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Ma vie, quelle vie, quelle vocation ?

2.2 - Propositions pour aller plus loin

Ma vie, quelle vie, quelle vocation ?
Antoine Hérouard


L’usage du mot vocation signifie quelque chose de fort, quelque chose qui engage complètement la personne et qui touche aux raisons de vivre, au sens que l’on veut donner à son existence, à une orientation de fond et qui correspond à une autre dimension que simplement un choix parmi d’autres. Il y a une sorte de force et d’exigence de la vocation qui touche à l’intime de la personne.


La vocation ne concerne pas seulement l’appel à consacrer sa vie à Dieu (sous des formes diverses) mais doit pouvoir concerner chacun dans les différents domaines de sa vie.


A quoi suis-je appelé ? Comment comprendre ma vie comme un appel ou une succession d’appels et par là-même, quelle liberté et quelle capacité est-ce que je peux avoir pour y répondre ? Comment savoir à quoi je puis être appelé, à quels signes , quels indices reconnaître ces appels ? Ensuite ai-je les moyens d’y répondre vraiment ou est-ce que devant les contraintes multiples, tant dans mon cheminement personnel que dans le fonctionnement de la société, je n’ai finalement pas grand choix et par conséquent, vouloir parler de vocation est, au mieux, exagéré, au pire, une escroquerie intellectuelle et morale ?

Vocation dans le travail


Peut-on parler de vocation par rapport à son travail, à sa vie professionnelle ou devons- nous garder ce terme pour ce qui concerne plus la sphère personnelle : vocation au mariage ou au célibat ? Peut-on parler aussi de vocation dans un engagement au service de la cité, dans la sphère politique, dans le monde syndical, dans un engagement associatif (culturel, sportif, caritatif), dans tout ce qui concerne le service des frères, en particulier des plus pauvres, des plus démunis ? Pour ce qui est du domaine directement professionnel, on peut spontanément l’associer à certains types de profession dans la manière dont elles sont tournées vers les autres, je pense en particulier à la médecine, avec ce souci d’être au service des malades et de les aider devant les difficultés ou épreuves de santé. Mais même là, il y a sans doute des distinctions à faire. Mais il y a des tas d’autres domaines d’activités où il est difficile de parler de vocation. Ce qui ne veut pas dire que l’on n’aime pas son métier ou qu’il soit difficile de le faire consciencieusement ou avec application , mais simplement il ne peut pas faire l’objet d’un choix qui engage la personne en profondeur. Il est le résultat d’une situation, de circonstances, de son niveau d’études et de formation, d’une opportunité.

Choix de vie et cheminement


Cette limite posée, il reste profondément vrai que cette notion de vocation peut nous interroger, chacun, sur notre propre cheminement. Certains y adhéreront spontanément parce que leur orientation de vie, dans le choix d’un métier, dans la manière de l’exercer, dans l’équilibre qu’ils y mettront avec leur vie personnelle (vie affective, vie familiale, activités de loisirs, engagement au service des autres), tout cela leur apparaîtra cohérent, voulu et, au-delà des difficultés du quotidien et des aléas inévitables, assumé. Pour d’autres cela restera de l’ordre d’un souhait ou d’un chemin encore long et largement asymptotique. En ce sens le choix de vie, la vocation n’est pas nécessairement et d’emblée de l’ordre de la révélation fulgurante et définitive mais plutôt de la construction patiente et progressive. Une autre manière de parler de vocation est d’invoquer la recherche et la perception d’une vraie liberté dans la conduite de sa vie.

Vocation à la liberté


Une liberté qui ne consiste pas à faire n’importe quoi ou à réaliser tout ce dont j’ai envie, ou à avoir une vision finalement très égoïste de mon épanouissement personnel (ce mot d’épanouissement qui est comme un maître-mot de nos sociétés modernes et qui est marqué par une grande ambiguïté ! Être épanoui, oui, mais comment et à quel prix ? Quelle est la place des autres et de ma responsabilité dans la société dans la recherche de mon épanouissement ?) La véritable vocation suppose une liberté qui se situe à un niveau plus profond : non pas faire ce que l’on veut mais vouloir ce que l’on fait. Ce qui peut être le cas dans une adéquation profonde et très forte (et tant mieux s’il nous est donné de le vivre ainsi !) mais qui peut aussi être présent dans une recherche plus laborieuse, au milieu de contraintes qui paraissent lourdes, en vue d’une liberté intérieure qui et toujours à gagner et à faire grandir.

Signes et appels


La question qui est souvent posée, c’est aussi de savoir comment on peut découvrir ce qui va être sa vocation, en reconnaître les signes, comprendre les appels qui peuvent m’être adressés. Là aussi, il ne faut pas croire au coup de baguette magique. Même si l’on peut connaître ou être dans la situation de ceux qui peuvent vouloir dire avoir une vocation "depuis toujours" –et de fait un certain nombre de vocations se dessinent très tôt et remontent souvent à l’enfance, et pas seulement dans le domaine spécifiquement religieux–, il faut aussi voir que toute vocation, dans son travail, dans sa vie personnelle, toute orientation un peu décisive dans le déroulement de sa vie, se fait bien à partir d’appels qui retentissent en nous au travers des autres : ce sera une question posée, l’exemple de quelqu’un qui nous frappera et nous donnera à penser, ce sera une attitude, un comportement, l’exercice d’une liberté, ce sera une parole qui nous va droit au cœur et là comme chrétien, comme croyants, la Parole de Dieu a une place particulière et un écho spécifique dans notre vie.


Nous avons tous fait peu ou prou l’expérience d’une parole de l’Évangile qui vient rejoindre notre préoccupation du moment, la difficulté que nous rencontrons et dont nous pouvons avoir l’impression qu’Elle nous est presque adressée directement : c’est pour moi. Il ne s’agit pas de vouloir chercher dans la Bible des réponses toutes faites –pas de fondamentalisme ou de concordisme– mais de laisser la Parole de Dieu interroger nos vies.
Les signes des appels dans notre vie, de ce qui va constituer notre vocation d’homme ou de femme passent aussi à travers les événements qui nous touchent, qui surviennent autour de nous. Événements heureux ou difficiles, expression d’une joie et d’un bonheur durable ou souffrance devant l’incompréhensible, la présence du mal, le mal porté et voulu par l’homme et qui vient nous toucher comme le malheur innocent qui traduit la faiblesse de notre condition humaine et nous met à nu devant la souffrance et la mort. Autant d’événements qui peuvent orienter profondément une vie, faire découvrir des dimensions jusqu’alors inconnues, faire surgir des questions qu’on ne s’était jamais posées.

Dieu fait confiance


Elles peuvent conduire à des remises en cause radicales, des changements d’orientation, comme elles peuvent au contraire affermir des choix déjà posés et renforcer des liens existants. L’important est sans doute d’être à l’écoute, d’être attentifs devant tout ce que la vie nous présente comme appels. Il ne s’agit pas d’y voir comme une sorte de destin aveugle ou de prédestination qui ferait que tout est écrit d’avance mais comme chrétiens de se dire que Dieu n’arrête pas de nous parler et de nous inviter à la confiance qui est la source de la liberté véritable.


Dieu nous fait confiance. Il nous invite à le suivre, à marcher avec Lui. C’est là que toute vocation de chrétien (et encore une fois quelle qu’en soit la forme) prend sa source. Bien sûr ce n’est pas toujours commode, confortable et ceux qui ont voulu faire de la vie de Foi une assurance tous risques se sont lourdement trompés. Découvrir sa vocation chrétienne est toujours une aventure, un appel à aller plus loin et dont on ne sait pas, à l’avance jusqu’où il nous conduira. J’aime beaucoup cette citation de Saint Grégoire de Nysse à propos d’Abraham et de la confiance qu’il a manifesté en ce Dieu qui lui a parlé et l’a invité à quitter son pays, ses certitudes, ses habitudes : "Abraham partit en ne sachant pas où il allait et c’est parce qu’il ne savait pas où il allait qu’il savait qu’il était dans la vérité".


Tout ceci nous amène bien sûr à vouloir évoquer notre vocation aux yeux de Dieu. Qu’est-ce que Dieu peut vouloir pour nous ? A quoi est-ce qu’il nous appelle ? Comment cela va-t-il se manifester ?

Vivre notre humanité


Je dirai que la première vocation à laquelle nous sommes appelés, c’est d’abord notre vocation humaine. Nous sommes appelés à réussir notre humanité, tant d’un point de vue personnel que collectif. A grandir dans cette recherche de l’humanité, de l’être homme. C’est ce que le cConcile Vatican II nous a rappelé fortement, en particulier dans la constitution sur l’Église dans le monde de ce temps, Gaudium et Spes où il faudrait lire la première partie qui a pour titre justement L’Église et la vocation humaine. Il y est dit que « la Foi nous fait connaître la volonté divine sur la vocation intégrale de l’homme". Il y est alors question de la dignité de la personne créée à l’image de Dieu, d’un homme qui n’a pas été créé solitaire mais homme et femme, "comme expression première de la communion des personnes. Car l’homme de par sa nature profonde est un être social et, sans relations avec autrui, il ne peut ni vivre ni épanouir ses qualités".


Il y est aussi question de la dignité de l’intelligence, de celle de la conscience morale, de la grandeur de la liberté : "L’homme parvient à cette dignité lorsque par le choix libre du bien, il marche vers sa destinée et prend soin de s’en procurer réellement les moyens par son ingéniosité". Et un peu plus loin il est dit que l’Eglise "sait parfaitement que son message est en accord avec le fond secret du cœur humain quand elle défend la dignité de la vocation de l’homme et rend ainsi l’espoir à ceux qui n’osent plus croire à la grandeur de leur destin".


Vocation à vivre notre humanité vraiment, complètement, à respecter et promouvoir ce qui en fait la dignité, en nous rappelant que c’est dans la personne du Christ qu’elle se révèle pleinement. "Par son incarnation le Fils de Dieu s’est en quelque sorte uni lui-même à tout homme". C’est le Christ Jésus qui nous révèle jusqu’où va cette vocation intégrale de l’homme : "Puisque le Christ est mort pour tous et que la vocation dernière de l’homme est réellement unique, à savoir divine, nous devons tenir que l’Esprit-Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’être associé au mystère pascal. Notre vocation humaine est bien une vocation à la vie divine, à la vie avec Dieu, en communion avec lui, au-delà de la mort, dans la résurrection mais aussi dès maintenant dans le cheminement de la Foi, dans la relation avec lui dans la prière, dans la reconnaissance des autres comme des frères".

Vocation au bonheur


Vocation humaine, vocation divine qui signifie aussi de manière plus concrète pour nous une vocation au bonheur. C’est bien ce bonheur que Dieu peut vouloir pour nous et pour tous les hommes. Mais bien sûr il ne s’agit pas de n’importe quel bonheur et nous savons bien que le bonheur des Béatitudes est largement paradoxal dans le fonctionnement de nos sociétés. Ce ne peut être un bonheur d’appropriation égoïste mais d’un bonheur qui passe par la relation, l’échange, le partage. C’est bien ce que signifie le texte de l’abbé Pierre : non pas se dire : "moi, moi, moi je veux être heureux et avoir cette stupidité de n’avoir de but que son propre moi, mais entrer dans la vie avec la volonté d’être heureux, car nous avons le devoir d’être heureux, dans le service compétent, qualifié, efficace du bonheur de tous" ».

Vocation à la sainteté


Toute la Bible est traversée par cette notion de vocation par les appels de Dieu. Appels à le suivre. Appel à la confiance. Appels pour une mission particulière. Vocation d’Abraham, le premier des appelés, vocation de Moïse invité à libérer le peuple de l’esclavage, vocation de Samuel qui va découvrir dans son sommeil la voix de Dieu, vocation des prophètes, Isaïe, appelé à la purification en vue de la mission, Jérémie appelé dès le sein de sa mère pour porter la Parole, vocation des apôtres à être les témoins de la résurrection du Christ, vocation de Paul pour porter l’Évangile jusqu’au bout du monde. Vocation pour chaque chrétien de par son baptême, sa confirmation. Vocation à la sainteté qui n’est pas d’abord une sorte de perfection morale mais appel à partager la vie de Dieu, qui n’est autre que l’Amour. Tout baptisé est appelé à vivre la perfection de cet amour qui vient de Dieu et qui est Dieu. C’est là la sainteté et elle n’est réservée à personne. Elle peut se réaliser dans n’importe quel état de vie et dans toute situation quelle que soit la condition culturelle ou sociale des chrétiens.


C’est là où l’appel , la vocation chrétienne à la sainteté va pouvoir se vivre dans différentes situations, états de vie ou dans un appel spécifique. Vocation au sein du couple dans le mariage qui est sacrement en tant qu’il est signe de l’amour de Dieu. Vocation à la vie religieuse ou à devenir prêtre comme un appel que Dieu adresse pour le service de l’Église, pour le témoignage de l’Évangile. Un appel qu’il faut aussi accepter d’entendre et qui toujours d’une certaine manière surprend. Qui sommes-nous ? Un appel qui est d’abord un don avant d’être un sacrifice ou une exigence et qui est de nature à combler la vie de celui ou celle qui l’entend. Mais faut-il aussi accepter d’ouvrir son cœur pour entendre, comprendre et répondre


Antoine Hérouard
Ma vie, quelle vie, quelle vocation ?
Conférence, 6-7 octobre 2001

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