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L’étoile des mages : correspondre à l’appel de Dieu

Temps liturgiques : Noël
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Mes chères filles,

Nous célébrons pendant toute cette octave la fête de la gentilité [1] appelée au berceau de notre Seigneur Jésus-Christ par l’étoile apparue aux Mages. Vous savez qu’on considère généralement cette étoile comme le signe de la vocation et de l’appel de Dieu à l’âme. Nous avons été appelées aussi, nous toutes qui sommes ici. Nous avons vu cette étoile. Un jour dans notre vie, nous avons compris que nous étions appelées par Dieu. Cet appel est un si grand don qu’on ne saurait en être assez reconnaissant.

Comment avons-nous été choisies au milieu de tant de jeunes filles ? Pourquoi Dieu nous a-t-il distinguées ? Étions-nous meilleures ? Pouvez-vous vous dire : "Il y avait en moi quelque chose qui attirait le regard de Dieu ?" On a pu dire cela de la très Sainte Vierge. Plaise à Dieu que, comme pour elle, ce soit l’humilité qui ait attiré sur vous le regard de Dieu. Mais avez-vous eu toute votre vie une très petite opinion de vous-mêmes ? Vous êtes-vous mises toujours et partout à la dernière place ? C’est cela surtout qui attire le regard de Dieu. Au fond, c’est par une bonté toute gratuite que Dieu nous a appelées, c’est par un amour que rien n’explique.

Il l’a dit lui-même : Je t’ai aimée d’un amour éternel et je t’ai attirée, ayant pitié de toi [2]. C’est donc de toute éternité que se fait ce choix de Dieu. C’est l’amour particulier de Dieu pour une créature, qui fait qu’il la regarde, qu’il l’attire, pour qu’elle soit toute à lui, vouée tout entière à son service.

Quand nous voyons cette étoile qui continue à briller sur notre âme par la grâce, sommes-nous toujours fidèles à y correspondre ? Trop souvent nous tardons à la suivre. Elle luit, et nous ne savons pas pourquoi elle luit. Cependant sa clarté a brillé pour nous appeler à la vie religieuse. Nous savons qu’elle nous appelle par là même à la perfection de l’amour. Depuis le moment où nous avons suivi cette vocation, avons-nous chaque jour bien sérieusement tendu à cette perfection ?

Un saint l’est devenu en se demandant souvent : "Pourquoi suis-je venu ici ? Je n’y suis pas venu pour conserver les habitudes de la nature, pour faire ce qu’on fait dans le monde, pour me rechercher moi-même. Pourquoi ai-je quitté ma famille ? Pourquoi Dieu a-t-il fait ce choix ? Pourquoi y ai-je répondu ? C’est certainement pour quelque chose de plus que pour suivre la nature."

C’est la conclusion que je voudrais vous voir tirer de la fête de l’Épiphanie. Que chacune de vous se dise : "Dieu m’a aimée d’un amour éternel ; il m’a choisie, il m’a attirée, ayant pitié de moi." Vous aussi, ayant pitié de vous-même, vous répondrez à cet appel, en tendant à la perfection de l’amour tous les jours de votre vie avec un grand courage, un grand amour, une ferme volonté.
Les âmes appelées à la vie religieuse sont obligées de tendre à la perfection de l’amour. Cela ressort de l’obligation des vœux. Il faudrait donc y travailler avec ardeur et générosité, selon nos règles. Tâchons de pratiquer nos règles le plus parfaitement possible : l’obéissance telle qu’elle est demandée par nos règles et dans toute son étendue ; la pauvreté selon la Règle ; la mortification selon l’esprit de la Règle, car il y a un chapitre de la mortification qui ne demande pas de pénitences extraordinaires, mais la mortification habituelle, généreuse. La charité, l’humilité et toutes les vertus religieuses selon l’esprit de nos règles sont nécessaires pour atteindre cette perfection de l’amour à laquelle nous sommes obligées de tendre.

Dieu vous a tant aimées, vous a choisies avec un si grand amour ; désirez donc, mes sœurs, lui donner aussi la perfection de votre amour. Aimez Dieu par-dessus toutes choses. Ne vous est-il pas arrivé comme à moi, en lisant l’Imitation, d’être remplies de confusion à la vue de ce religieux toujours occupé de se mettre dans un état où tout en lui serait uni à Dieu, fixé en Dieu, passant au-delà de tout ce qui serait encore attache à lui-même, et dépassant toute créature pour ne s’attacher qu’à Dieu ?
Il ne faut pas s’attendre à atteindre ce but à vingt ans. Vous l’atteindrez, après un certain nombre d’années, si vous cherchez en toutes choses la volonté de Dieu ; si vous travaillez dans toute votre vie à correspondre à cette perfection de l’amour pour laquelle Dieu a fait cette grande chose de vous appeler à la vie religieuse.
C’est certainement un grand miracle que Dieu a opéré, en faisant luire l’étoile qui annonçait aux Mages la naissance de Jésus-Christ. Est-ce un moins grand miracle que de faire luire au-dedans d’une âme cette lumière qui nous a appelées à être siennes ? Est-ce une moins grande merveille que nous soyons choisies, quand tant d’autres ont été laissées ?

Combien de personnes ai-je connues, qui possédaient bien des vertus et qui ont été laissées dans la condition du monde, si pleine de dangers ! Elles sont moins heureuses que moi, même humainement parlant. Surtout si j’ai été fidèle, si j’ai donné à Dieu tout ce qu’il attendait de moi, si j’ai travaillé pour sa gloire, quelle différence au moment de la mort et pour toute l’éternité !

Que le souvenir de tant de grâces reçues soit comme l’étoile qui brille dans vos cœurs pendant ce temps de l’Épiphanie, et à laquelle vous vouliez répondre par une fidélité de tous les jours.

Sainte Marie-Eugénie de Jésus
Fondatrice des Religieuses de l’Assomption
11 janvier 1884

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Les Rois Mages suivant l’étoile.
(détail de la carte de l’Asie)
(BNF, ESP 30)
Atlas catalan
Espagne, Majorque XIVe s

[1La gentilité = les nations païennes (par opposition à Israël).

[2Jr 31, 3 (Vulg.), cité en latin : Attraxi te, miserans. - Cf. Is 54 , 8.



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