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Quelle éducation transformatrice pour quel vivre ensemble ?

Education transformatrice
Pour l’instant, pour beaucoup d’entre nous, la voie est un peu plus rude, mais nous pouvons marcher sans problème, guidés – conditionnés, peut-être - par nos réflexes. Reconnaissons-le : nous n’avons pas du tout envie de changer et surtout nous ne savons pas très bien comment nous orienter. C’est vrai dans bien des domaines : dans ma communauté, nous avons pris tellement l’habitude de consommer le moins cher possible que nous avons du mal à accepter l’idée d’augmenter la part de notre budget consacrée à l’alimentation et aux vêtements – et donc de réduire d’autres dépenses -, fût-ce pour promouvoir les filières écologiques et équitables et l’augmentation des standards sociaux dans les usines des pays du Sud. Autre exemple, tiré d’une discussion l’été dernier avec un agriculteur de l’Indre convaincu de la nécessité de passer à une agriculture biologique. Il exprimait la difficulté que représente le manque à gagner à court terme : abandonner les pesticides diminue de moitié les rendements, sans que cela soit compensé, pendant plusieurs années, par la possibilité de vendre plus cher sous le label bio.
Nos résistances à tous, comme citoyens, producteurs ou consommateurs, sont d’autant plus grandes que manque pour l’instant un programme politique clair qui indique les chemins sur lesquels s’engager résolument, dans un contexte d’énergie et de transport de plus en plus chers.
Non seulement nous ne connaissons pas de façon précise les effets pour les générations futures de nos modes de vie actuels mais surtout nous ne voulons pas voir ce qui s’annonce. Nous savons pourtant que notre mode de vie n’est pas durable : il faudrait cinq planètes pour subvenir aux besoins de la population mondiale en se basant sur le modèle américain. Alors, comment nous donner les moyens de modifier nos manières de faire et nos styles de vie, sans céder au catastrophisme paralysant mais en prenant soin de notre demeure commune, avec allégresse, en visant à « maintenir, continuer ou réparer notre monde de telle sorte que nous puissions y vivre aussi bien que possible », selon l’expression de la philosophe américaineJoan Tronto ?
Dans ce contexte, de multiples défis, en vue d’une « justice écologique et sociale » peuvent être intégrés dans nos projets éducatifs et pastoraux ! La triple figure biblique du prêtre, du prophète et du roi peut devenir une source d’inspiration pour nos existences concrètes et pour nos actions éducatives, auprès d’enfants, de jeunes et d’adultes.
Le prophète est celui qui dénonce l’infidélité à l’alliance et l’injustice des puissants qui « exploitent les faibles et maltraitent les pauvres » (Amos 4,1). Le prophète crie à temps et à contre-temps, sans jamais se résoudre à l’iniquité et au mal, ni aux paroles séduisantes qui temporisent et minimisent l’ampleur et la gravité des problèmes. Le prophète, au milieu de son peuple, joue le rôle du critique social qui connaît de l’intérieur les défaillances des institutions.
En contrepoint, le roi est celui qui est immergé dans la complexité et dans les rouages du pouvoir, celui qui doit viser le bien commun et les institutions plus justes, à partir de l’analyse de ce qui est, par la recherche du bon compromis, animé par la vision du royaume de justice et de paix à bâtir.
Le prêtre, enfin, est celui qui, ne possédant pas de terres, n’a pas de pouvoir temporel et est libre pour contempler la création, y reconnaître l’œuvre du créateur et proposer une relation au monde sur le mode de la gratuité, de la louange et du service désintéressé.
Inviter chacun à être prophète, roi et prêtre, c’est inviter à des actions et à des attitudes complémentaires.
Les militants de la décroissance sélective, des droits de l’homme et de l’engagement humanitaire et les chantres d’un autre monde possible se reconnaîtront sans doute plus volontiers dans la figure du prophète, alors que les hommes politiques et les cadres d’entreprise trouveront des affinités avec la culture de la complexité propre au roi. L’espace public, démocratique, est celui où dialoguent les uns et les autres : le roi devient un tyran et un leader corrompu s’il n’est pas constamment aiguillonné par la visée idéale de la société juste et harmonieuse à bâtir. Le prophète est menacé par le sectarisme s’il ne cherche pas à rencontrer les puissants et à accompagner les efforts de ceux qui acceptent la remise en cause et le discernement de nouvelles voies. Pour chacun d’entre nous, l’attitude du prêtre, dans sa réceptivité aimante à l’égard du bien reçu, ouvre à des chemins de vie et peut inspirer un autre rapport au monde, aux choses et aux autres, sous le mode de l’attention, de l’accueil, de la gratitude, de la solidarité et de la coopération inventive.
Pour les jeunes, être prophète cela peut signifier plein de choses : s’engager dans une action de solidarité, refuser la surconsommation, se laisser toucher par ceux qui sont plus vulnérables ; être roi, c’est mettre toutes ses compétences et ses dons au service de la compréhension de la complexité du monde, dans ses études, et réfléchir à des choix d’orientation qui ne soient pas dictés par la volonté de bien gagner sa vie et de réussir dans la vie ! Etre prêtre, c’est apprendre à aimer et à faire la fête dans le respect et le souci de l’autre, se réjouir avec d’autres et donner de soi.
Ensemble, en ces temps incertains, dessinons avec notre Dieu l’avenir qu’il nous donne !
 
Cécile Renouard, RA
Paris-Lübeck, France
pour la commission éducation, novembre 2010

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