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Le lectionnaire augustinien

Une grande famille

Ce livre est le fruit d’une aventure, peux-tu nous la raconter ?

Il s’agit en effet d’une belle histoire. Il y a sept ans, comme premier assistant du Père Benoît Grière, alors provincial de France, j’ai accueilli deux religieuses.
Je les vois encore arriver en grand habit d’Augustines, chargées de lourds sacs en plastique contenant, semble-t-il, un trésor précieux. Ces Augustines de Sainte-Monique d’Arnouville-lès-Gonesse, près de l’aéroport de Roissy (Val-d’Oise) devaient fermer leur communauté et retourner dans leur maison-mère d’Hilversum, aux Pays-Bas. Ayant un grand amour de saint Augustin, elles en méditaient quotidiennement l’oeuvre. L’une des soeurs, Yvonne Peyeresaubes, à qui il faut rendre hommage, avait réalisé sur trois années une sélection rassemblant ainsi plus de 1200 extraits, suivi chacun d’une oraison.
Connaissant la tradition augustinienne des Assomptionnistes, elles venaient nous transmettre ce travail, en disant : « Vous saurez en faire un bon usage ».
Elles me laissèrent là, à la fois étonné et sceptique. Qu’allais-je pouvoir faire de cela ? J’ai vu très vite qu’il s’agissait d’un travail sérieux, l’aboutissement
d’une prière vraiment engagée dans la vie et l’action sociale qu’elles menaient. Comment pouvait-on en faire bénéficier nos communautés ? Pouvait-il être la base d’un ouvrage utile pour tous ? Comment en faire un instrument de transmission de
la spiritualité augustinienne au plus grand nombre ?

Sylvain GAsser, AACe livre est une anthologie des plus beaux textes de notre Père, peux-tu nous dire comment tu as tenu à en faire la présentation et pourquoi ? Sa structure ? Le travail des traductions ?

En effet le travail de sélection des soeurs a permis la naissance de cette anthologie qui rassemble tous les plus beaux textes, les essentiels d’Augustin qui forment un véritable lectionnaire spirituel augustinien sur une année liturgique. J’ai entrepris ce travail à partir de 2008, alors que paraissait une nouvelle traduction des Confessions par Frédéric Boyer sous le titre Les Aveux, aux éditions P.O.L. Il
s’agissait de réaliser un ouvrage renfermant tous les trésors d’Augustin. J’ai réalisé que les catéchèses d’Augustin s’inscrivaient dans le cadre de la liturgie, ce qui explique de découpage traditionnel que l’on retrouve commençant par le temps de l’Avent et de Noël, le début du temps ordinaire suivi du Carême et du temps de Pâques et d’un retour au temps ordinaire suivi d’un sanctoral où l’on retrouve les grandes solennités.
J’ai également souhaité que les contributions de grands lecteurs d’Augustin puissent rythmer cette anthologie. Les traductions ont également demandé un soin
particulier et ont été uniformisées à partir de celles publiées par l’Institut des Études Augustiniennes.

En quoi ce livre peut-il être utile à notre vie religieuse d’Augustins de l’Assomption ? Quel usage que peut en faire chaque communauté ?

On dit souvent que les catholiques, par rapport aux protestants, sont de piètres lecteurs de la Bible. Ne sommes-nous pas aussi, à quelques exceptions près, de piètres disciples d’Augustin qui en portons le nom sans le connaître vraiment ? Avec ce livre, je souhaite que mes frères puissent entrer plus facilement dans l’oeuvre immense d’Augustin, comme nous y invite le P. Marcel Neusch dans sa célèbre Initiation à saint Augustin, un maître spirituel (Cerf, 1996) ou encore dans Un chemin de conversion, une introduction aux Confessions (DDB, 1991).
Notre livre se présente comme un lectionnaire qui propose une nourriture quotidienne à mes frères et soeurs de l’Assomption. À coup sûr, les quatre cents textes proposés feront de chacun un Augustin heureux.

Notre dernier Chapitre Général nous invite à poursuivre notre tradition augustinienne et retrouver nos sources (§ 45-47). Ce livre se situe-t-il dans notre tradition augustinienne ? Où en est-on aujourd’hui depuis la naissance du Centre d’Etudes Augustiniennes le 20 janvier 1943 à Lormoy, il y a 70 ans cette année.

Je n’avais pas réalisé cette heureuse coïncidence. Mais la convergence de ces événements doit nous inviter à prendre la relève et susciter encore à la fois des personnes investies dans lapensée d’Augustin et animées de la spiritualité augustinienne. On ne refait pas l’histoire, mais l’Assomption reste toujours attachée à sa tradition et j’espère qu’elle suscitera de nouvelles vocations capables d’être des relais pour demain.
Augustin est aujourd’hui un penseur très contemporain, pour autant qu’il a été le témoin de la chute d’un empire qui n’est pas sans analogie avec ce que nous
vivons. J’en veux pour preuve de cette actualité, le Prix Goncourt 2012, attribué à Jérôme Ferrari pour son roman Le Sermon sur la chute de Rome et le roman de Claude Pujade-Renaud Dans l’ombre de la lumière. Face à l’effondrement de civilisation que nous pouvons ressentir à des degrés divers, il nous faut redécouvrir
une espérance, face à la chute d’un monde comme le fut en son temps Augustin lui-même. Sa voix n’a pas vieilli.

Ce livre porte une dédicace : quelle en est la signification ?

Je tenais à rendre hommage à celui qui m’a aidé à découvrir et aimer Augustin, le P. Goulven Madec. Durant ses cours, il m’a fait comprendre qu’il fallait d’abord entendre la voix d’Augustin nous parler. J’ai eu la chance de découvrir Augustin,
cet amoureux de Dieu, quand j’étais adolescent et cela est resté dans l’arrière-fond de ce qui fait de moi un religieux aujourd’hui. Goulven Madec, par son attitude pleine d’humilité, a fortifié ce sentiment en moi et m’a fait comprendre que l’on ne peut qu’aimer Augustin et en transmettre l’amour au plus grand nombre.

Ce livre paraît à l’heure où Benoît XVI achève son pontificat : son amour de saint Augustin lui a fait croiser la route des Assomptionnistes, le sais-tu ?

En effet, le jeune Josef Ratzinger a été en contact avec notre Institut à Paris en 1953 lorsqu’il publia sa thèse sur « Le peuple et la maison de Dieu dans la doctrine ecclésiale de saint Augustin ». À plusieurs reprises, il en a fait mémoire lorsqu’il rencontrait des Assomptionnistes.
La mort du Père Georges Folliet en 2011 lui a permis de rendre hommage à celui qu’il reconnaissait comme un maître et un grand connaisseur de l’évêque d’Hippone. Ce que Benoît XVI a livré dans ses catéchèses sur Augustin est tout à fait remarquable et l’une d’entre elles est reprise dans le livre.
 

Le Supérieur général aime à répéter que dans la mission de l’Église, l’Assomption n’a pas encore dit son dernier mot, la parution de ce livre n’est-elle pas une manière de faire entendre sa petite musique ?

Pour garder cette métaphore, je dirais qu’Augustin reste la basse continue de notre vie spirituelle. Le livre atteste qu’à l’Assomption, Augustin est encore bien vivant et que nous en vivons à toutes les générations. J’ai trouvé un immense plaisir à réaliser ce travail qui m’a permis de vérifier encore cette conviction, à savoir qu’à travers la voix d’Augustin, c’est la voix de Dieu qui se laisse entendre et qui nous répète : « Dieu toujours le même, que je me connaisse, que je te connaisse ».

par Bernard LE LEANNEC, aa
in AA. Infon.8, avril 2013



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