheurs, y compris du terrorisme issu de groupes extrémistes qui finalement peuvent être appelés « combattants pour la liberté ».
Un tiraillement entre une situation personnelle appréciée et une défense instinctive des accusations ou jugements que l’on pourrait porter sur la communauté musulmane, sur l’Islam. Nous avons d’ailleurs entendu plusieurs fois (de la bouche d’un musulman) la condamnation du terrorisme, « un musulman violent au nom de l’Islam, est un mauvais musulman ». « L’Islam est une religion de paix, la paix apportée par la soumission à Dieu ».
Quelle difficulté pour les musulmans de vivre dans des pays où il n’y a pas une édition du journal télévisé sans un rappel d’actes violents faits de groupes extrémistes musulmans...
Quelle identité3 peuvent alors se construire nos frères et sœurs musulmans ? d’où les méfiances, le racisme dans la société français (les délits de faciès pour trouver un logement ou du travail sont omniprésents).

D’un point de vue plus théologique, l’Islam se voit comme la religion qui corrige, rectifie le judaïsme et le christianisme aux écritures et traditions corrompues. De cette façon le Coran abroge les écrits antérieurs de la même façon qu’une lecture du Coran abroge des versets antérieurs sur un sujet par les versets écrits plus loin dans le livre. Mais nous avons bien vu pendant cette session que notre dialogue ne doit pas se situer d’un point de vue doctrinal mais il se base sur l’expérience de la vie, de notre foi, de notre relation à Dieu. Il ne s’agit donc pas de nous placer dans une situation où des pensées d’une supériorité quelconque viendraient à l’esprit de l’un ou l’autre des protagonistes mais de voir comment, ensemble, nous pouvons nous enrichir de nos expériences de Dieu.

- 3.Des textes, des actes,

Nous avons évoqué divers textes qui ont marqués les relations entre le christianisme (le catholicisme) et l’Islam. Parmi ceux-ci :
. Vatican II Nostra aetate, n° 3 tant cité par des catholiques que par des musulmans (familiers du dialogue)
Jean Paul II s’adresse à de jeunes musulmans à Casablanca en 1986
,
2e partie de cette page
. se comprendre : une revue et un site
28/11 - 1/12/2006 Benoit XVI à Istanbul : Le Pape se recueille à la Grande Mosquée. discours Documentation Catholique, 2007 ; 89
(2371)
. La lettre des 138 lettrés musulmans aux chefs des églises chrétiennes. Documentation Catholique, 2008 ; 90 (2394)

- 4.Quelle vie ensemble, quel échange de paroles, quel est notre rôle de chrétiennes ?

Les musulmans rencontrés ont affirmés avec force
. que l’Islam était une religion de paix, de justice ;
. qu’en aucun cas on ne pouvait tuer au nom de l’Islam, ou se dire musulmans en paroles et non en actes, n’agissant pas pour la justice sociale, pour la paix, pour le développement ;
. qu’il pouvait y avoir de « mauvais hommes », qui étaient alors des mauvais musulmans, et qu’il ne faut pas généraliser ce que l’on voit faire, qui est répréhensible, à l’ensemble des musulmans, ou à l’Islam. Les êtres humains peuvent être imparfaits, et ils le sont, mais l’Islam, le Coran, Parole de Dieu sont irréprochables, ne peut être critiqués.
Comme je l’ai écrit au §3, notre dialogue se situe au niveau de la vie, de l’expérience humaine et spirituelle.

Notre rôle est aussi « maïeutique », comme nous le disait J.-M.Gaudeul :
. Aider à accoucher, à faire naître, à faire advenir une foi personnelle, spirituelle et non seulement dans la pratique, la loi, respectant ce qui est Hallal (permis) ou Haram (défendu).
. Permettre aux personnes rencontrées de consolider leur vision de cet Islam de paix4 afin que des musulmans puissent défendre cette conviction pacifiste de l’Islam, la vivre et la répandre. Soutenir, au sein de la galaxie Islam ce courant de paix, de dialogue cordial, respectueux, qui existe et qui a besoin de se fortifier au maximum pour tenir face aux courants adverses.
. Enfin par ma vie annoncer ce Dieu amour qui nous aime chacun. L’Islam dit beaucoup que l’homme doit aimer Dieu (voir la lettre des138), il a à s’ouvrir à l’amour de Dieu pour chacun5.

- 5.Une conversion toujours à renouveler :

Pendant cette session, j’étais travaillée par des questions : comment accueillir l’autre, comment le comprendre, finalement en quoi ma mission de catholique peut-elle être différente de celle d’un homme, d’une femme de bonne volonté ? Y a-t-il une spécificité chrétienne à apporter ? Quel est l’essentiel de ma foi chrétienne, le fondement, le roc ? Ce qui reste quand je décide de ne pas entrer dans le « détail » des sacrements, de points dogmatiques inadmissibles pour un musulman (et, il faut l’avouer, difficilement compréhensibles pour les catéchumènes adultes, tel la Trinité par exemple...).
La réponse que j’ai aperçue à cette question, le noyau, le lieu d’où jaillit la vie (le noyau est aussi la graine ...) de ma foi, est de vivre et par là témoigner du message fondamental :

Tu as du prix à mes yeux, dis le Seigneur. Is 43,4
Aimez vous les uns les autres comme je vous ai aimé. Jn 13,34
Ce message a été proclamé par tant d’autres, tel Jean de la Croix : “Au soir de notre vie, nous serons jugés sur l’amour”.

Bien d’autres choses ont été dites, vécues, partagées, notamment entre religieux et religieuses de la famille Assomption, tout ne peux pas figurer par écrit. Grands remerciements à l’équipe organisatrice qui a préparé cette rencontre pendant deux ans. Renforcer des convictions, éclairer des interrogations, donner des fils de couleur, des outils, pour tisser la toile du dialogue, voilà le rôle et le but atteint de cette dernière édition 2008 de la RIAD.

Sr Laure Homberg
Communauté de Bondy - France

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