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Mère Thérèse-Emmanuel et le Père d’Alzon

200 ans - Bicentenaire

"Dieu n’a pas fait les fleurs pour rien"


Les Religieuses de l’Assomption fêtent en 2017, le bicentenaire de la naissance de sainte Marie-Eugénie (1817-1898) et de Mère Thérèse-Emmanuel, (1817-1888) leur cofondatrice. Que sait-on de cette dernière ? Quel fut son lien avec le P. d’Alzon ? On connaît sans doute davantage les 40 années de direction spirituelle qu’elle entretint avec Mgr Charles Louis Gay (1815-1892) évêque auxiliaire de Poitiers [1] et à qui l’avait conduite le Père Lacordaire, mais on sait moins qu’elles ont été précédées d’une correspondance avec le Père d’Alzon au moment même de la fondation. C’est ce que nous nous attacherons à mettre en relief dans ces quelques lignes. Comme écrivait le Père d’Alzon : "Dieu n’a pas fait les fleurs pour rien" [2]. La correspondance du Père d’Alzon avec Mère Marie-Eugénie nous parle de quelques-uns des membres de la famille de Soeur Thérèse-Emmanuel O’Neill. Ses frères John et Joseph, sa soeur Marianne, son neveu Charles qui fut élève au collège de l’Assomption de Nîmes (1868-1869), ses deux nièces Cécile-Emmanuel et Gertrude de Jésus-Marie (Gerty) devenues Religieuses de l’Assomption. Le Père d’Alzon entretiendra également une correspondance avec ces deux dernières mais également sa cousine (Joséphine) soeur Marie-Marguerite Mac-Namara entrée chez les Religieuses de l’Assomption en 1851.


Catherine (dite Kate) O’Neill est née le 3 mai 1817 à Mimerick en Irlande. A 6 ans, elle perd sa mère et est placée avec sa soeur Marianne chez les Dames anglaises d’York. Elle y fait sa première communion à Noël 1827 et promet à Dieu dans son coeur de se donner à lui dans la vie religieuse. Avec sa soeur aînée Marianne [3], elle est envoyée ensuite chez les chanoinesses du Saint Sépulcre à New Hall. Après un séjour dans leur famille maternelle et la perte de la fortune de leur père, les deux jeunes filles arrivent à Paris. Elles rencontrent l’abbé Combalot pour la première fois le 22 mars 1839. Le mois suivant, Marie-Eugénie Milleret lance sa fondation, le 30 avril et Catherine se joint à elle le 5 août 1839. Elle prend l’habit le 14 août 1840 et prononce ses premiers voeux la veille de la fête de l’Assomption de l’année suivante et ses voeux perpétuels le 25 décembre 1844 : "Voilà donc que les quatre premières pierres vont être posées sur la crèche de l’Enfant Jésus", écrit à ce sujet le Père d’Alzon à Mère Marie-Eugénie [4]. Après avoir eu comme guide spirituel l’abbé Combalot, Soeur Thérèse Emmanuel qui avait pour confesseur M. Le Saint est accompagnée par le Père d’Alzon avant de choisir le Père Lacordaire pendant deux ans et Mgr Gay à partir de 1849. Appréciée de la fondatrice, elle devint maîtresse des novices et assistante générale pendant presque toute sa vie. Elle meurt le 2 mai 1888 à Cannes pour aller fêter ses noces d’or de vie religieuse avec son divin Époux. Son corps fut transféré à Auteuil où il arriva le 27 juillet 1888.


Quels sont les ressorts de sa spiritualité [5] ? Il s’agit d’une âme d’une pureté telle qu’elle ne peut trouver la paix qu’en n’obéissant qu’à Dieu. L’abbé d’Alzon l’aide après le départ de l’abbé Combalot. Elle se dit objet de communications divines qui lui demandent de se rendre disponible pour se donner totalement à Dieu en vue de faire en elle comme une nouvelle humanité, une humanité de surcroît pour continuer en elle l’oeuvre de rédemption du Christ. "Ne sois plus ce que tu as été. C’est moi qui t’ai nommée Emmanuel. Je t’ai appelée de mon nom, parce que je veux que mon être soit en toi, que ce soit moi qui vive en toi. Je t’ai prédestinée" (Jr 1, 5) (Noël 1842) [6]. Ce qui lui est demandé, c’est de faire de sa vie un acte d’amour et de Jésus le but de cet amour. Elle est alors saisie de grâces soudaines qui la ravissent en Dieu, ce qu’elle nomme "des enlèvements". Au Carême 1844, elle ne peut absorber aucune nourriture, comme si Jésus la nourrissait lui-même. Elle ne supporte alors aucune nourriture  : "Dans la journée, j’éprouve, écrit-elle, un effet de renouvellement des forces du corps, c’est comme un baume et une huile pénétrant partout, de sorte que la vigueur du corps est toute renouvelée" [7].


Le Père d’Alzon éprouve une grande estime pour elle, notamment pendant la retraite qu’il prêcha aux soeurs du 23 au 31 mai 1845. Il en parle fréquemment dans sa correspondance avec Mère Marie-Eugénie. Il conseille d’abord à celle-ci de tenir le plus longtemps possible secret les aptitudes spirituelles de soeur Thérèse-Emmanuel. Il en apprend plus dans les mois qui suivent par la correspondance de Mère Marie-Eugénie, où il est question d’ « anéantissement de la liberté ». Mais d’Alzon juge, autant qu’il lui semble, ces "révélations belles et bonnes" [8]. Soeur Thérèse-Emmanuel intervient dans la réflexion sur les constitutions avec une grande hauteur de vue et avec le souci de définir toutes choses. Mais face à l’avancement spirituel de Soeur Thérèse Emmanuel, Mère Marie-Eugénie va plus loin dans la confidence en confiant au P. d’Alzon en éprouver une sorte de jalousie. Elle fut la première à réclamer la tenue d’un chapitre dont Mgr d’Hulst, le fondateur et premier recteur de l’Institut catholique de Paris, présida les séances.


C’est dans ce contexte que s’inscrit l’épisode des voeux privés du Père d’Alzon à Notre-Dame-des-Victoires. La formule de ces voeux écrite de sa main fut retrouvée dans les papiers de Mère Marie-Eugénie [9]. Ce qui est moins connu, c’est que la première personne qu’il rencontra à son retour, impasse des Vignes chez les soeurs fut Soeur Thérèse Emmanuel. Au moment de son départ pour Nîmes, chaque soeur voulait lui donner une image, la soeur lui remit un billet sur lequel elle avait écrit : "Congregate illi sanctos qui ordinant testamentum ejus super sacrificia" [10]. En lisant ces mots, le Père d’Alzon stupéfait réagit vivement : "Où avez-vous pris cela ? dit-il. – Dans les psaumes, monsieur l’abbé. – Mais qu’est-ce qui vous a donné cette idée ? – C’est ce que vous allez faire". L’abbé d’Alzon fut frappé de ce rapprochement et longtemps après, lui-même rappelait ce trait et disait l’impression que cette parole lui avait faite, juste au moment où il se décidait à commencer sa congrégation [11].


Soeur Thérèse-Emmanuel lui offre un crucifix qu’il portait sur lui. C’est elle qui lui avait taillé cet habit de serge blanche qui lui servit pour son entrée au noviciat la nuit de Noël 1845. Il l’en remercie directement dans une lettre qu’il lui adresse le 11 décembre 1845 [12].


C’est à n’en pas douter au contact de telles âmes que le Père d’Alzon a développé son intérêt pour la fréquentation des mystiques et insisté sur la nécessité d’étudier la théologie mystique : "Elle lui permettra d’atteindre ces sphères élevées, où la pratique du bien devient d’autant plus facile qu’on se trouve plus à proximité de Dieu", écrit-il aux étudiants assomptionnistes alors qu’il inaugure un cours de 18 conférences sur la théologie mystique [13]. L’incarnation mystique aura été de tous ses combats spirituels, une passion nourrie par son zèle des âmes...


Article paru dans le numéro 23
AA Informations de l’Assomption,
Janvier 2017, p. 28-30


[1Le Père d’Alzon aurait aimé le voir sur le siège de Nîmes à la mort de Mgr Plantier (1813-1875) (Lettre à soeur Marie du Christ de Mauvisse du 30 août 1880, in Lettres du P. d’Alzon t. XIII, p. 385).

[2Lettre du 6 octobre 1843 à Marie Eugénie in Les origines de l’Assomption, 1898, t. 2, p. 110 et Lettres du Père d’Alzon, t. B, p. 100.

[3Elle meurt en janvier 1861 à Rome et est inhumée au Campo Verano (Lettre du Père d’Alzon à Mère Marie-Eugénie du 18 mai 1861, in Lettres du Père d’Alzon, t. III, p. 456-457)

[4Lettre du Père d’Alzon à Mère Marie-Eugénie Milleret du 20 décembre 1844, in Lettres du P. d’Alzon, t. B, page 210.

[5Les origines de l’Assomption, Paris, 1898, Chap. XIV. Rapports de direction de Mère Thérèse-Emmanuel avec le Père d’Alzon, p. 321-337.

[6Une mystique du XIXe siècle, Mère Thérèse-Emmanuel, cofondatrice des Religieuses de l’Assomption, Paris, 1934, p. 56.

[7Une mystique du XIXe siècle, op. cit., p. 66.

[8Lettre à Soeur Thérèse-Emmanuel du 21 janvier 1846, in Lettres du Père d’Alzon, t. C, p. 24-28.

[9Les origines de l’Assomption, Paris, 1898, p. 318-319.

[10Ps. (50) 49, 5 : "Faites autour de lui une assemblée de saints qui fassent alliance avec lui par sacrifice"

[11Les origines de
l’Assomption
, 1898, t. 2, p. 318-319. Un récit tiré des notes de retraite prêchée à Auteuil en août 1876.

[12Lettre à Mère Thérèse-Emmanuel O’Neill du 11 décembre 1845, in Lettres du Père d’Alzon, t. B., p. 394-397. Celle-ci est la première des lettres publiées qui lui sont adressées par le P. d’Alzon.

[13Il inaugura ce cours le lundi 11 novembre 1872 (ES, pp. 849-873) qui était une reprise de celui qu’il avait fait aux Oblates à partir du 28 mai de la même année.



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