Noël 2010

Messages de la supérieure générale
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Chapitre de Noël 2010
INCARNATION…
L’HUMANITE D’AMOUR
 
Nous avons tous manqué de cœur à l’occasion ; le fait est malheureusement que nous pouvons être "nsensés, rebelles, égarés, esclaves d’une foule de convoitises et de plaisirs, vivant dans la malice, odieux et nous haïssant les uns les autres". On entend parfois dire qu’une telle attitude est la conséquence de la vie moderne, mais en fait elle est aussi vieille que le genre humain. La description ci-dessus est tirée de la lettre de saint Paul à Tite, épître que nous entendrons à la messe de Minuit, à Noël. Mais Paul ne se contente pas de faire la liste des faiblesses humaines et de les déplorer. Il oppose plutôt le manque de cœur et la méchanceté humaine à la puissance de l’incarnation, montrant que rien ne peut barrer le passage à « la tendresse et à l’amour de Dieu notre Sauveur »
 
Mais le jour où apparurent la bonté de Dieu notre Sauveur et son amour pour les hommes, il ne s’est pas occupé des œuvres de justice que nous avions pu accomplir, mais poussé par sa seule miséricorde, il nous a sauvés »1
 
Autrement dit Jésus est l’humanité d’amour en forme de compassion.
Bien que nous ne la voyions pas habituellement comme un « conte de Noël », la parabole du Bon Samaritain peut être utilisée comme une belle icône de l’Incarnation, une façon de comprendre ce que l’incarnation veut réellement dire pour nous tous qui sommes souvent des êtres humains sans cœur. La voici donc encore une fois :
 
Un homme descendait de Jérusalem vers Jéricho, et il tomba au milieu de brigands qui, l’ayant dépouillé et couvert de coups, s’en allèrent, l’ayant laissé à demi mort. Par hasard, un prêtre descendait sur ce chemin et, l’ayant vu, s’en alla outre. Pareillement, un lévite, étant allé en ce lieu et ayant vu, s’en alla outre. Mais un Samaritain, qui était en chemin, alla dans sa direction et, ayant vu, fut saisi aux entrailles, et, étant allé auprès de lui, banda ses blessures, versant de l’huile et du vin. Puis l’ayant fait monter sur sa bête, il l’amena à une hôtellerie et prit soin de lui. Et le lendemain, ayant tiré deux deniers, il les donna à l’hôtelier et dit : « Prends soin de lui, et quoi que tu aies dépensé en plus, c’est moi qui, lorsque je reviendrai, te le donnerai en retour. »2
 
Comme je l’ai dit plus haut, cette histoire nous offre une icône de l’incarnation. Nous voyons le Samaritain, qui a bien vu l’homme à demi-mort, et a été saisi de pitié. Ensuite ce qu’il voit passe de ses yeux dans son ventre : « ayant vu, il fut saisi aux entrailles ». Après cela l’histoire continue, mais le seuil important est passé, le tournant décisif a eu lieu. Ce qu’il a vu est entré en lui, en d’autres mots l’homme qu’il voit devient lui-même. Le voyageur blessé s’incarne dans le Samaritain, prend chair en lui. Autrement dit, cet homme qu’il voit devient lui-même, s’incarne en lui, il prend chair en lui, là d’où est censé partir tout ce qu’on appelle compassion, amour, miséricorde, pitié.3Si nous comprenons le Samaritain comme un symbole de Dieu, nous pouvons voir qu’Il a pris chair par compassion pour notre humanité blessée. Jésus est vraiment né semblable à nous en tout hormis le péché. Jésus est l’expression humaine de l’amour et de la compassion de Dieu.
 
Continuons avec le message de Paul. Dans la liturgie de Noël, nous lisons :
 
Dieu nous a sauvés par le bain de la renaissance et du renouveau en l’Esprit saint qu’Il a répandu sur nous à profusion par Jésus Christ notre Sauveur, pour que, ayant été justifiés par sa grâce, nous obtenions en espérance l’héritage de la vie éternelle. Elle est sûre cette parole, et je tiens à ce que tu sois catégorique, afin que ceux qui ont placé leur foi en Dieu aient à cœur d’exceller dans la pratique du bien. Voilà qui est bon et utile aux hommes.
 
Paul semble parler presque comme un « maître de bonne conduite », encourageant Tite (et nous) à faire ce qui est bien, pas seulement y penser ou en débattre dans notre tête, ni même à le prêcher…mais bien à le faire. Et il écrit certainement comme quelqu’un d’intéressé par le bien commun : Faire ce qui est bien en vérité « voilà ce qui est bon et utile aux hommes »
 
Vous trouverez un nouveau-né enveloppé de langes
et couché dans une mangeoire4
 
Chaque année, Noël nous apporte « un nouveau-né » source de joie et d’espérance. En plus, Paul introduit les notions de « renaissance » et de « renouveau ». Nous pouvons indubitablement nous identifier à ces concepts. La nouveauté est souvent séduisante, mais nous pouvons aussi nous réjouir d’une deuxième « renaissance » et la conserver précieusement, ainsi qu’une troisième ou une quatrième : ainsi la joie éprouvée après une retraite de huit jours, après une session intéressante, après la guérison d’une sérieuse maladie, ou quand le pardon a été donné et reçu au cours de notre vie quotidienne.
 
Cette fête de l’incarnation me fait aussi penser à « l’humanisation », dont nous avons parlé au CGP 2009 (les pas futurs) et que je retrouve assez souvent dans la lecture de documents issus de la Congrégation ou de l’extérieur. Le temps de Noël peut être un bon moment pour nous demander ce que « l’humanisation » signifie pour nous. Comment notre communauté et notre engagement apostolique nous aident-ils exactement à croître en humanité ?
 
Vous trouverez un nouveau-né enveloppé de langes
et couché dans une mangeoire
 
C’est à nous maintenant de protéger cet enfant qui désire vivre à la fois à l’intérieur et à l’extérieur de nous-mêmes, c’est à nous de le laisser devenir un adulte mûr. Ce « nouveau-né » est-il meilleur que nous ? Tant mieux ! Alors il nous appelle à croître avec Lui, à accepter sa mesure, à nous ajuster à sa mesure qui dépasse tellement la nôtre.
 
Jean-Claude Lavigne, O.P. utilise le mot « humanisation » à plusieurs reprises dans son livre récent sur la vie religieuse.5 Dans le chapitre « devenir des humains », il parle d’« engendrement » par notre style de vie particulier comme religieuses, à travers l’école de fraternité, de prière, de dépassement de son ego et de ses peurs des autres. Il n’est donc pas surprenant, en suivant cette « école » que chaque personne se mette au service « d’une plus grande humanisation ». Ce « devenir » prend en compte nos limites, nos défauts, mais aussi aide à déployer ce qu’il y a de meilleur - pour grandir dans le statut du Fils qui dit « Abba, Père » 6
 
L’importance que nous accordons à ce « devenir » peut se voir dans notre attitude à l’égard de l’ascèse. La vie religieuse, comme toute passion ou engagement radical présuppose l’ascèse ou des choix, et donc liberté, signe ultime de notre humanité. La liberté et la responsabilité sont les caractéristiques majeures de notre condition humaine.
 
Vous trouverez un nouveau-né enveloppé de langes
et couché dans une mangeoire
 
Jésus, fruit des entrailles de Marie, fruit de sa foi et de son amour ; fruit de l’amour du Père, face visible de Son Amour, Don. Le mot « entrailles » me revient comme un refrain : celles du Père, de Marie, du Samaritain. Une citation de Fabrice Hadjadj m’a frappée par son ferme contraste avec la réalité incarnationnelle de "fertilité" à la fois humaine et divine de Jésus. Il écrit que le diable n’a pas d’entrailles et qu’il ne peut recevoir personne dans son cœur puisque personne ne peut lui être plus cher que lui-même. »7
 
Vous trouverez un nouveau-né
 
Le verbe « Vous trouverez » au futur nous garde en mouvement ! Il laisse entendre une recherche ou un désir dans le présent, un regard vers l’avenir, une vie vécue dans l’Espérance, comme Paul le dit à Tite. Vous trouverez, après L’avoir cherché, après avoir ouvert votre cœur et votre esprit à la nouveauté de la présence de Dieu au milieu de nous… dans ce « lieu », cet « écart », qui n’est ni séparé, ni distant ; un lieu de fertilité pour nous et pour les autres.
 
Vous trouverez un nouveau-né
 
Que la PAROLE descendue du ciel accorde beauté et fertilité à chacune de nos vies. Puisse-t-elle enrichir et éclairer nos joies et nos peines, nos hésitations et nos doutes, nos prises de risques et nos futurs pas vers la plénitude de vie qui est la notre grâce à l’incarnation.
 
Sr Diana Wauters ra
Décembre 2010
1 Tt 3,4-7
2 Luc 10, 30-35 Traduit du grec par Guy Lafon
3 Lafon, Guy. Table de l’Evangile, 13-07-1995
4Luc 10 : 30-35
5Pour qu’ils aient la vie en abondance, Cerf, 2010
6Ga 3,29- 4,6
7Prions en Eglise. Commentaire 17-09-2010.

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