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Solennité de la Toussaint - Sr Sophie Ramond

Année liturgique 2010-2011 [A]

 

Aujourd’hui est un jour pour se réjouir dans le Seigneur en l’honneur de tous les saints… Qui sont-ils ces hommes et ces femmes, ces grandes figures emblématiques qu’on nous appelle à imiter ? Qu’est-ce que cela veut dire que d’affirmer que nous sommes tous appelés à la sainteté ? Quelles voies emprunter pour y parvenir ?
 
La lecture du livre de l’Apocalypse, répond par le récit d’une vision en deux temps. Il s’agit d’abord de la vision du jugement du monde qui se prépare et pour lequel les serviteurs de Dieu sont marqués du sceau qui imprime la marque du Dieu vivant, un signe indiquant leur appartenance au Seigneur et probablement, en référence à Ez 9, 4 leur fidélité dans un monde marqué par la perversion. Ils sont 12 000 de chacune des 12 tribus d’Israël, un chiffre symbolique qui exprime la plénitude. Le second temps de la vision parle d’une foule immense d’origines variées. Elle se tient devant Dieu et lui rend gloire pour le salut donné. Ceux qui la composent portent des vêtements blancs, signe de la sainteté et de la condition céleste. Mais cette sainteté, ils l’ont acquise par la grande épreuve de la fin des temps, par la persécution et le martyre. Ils sont ceux qui ont partagé la passion de l’Agneau immolé. C’est pourquoi le texte utilise une expression paradoxale : Ils ont blanchi leurs vêtements dans le sang de l’Agneau. Ils portent des palmes et célèbrent dans le ciel la fête des Tentes, fête de la royauté de Dieu et du Messie. Ils nous invitent, dans la communion des saints, à célébrer Dieu qui sauve, à consentir à nous laisser purifier par son Fils. Ils nous rappellent que si nous ne serons pas tous martyres, en revanches tous nous sommes appelés à la sainteté qui est participation au don de soi total du Christ, offrande de nos vies.
 
La lettre de saint Jean nous rappelle l’amour dont le Père nous a aimés pour que nous soyons engendrés ses enfants. Il s’agit à la fois d’un appel et d’une réalité : il a voulu que nous soyons appelés enfants de Dieu et nous le sommes. Mais une fracture s’opère entre ceux qui y croient et ceux qui n’ont pas découvert en Jésus le Dieu qui veut faire de nous ses enfants. Les premiers ne sont pas du monde ; les seconds, en revanche, sont de ce monde. Le terme monde prend ici un sens négatif : il représente l’univers sous l’emprise de l’incrédulité, du mal et qui est incompatible avec celui des disciples de Jésus où règnent foi et amour. La sainteté c’est d’abord d’accueillir Jésus dans la foi et de consentir, dans la confiance, au don du Père en son Fils. Lorsque paraîtra le Fils de Dieu les croyants seront alors transfigurés parce qu’ils le connaîtront tel qu’il est. En attendant, dans l’espérance, il leur revient d’imiter ses manières d’être et d’agir, de se laisser purifier par l’amour que Dieu leur porte.
 
A travers les béatitudes, le croyant s’entend rappeler la vocation reçue, une vocation au bonheur. Cependant les béatitudes ne peuvent être acceptées que par un croyant ayant foi en celui qui parle. Elles ne sont pas un simple catalogue des vertus chrétiennes nécessaires au salut : pour être reçues, elles présupposent la reconnaissance de celui qui inaugure le Règne en les proclamant. La déclaration de bonheur eschatologique manifeste la venue du Règne à la fois comme promesse et comme invitation. En soi elles sont une forme d’expression biblique félicitant celui qui met à profit les dons que Dieu lui fait. Elles sont donc d’abord un discours de révélation, qui dit l’absolue gratuité du salut de Dieu. Tout don cependant est une responsabilité. L’invitation au bonheur est une invitation exigeante qui met toute l’existence en question et la transforme.
De ce point de vue, la première béatitude sert peut-être de clé herméneutique pour les autres : le chrétien est le pauvre de cœur. L’ajout de Matthieu par rapport à Luc : de cœur n’est pas à comprendre comme un élément atténuant. Car à la base de ce terme, il y a le pauvre de l’Ancien Testament tel que décrit dans la prédication des prophètes : cf. So 2, 3 ; 3, 12 ; Is 61, 1-3. Le terme pauvre prend dans ces textes la valeur strictement religieuse de la reconnaissance de sa propre incapacité à se défendre de ses ennemis et à assurer le progrès moral et religieux de la nation ; il inclut la notion d’une aide extérieure, provenant du Seigneur. L’usage du motne se limite donc pas à la sphère sociale mais indique aussi une attitude religieuse : le pauvre est celui qui met sa confiance dans le jugement de Dieu, qui se caractérise par son espérance eschatologique. Le pauvre est ainsi celui qui est assez humble pour se situer devant Dieu comme celui qui n’a rien à revendiquer, mais qui lui fait confiance…
 
Aujourd’hui est un jour pour reconnaître le don de Dieu et y consentir. Tenons-nous pauvrement et humblement devant lui. Ce qu’il a promis, il l’accomplira !
 
Sophie Ramond, ra
Paris-Lübeck - France

 


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