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Le mystère de l’Assomption

Ses écrits


Mes chères filles, [1]

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Vous m’avez demandé de vous parler sur le mystère de l’Assomption.
C’est un sujet difficile. Je ne vous en dirai que quelques mots ; ils pourront peut-être vous inspirer de la dévotion.
Vous savez que, lorsque notre Seigneur était sur la terre, il était dans l’état de voyageur et en même temps de compréhenseur [2]. Comme seconde personne de la Trinité, comme Fils de Dieu, il était assis au plus haut des cieux, gouvernant le monde, régnant dans la béatitude de la divinité. Son humanité, personnellement unie au Verbe de Dieu, avait naturellement et de droit la vision béatifique.
Cependant, cette vision était tellement contenue dans la partie supérieure de l’âme, il l’a tellement empêchée de déborder sur son humanité, qu’il a pu souffrir, être dans l’angoisse, dans le délaissement, passer sa vie dans un état très douloureux, humble, abaissé, et cacher aux yeux des hommes la gloire de son humanité. Le jour de la
Transfiguration, il a laissé cette gloire se répandre un instant et apparaître aux hommes, mais hors de là, il a contenu au-dedans la gloire magnifique qui appartenait de droit à son âme et à son corps.
Il y a eu quelque chose de semblable pour la Sainte Vierge : elle avait, surtout depuis le mystère de l’Incarnation, une vision de Dieu bien au-dessus de la vision des saints. C’était une vision intime et admirable, dépassant toutes les lumières accordées aux saints dans l’extase. En même temps, elle a eu des douleurs sans pareilles, elle a pu être appelée la reine des martyrs. Elle a souffert plus que tous les martyrs, soit dans l’attente de la Passion, soit sur le Calvaire où elle a vu souffrir et mourir notre Seigneur. C’était Dieu qui, par un miracle, contenait la joie que devait répandre en elle cette vision de Dieu si parfaite et si sainte. Cependant elle existait, cette vision, elle était dans ce que saint François de Sales appelle la fine pointe de l’âme ; dans la partie supérieure de son âme, Marie voyait Dieu d’une manière admirable, elle lui était absolument unie.
C’est ce que nous avons à imiter en la Sainte Vierge. La partie inférieure de notre âme peut être remplie de souffrances, de troubles, de peines, d’ennui. L’ennui, notre Seigneur a bien voulu l’accepter pour lui : Il commença à sentir tristesse et angoisse [3], comme il est dit de son agonie. Nous pouvons éprouver toutes ces choses ; mais il faut que nous tâchions, à l’imitation de la Sainte Vierge, pure créature, d’avoir toujours dans la partie la plus élevée de notre âme, la vue de Dieu, l’union à Dieu : voilà notre travail.
La Sainte Vierge avait un désir immense de voir Dieu. C’est la cause de sa mort, de son Assomption glorieuse. Il y a encore ici un mystère, car elle possédait, par une union intime, par une vision merveilleuse, ce Dieu qu’elle désirait. Bien qu’elle possédât Dieu dans la fine pointe de
son âme, elle ne le possédait pas complètement. Toutes ses facultés, son âme, son corps même n’en étaient pas pénétrés, comme ils devaient l’être après sa mort.
C’est cette union souveraine qu’elle désirait. Posséder Dieu est une chose dont l’homme ne doit jamais faire le sacrifice. Être uni à Dieu, non seulement dans la fine pointe de son âme, mais le posséder de la manière la plus parfaite, la plus complète, de façon que notre être soit
pénétré de Dieu, c’est le bien magnifique qui nous est promis et que nous devons désirer sans cesse.
La Sainte Vierge désirait ce bien infini : il fallait qu’il pénètre tout son être. C’est parce que ce désir était tellement ardent qu’il s’étendait à tout ce qu’elle était, que son corps lui-même a été rempli de cette plénitude, et que Dieu a voulu qu’il soit élevé au ciel. Ce corps très pur était déjà capable de la gloire, tandis que les nôtres, à cause de l’imperfection et de l’impureté qui sont en nous, subiront une longue transformation avant de posséder Dieu et de le voir dans l’éternité.
Pour la Sainte Vierge, ce désir avait pour principe la connaissance complète qu’elle avait de Dieu. Qui parmi les créatures a connu Dieu comme elle ? Dieu, être parfait, infini, souverain par essence, dont les perfections sont l’être. La sainteté, la beauté, la justice, la force, la puissance, toute perfection enfin, c’est l’être même de Dieu. Dieu est au-dessus de toutes nos compréhensions. C’est par négations que nous le nommons presque toujours. Nous disons qu’il est infini, c’est-à-dire qu’il n’est pas fini ; qu’il est incommensurable, c’est à dire qu’il n’est pas mensurable ; qu’il est ncompréhensible c’est-à-dire qu’il ne peut être compris. Tous ces titres, toutes ces affirmations par lesquels nous le nommons, nous font comprendre qu’il est au-dessus et au-delà de tout ce que nous pouvons concevoir.
La Sainte Vierge, sur ce point, avait des lumières qui augmentaient ses désirs. Plus elle désirait, plus elle connaissait, et plus sa connaissance augmentait, plus elle désirait jouir de lui. Elle désirait voir Dieu. Elle désirait aussi une autre vue, la vue de son divin Fils, son bien infini. Elle désirait le voir, être proche de lui, et cela par un amour immense. Quel est le principe du désir ? C’est la connaissance, mais c’est aussi l’amour.
Qui pourrait parler de l’amour de Marie pour Dieu ? Qui pourrait parler de l’amour de Marie pour Jésus ? Il était tellement élevé, tellement ardent, tellement au-dessus de l’amour de tous les séraphins, de tous les chérubins, cet amour qui réjouit le ciel ! C’est cet amour qui a fait tomber le fruit absolument mûr de l’arbre, qui a détaché l’âme du corps de la Sainte Vierge, et qui les a réunis l’un à l’autre par la volonté de Jésus-Christ d’appeler sa Mère à partager son trône dans le ciel.
Voilà ce que nous trouvons dans le mystère de l’Assomption.
Mais il y a des conséquences à tirer de tout cela, et tout d’abord un désir très pur de connaître Dieu et de l’aimer. Nous devons chercher à le connaître et à l’aimer toujours davantage, d’un amour toujours plus ardent et d’un désir plus pur. Je ne pense pas que, malgré ses grandes douleurs, la Sainte Vierge se soit jamais plainte. Sa vie, quand elle était sur la terre, était une vie d’union à Dieu et de charité pour le prochain.
Qu’il en soit de même pour nous : que jamais dans les choses qui nous pèsent, dans les épines que nous rencontrons, nous ne nous détournions pour éviter la croix que nous trouverons toujours d’un côté ou d’un autre. Disciples de Jésus-Christ, nous ne devons pas demander de vivre sans croix, nous ne devons pas désirer de n’avoir pas d’épines.
Nous devons vivre de bonne grâce, de bonne humeur, de bon coeur avec nos épines. Il faut que nous leur fassions bon visage ; il faut, comme dit saint François de Sales, présenter une figure enduite de miel aux piqûres des abeilles, quoique ce ne soit pas doux.
Les croix, les épines, les peines de ce monde ne sont pas agréables.
Mais si nous faisons une alliance avec elles, si, comme saint André, nous les appelons bonnes croix, parce qu’elles nous conduisent au ciel ; si nous en voyons le prix, elles nous deviendront chères et nous laisseront dans une grande paix. Comme je vous le dis souvent, elles ne nous occuperont pas, elles nous exerceront et nous sanctifieront. Les croix ne sont pas faites pour nous occuper, mais pour nous exercer. C’est la parole du cardinal de Bérulle que je vous ai souvent citée, parce que, dit-il, le Fils de Dieu, qui nous a été donné, doit être la seule et vraie occupation de notre âme. Si les croix ne nous occupent pas, nous aurons, comme Marie, l’âme libre pour désirer Dieu à cause de lui-même, à cause de ses perfections infinies, et pour l’aimer au-dessus de toutes choses. Le désir d’aimer augmente l’amour ; le désir d’aimer fait chercher la connaissance et nous la donne.
Alors notre motif de désirer voir Dieu ne se trouvera pas en ce que nous souffrons, en ce qui se passe en nous, mais en ce qui se passe en Dieu ; en ce qu’il est, en sa bonté, sa beauté, sa perfection ; en Jésus-Christ, Fils de la Sainte Vierge, notre Époux.
Souvent le désir de la mort n’est pas bon, parce que, dit saint François de Sales avec finesse, il faut être une âme bien parfaite pour désirer de mourir uniquement pour voir Dieu ; souvent il y a un autre motif avec, et ce motif gâte tout à fait la chose devant Dieu. C’est parce que la vie ennuie, parce qu’il en coûte de porter sa croix qu’on désire mourir. C’est une expérience bien singulière que j’ai faite.
Toutes celles qui ont désiré la mort avec cette impatience ont fait comme dans la fable de La Fontaine : après avoir appelé la mort, lorsqu’elle venait, elles l’auraient volontiers priée de recharger leurs croix sur leurs épaules. Ces personnes-là ne sont pas les plus détachées, les plus joyeuses, les plus parfaites dans la maladie. Ce désir de mourir n’est pas un désir à cultiver, à moins qu’on ne soit arrivé à une très grande sainteté, ce que l’on ne peut guère penser de soi-même.
Jusqu’ici j’ai vu les soeurs les plus saintes, absolument abandonnées entre les mains de Dieu, prêtes à vivre et prêtes à mourir. Si Dieu manifeste sa volonté, leur âme y entre sans résistance. Une d’elles me disait sur son lit de mort : "Si Dieu m’appelle, est-ce que je ne puis pas désirer d’aller à lui ?" C’est l’élan d’une âme que Dieu invite et qui répond avec une joyeuse promptitude. Ce genre de désir est extrêmement bon.
Mais, quand Dieu ne veut pas, quand il ne donne aucun témoignage de sa volonté, quand on n’a pas encore reçu l’extrême-onction, ce désir n’est pas le désir de la Sainte Vierge, si soumis, tellement soumis qu’avec l’empire souverain qu’elle avait sur son Fils et le désir ardent que lui-même devait avoir de la placer sur le trône qu’il lui avait préparé, de présenter sa Mère à la cité céleste, de la couronner comme reine de l’Église militante, pour tout le temps que l’Église de ce monde combattra ici-bas, reine de l’Église triomphante dans l’éternité, cependant il l’a laissée un certain nombre d’années sur la terre.
Je ne crois pas qu’elle ait demandé à Dieu d’abréger sa vie. Elle a attendu l’heure marquée par sa volonté, et elle a dit comme elle l’avait dit à l’Annonciation : Je suis la servante du Seigneur [4]. Cependant, toute son âme tendait au ciel par un désir plein d’amour, un amour toujours croissant, une vue toujours plus parfaite des perfections divines, de ce qu’est Dieu, de ce qu’est Jésus-Christ pour la créature, pour l’âme rachetée, car la Sainte Vierge aussi avait été rachetée au moment de son Immaculée Conception. Elle tendait à l’union avec son divin Fils de toutes les forces de son âme, et ce désir allait toujours grandissant.
Dès sa naissance, l’amour de la Sainte Vierge dépassait de beaucoup notre pauvre petit amour. On peut certainement le dire, puisque l’Église lui applique ces paroles : Sa fondation sur les montagnes saintes [5], c’est-à-dire qu’elle a commencé là où finit la perfection des saints. Son amour, quand elle était toute petite enfant, dans les bras de sa mère, dépassait déjà notre pauvre petit amour. Pensez quel degré cet amour toujours grandissant avait atteint au moment de son Assomption glorieuse.
Pour être ses filles, tâchons de désirer Dieu, de connaître Dieu, de l’aimer, de connaître Jésus-Christ, de désirer l’aimer avec un amour toujours plus patient, toujours plus soumis, prêt à souffrir pour l’amour de Dieu et en union à sa volonté, ne nous lassant pas de souffrir, désirant seulement que le bon plaisir de Dieu s’accomplisse en nous, et cherchant à le faire si parfaitement, si pleinement dans cette vie, que nous obtenions tout de suite après notre mort la gloire que nous espérons pour notre âme, et qui assurera celle dont notre corps doit jouir après la résurrection dernière.


Sainte Marie-Eugénie de Jésus
Fondatrice des Religieuses de l’Assomption
Instructions de chapitre : 19 août 1881


[1Ce Chapitre a été revu et corrigé par sainte Marie-Eugénie. Il a été relevé dans les Textes Fondateurs.

[2Du latin comprehendere = retenir, contenir, dans le sens du troisième paragraphe : "cette vision (béatifique) était contenue dans la partie supérieure de l’âme."

[3Mt 26, 37 et Mc 14, 33

[4Fundamenta ejus in montibus sanctis. Ps 86, 1.


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