L’enjeu spirituel du moment présent

1.2 - Propositions pour aller plus loin

Conférence du père Henri Laux sj


"Nous ne nous tenons jamais au temps présent", écrivait Pascal il y a déjà plus de trois siècles. Préoccupés que nous sommes par ce qui a été ou sera peut-être, nous finissons par être absents du temps qui est le nôtre. Mais alors, où sommes-nous en réalité ? Quelle est cette vie à ce point inquiète d’elle-même qu’elle s’épuise entre tant de moments qui lui échappent ? N’y a-t-il pas à revenir à son présent ? À retrouver toujours ce point unique d’où procède le renouvellement de toutes choses ?

Le temps de la vie


Qu’il ne soit pas facile de vivre au présent est une expérience bien commune, en effet. On s’attache au passé et à l’avenir quand le présent est trop inconfortable. Avec nostalgie, on tend à retrouver les moments les plus heureux de la vie : on se complaît dans les souvenirs d’un paradis perdu que l’on rumine indéfiniment. Ou bien on se projette dans un futur idéalisé dont on attend une situation meilleure. On rêve, on est ailleurs. Les images finissent par se substituer à la réalité. On s’y attache, et l’attachement prend le sens d’un asservissement. Le présent est comme arrêté, paralysé : il disparaît. Mais s’il disparaît, que reste-t-il de la vie ?
À l’inverse, on s’attache au moment présent selon des rythmes toujours plus rapides : il n’y a plus ni passé ni avenir. Restent l’urgence, la course entre tout ce qui se présente, à saisir avant qu’il ne soit trop tard. Le temps est court. Parce qu’il s’échappe, il importe de ne pas le perdre, ce qui conduit à sur-occuper chaque instant. On ne respire plus ; on meurt de trop "vivre". Mais on sent bien que vivre, ce n’est pas cela. Les tensions psychiques et physiques, les obsessions, les effets de désintégration sociale, les rythmes incontrôlés du monde professionnel, les fatigues les plus diverses, tout cela contribue à donner au présent ces caractéristiques où le sujet échappe à la réalité de son histoire.
Ce temps perdu dans des images ou des précipitations de toute sorte est un temps indéfini ou sans limites, dispersé, sans véritable poids. Il nous devient extérieur. "Nous errons dans les temps qui ne sont pas nôtres", disait encore Pascal. Mais que croyons-nous faire dans cet ailleurs ? Qu’espérer d’un temps qui, n’étant pas nôtre, ne nous donne pas d’être nous-mêmes ? Nous y sommes étrangers à nos propres aspirations ; notre volonté n’a prise sur rien qui tienne. Par là, c’est le lieu concret de la vie qui nous échappe. Or comment vivre sans donner un lieu réel à la vie ?
Rêves et précipitations brouillent les pistes et ne permettent plus de lire ce qui arrive et d’écrire ce que l’on veut au plus profond de soi. II y a quelque chose d’insensé à ne pas se tenir au temps présent comme à vouloir fréquenter des terres inhabitables, déserts où rien ne vit sinon telle ou telle forme d’animalité.
Comme le désert abrite les mirages, les mirages d’une existence dévoilent son désert à l’existence. S’y résoudre est folie. Mais le non- sens a ceci de pervers qu’il cache ses manières d’acquiescer, à la fois non voulues et toujours recherchées, dans une sorte de paradoxe qui dit le conflit profond de l’existence.
À la différence de ces moments où la vie se brouille, le moment présent est un moment précis, posé entre des limites, comme une demeure a ses limites. Se tenir au présent, c’est se tenir chez soi. "Le monde est plein de gens qui veulent Dieu d’une volonté vague et générale", écrivait Surin, ce mystique du XVIIe siècle [1]. Comment ne pas ajouter : beaucoup veulent vivre, mais d’une volonté vague et générale, c’est-à-dire sans se tenir au point précis où il y a à vivre et de quoi vivre ? Or un vouloir précis est celui qui sort de ses errements pour s’appliquer à ce qui fait l’ordinaire de ses jours et lui donner une orientation réfléchie. Il ne s’agit pas de faire disparaître le passé ou de se refuser à l’avenir. Bien au contraire : la mémoire et l’attente doivent animer le présent. C’est dans cet ici et maintenant, sans insouciance ni maîtrise, que nous rencontrons nos forces et nos faiblesses, le lieu le plus précis de nos tentations et de nos appels. Chaque instant doit devenir un événement, un moment plein de ce qu’il récapitule et inaugure tout à la fois.
Mais alors, vivre le moment présent, c’est vivre, tout simplement. Ici, il faut entendre deux choses. La première, c’est qu’il n’y a pas d’autre moment à vivre que le moment présent. Toutes les voies plus ou moins détournées et conscientes par où l’on se cache le présent retardent la vie — jusqu’à mener à la mort. Vivre n’est pas autre chose que se décider pour le temps donné, celui qui prend sens parce qu’il est la rencontre de la volonté avec elle-même, dans l’imprévisible de ses jours, jour après jour.
Mais on entendra aussi dans le "tout simplement" qu’il y a à vivre le présent avec la plus grande simplicité. Le goût d’une vie simple pourrait être le signe le plus authentique du désir de vivre dans le présent. Sans viser la recherche archaïque d’une "vie naturelle" prétendument paradisiaque ou quelque ascétisme hostile à la technique et au monde moderne, on verra dans la vie simple une vie désencombrée de beaucoup de choses inutiles, et d’abord de cette course indéfinie après tous les biens disponibles - dont on ne précise jamais celui qui importe -, une vie sans précipitation, qui prend son temps, respecte le rythme des saisons. Une vie simple retrouve la saveur des choses élémentaires ; dans les complexités rencontrées, affectives, sociales ou professionnelles, elle veut s’en tenir à ce qui construit durablement.
Dès lors, le présent devient le temps où, toutes choses se simplifiant, la vie tend à son unité. Il est véritablement temps de la vie. Il se vit comme une attention.

Le moment de l’attention


Être attentif ou inattentif : l’alternative paraît souvent secondaire, tant on s’habitue à ce que les fautes d’inattention relèvent de la distraction plus que d’une attitude foncièrement voulue et répréhensible en tant que telle. On se souvient des fautes de l’enfance, à demi excusées quand elles relevaient de l’inattention, sortes d’étourderie sans gravité. Puis, avec les années, on a fait l’expérience que l’inattention, apparemment vénielle, pouvait avoir aussi les plus douloureuses conséquences. Dans l’ordre des relations humaines, combien de liens (parfois très chers) n’ont-ils pas été défaits par de banales inattentions, toujours graves, puis décisives à force d’être répétées ? Être attentif, alors, c’est s’arrêter, arrêter en soi beaucoup de choses (à chacun de les nommer) pour se tourner vers ce qui arrive ; c’est par la décision de se tendre tout entier vers autrui, et vers soi-même, et vers plus grand que soi, que toutes les voix auront chance de ne pas se perdre.
Si l’attention est si centrale, c’est qu’elle appelle la décision de rompre avec le tumulte. Comment une existence tumultueuse entendrait-elle ce qui appelle, du plus proche au plus lointain ? Les rythmes effrénés s’interdisent l’attention ; les obsessions du corps et de l’esprit aussi. Quand la vie se passe à entretenir des complexités sans nombre, à se précipiter dans des impasses, à séjourner dans des images vaines, comment pourrait-elle écouter ? Que serait-elle capable de construire ? Et pourtant, c’est bien là qu’il y a urgence à écouter. Quand la vie se défait ou, plus couramment peut-être, peine à fructifier, il y a à retrouver en soi du silence pour être attentif à la réalité de ce qui est donné. Le silence, le repos ou la gratuité, la distance avec soi-même, tous ces termes veulent dire le chemin par où l’homme doit apprendre à vivre dans la paix pour se tenir sur le terrain du réel.
L’attention consiste à rencontrer les événements. L’évangile de Luc raconte qu’après l’épisode où Jésus enfant était resté au temple parmi les docteurs de la loi, Marie "gardait tous ces événements dans son cœur" (2,51). Recueillir ce qui se produit, le méditer dans son cœur et son intelligence, c’est en effet prêter véritablement attention à ce qui se passe. Trop de faits "passent", justement, suivis par d’autres qui les chassent, dans une insignifiance perpétuelle, et l’on "passe" à côté d’eux : on ne les rencontre pas. Ainsi, Jésus ne se faisait pas faute de reprocher aux disciples leur inintelligence : voici qu’il avait multiplié les pains pour la foule, et ils en étaient encore à se soucier de leur nourriture (Mc 8,14-21). Et de beaucoup d’autres faits — peut-être de presque tous —, il en était de même. Ils ne comprenaient pas, ne voyaient pas, n’entendaient pas. Leur vie n’était pas attentive. Elle était en avance ou en retard, hors d’elle-même, hors du présent.
Mais pour avoir sens, ce qui arrive doit être vu et entendu. C’est cela, la rencontre. Il faut le temps du recueillement, le temps du cœur et de l’esprit, pour que les faits laissent se déposer ce qu’ils portent. Alors, ils deviennent des événements, contemporains du sujet qui les accueille. Habiter le présent appelle à ne pas laisser perdre ce qui survient. Que recueillir par conséquent ? Tous les événements personnels qui nous concernent, bien sûr : les décisions prises ou évitées, les refus et les ouvertures, les expériences de joie et de tristesse. Mais aussi les forces qui travaillent l’histoire dans laquelle nous sommes, les grands et petits événements par où l’humanité s’affirme et se nie, car c’est de tout cela que notre présent se constitue. Nous ne serions pas attentifs à ce qui nous arrive si nous n’intégrions pas le monde qui nous traverse. Méditer les événements dans une veille incessante, cela revient à les interroger : sont-ils "insulte à la gloire de Dieu", "amour du néant, course au mensonge", selon l’écho du psalmiste (Ps 4), ou rencontre de la justice et de l’amour ? Le temps porte des enjeux de vie et de mort. Il s’agit de lui prêter attention pour vivre le moment présent.
C’est donc l’attention à ce qui arrive aujourd’hui et maintenant qui fait du présent le point précis de notre inscription dans l’histoire. Le présent a une densité. Il n’est pas abstrait. Il n’a de réalité que par l’accueil d’un passé et d’un avenir.

Accueillir passé et avenir


Il y a en effet à se tourner vers le passé, dans son ambivalence même. D’un côté, le passé est le temps de la fondation, temps de la naissance, individuelle ou collective, avec tout ce qui a pu être donné comme bienfaits. Un peuple se souvient de sa sortie d’Egypte, d’une marche fidèlement accompagnée dans le désert, d’une terre accordée, d’un pardon toujours renouvelé ; un homme se souvient de sa sortie de servitude, d’une existence restaurée, d’un amour à ses côtés. Or cela ne saurait appartenir à un passé révolu. Le souvenir de ce qui a été donné constitue le présent : rappeler le don, c’est continuer à en vivre et s’animer de la force qu’il contient. D’un autre côté, le passé veut parfois être oublié : quand il a été douloureux, porteur d’échecs qui durent encore, pourquoi et comment s’en souvenir ? Mais l’ignorer ne guérit pas la souffrance. C’est plutôt la reconnaissance de ce qui a été qui peut être le chemin d’une libération et même d’une paix retrouvée. Alors, le passé mauvais, reconnu comme n’étant pas le dernier mot de notre histoire, aura capacité à être le point d’où tout peut recommencer.
Et puis, il y a à porter attention à l’avenir : consentir à l’avenir d’où naîtra le présent. On connaît de multiples manières de se tourner vers le lendemain. Beaucoup désertent le présent : elles entretiennent le rêve. Quand le présent est inconfortable, il fait bon se reposer dans l’espoir de jours meilleurs. Mais il y a toujours de bonnes raisons de ne pas se contenter du moment où l’on est ou du pays que l’on habite : l’ailleurs est désirable. Pourtant, quand il n’est pensé qu’à la mesure des choses connues, comme un superlatif de ce que l’on possède déjà, cet ailleurs ne va jamais bien loin : il déplace indéfiniment les piquets de la tente, mais la terre reste la même. L’épuisement est assuré. Consentir à l’avenir, au contraire, c’est croire en une infinie promesse de vie, attendre avec assurance une nouveauté sans limite, à travers les bouleversements de l’existence et en refusant de se laisser submerger par ses peurs. Le rêve efface le présent ; l’avenir le transfigure. Il n’y a alors de présent possible que dans l’attention à l’avenir. On en fait assez l’expérience dans les moments de deuil ou d’épreuve, quand la vie n’est plus dans la restauration de situations passées. Vouloir reproduire ce qui a été est une impasse, tandis que la confiance en ce qui vient peut seule refaçonner le présent, comme se façonne une création nouvelle.
L’ordinaire des jours aussi est limité quand il s’arrête à la suite de ses instants, menacés par le vide. Consentir à l’avenir - autre nom de l’espérance -, c’est alimenter le présent à sa source vive. Le présent vit d’être redonné à lui-même.

Devenir une présence


La vie éprouvée comme attention à ce qui arrive pourrait exprimer ainsi son enjeu : devenir une présence, réaliser la Présence. Ce qui advient en Jésus permet de comprendre quelque chose de cela. Prenons un récit de guérison, celui où Jésus guérit la belle-mère de Pierre (Lc 4,38-44), puis de nombreuses maladies avant de se rendre dans le désert et, rejoint par les foules, de continuer à prêcher dans les synagogues.
Il est une manière courante de comprendre les gestes de Jésus comme des actions dispersées çà et là, presque de façon arbitraire. Ici, Jésus guérit ; là, il chasse un démon ; plus loin, il ressuscite un démon, comme s’il tirait de sa réserve des prodiges admirables, séparés les uns des autres ; une sorte de "fait du Prince", sans doute exceptionnel mais quelque peu artificiel. Or que se passe-t-il dans le récit de Luc ? Une femme est malade ; Jésus est là ; il se penche vers elle - entendons : il est vraiment là, pour elle, par tout lui-même, et ce qui épuisait cette femme (la fièvre) est menacé. II ne fait rien d’autre que d’être là, mais avec une telle présence, dans un tel rapport de forces avec le mal (c’est le sens de la menace), que le corps et l’esprit de cette femme en sont apaisés !
Le soir venu, ce n’est plus une malade, mais tous les malades qui viennent à lui et qu’il guérit. Il guérit toutes les maladies, sans choisir, car sa force ne se divise pas : elle est pleine et entière. Comment guérit-il ? Par la simplicité de sa main étendue. N’est-ce pas le signe de sa présence entière offerte à ceux qui sont là ? Rien d’autre n’est dit, mais on le comprend : Jésus était d’une présence telle, dans le présent de toutes ces foules, il était tellement libre que leur servitude ne pouvait plus tenir. Et cette souveraineté était de chaque instant. C’est alors aux autres villes qu’il fallait aller, toujours plus loin dans l’espace du pays et le cœur de l’homme, pour transmettre la bonne nouvelle du salut, et la réaliser déjà dans la continuité de tant de rencontres. Au fond, tous ceux qui acceptaient de se tenir en sa présence étaient transformés : ils revenaient à la vie. Et ce qu’il réalisait pour tous, Jésus devait vouloir que cela fût aussi par tout homme devenu disciple. Appelé à partager l’esprit de son Seigneur, le disciple est convié à vivre de cette présence pour être cette présence au milieu de tous.
Le langage commun comprend bien quelque chose de cette expérience. Lorsqu’on dit d’une personne qu’elle "a de la présence", on signifie qu’elle habite réellement son lieu et rencontre autrui avec justesse : elle le marque, le transforme d’une certaine façon. Inversement, lorsqu’on dit d’une autre qu’elle "n’est pas présente à ses paroles et à ses actes", on veut dire, à travers l’insignifiance du langage ou de l’action, une difficulté à être. Jésus, lui, est présent à chaque instant pour toute rencontre.
Mais au milieu des guérisons racontées par Luc, Jésus s’est retiré dans un lieu désert. En ce lieu à l’écart, il prête attention à la voix de son Père, cette voix qui le met en mouvement et le rend attentif à toute voix venue des foules. A la suite de Jésus, le moment présent est donc celui où on se laisse rencontrer, habiter et saisir par plus grand que soi. On ne fuit pas la rencontre, on la laisse venir quand elle choisit de venir, en un temps dont on n’est pas le maître. Nul calcul en cela, mais, au contraire, une attention vécue comme veille incessante : l’appel de Dieu et celui du plus petit deviennent le même appel, celui à "ne pas se dérober à son semblable", selon l’injonction prophétique (Is 58,7). Encore faut-il pour cela méditer tous ces événements en son cœur. Se laisser habiter : devenir la demeure de plus grand que soi pour en abriter les exigences, leur donner corps en les inscrivant dans la continuité des jours. Se laisser saisir : la voix entendue n’est pas de celles que l’on reçoit avec courtoisie chez soi pour un temps ; elle vient prendre la vie entière de celui qu’elle saisit pour la conduire sur des chemins bien précis. Une vie saisie est une vie animée désormais par un autre dont l’esprit ne fait plus qu’un avec elle, à l’image de Paul saisi sur la route de Damas, puis sur toutes ses routes.
C’est bien dans le présent que se forment les manières d’être qui rendent la vie désirable et apprennent à la sauver de ses impasses. Le présent n’est pas le temps de la répétition, surdité ou inattention à ce qui vient, mais le temps de la nouveauté, accueil d’un esprit venu répandre son souffle sur toute loi de l’humanité. Il a pour enjeu la réalité même de la vie évangélique. Il est le milieu précis où une attention à ce qui arrive apprend ce qu’est aujourd’hui vivre en vérité. Non pas dans les souvenirs ou la fuite en avant, non pas dans l’indétermination tumultueuse, mais dans la mémoire de ce qui a été donné et le consentement à un avenir de promesse. Par l’accueil en lui-même de plus grand que lui, accueil de l’unique voix de son Père et de l’humanité multiple, Jésus se laisse conduire : il donne jusqu’à l’extrême sa présence et suscite dans les disciples de nouvelles présences, d’authentiques formes de la Présence, comme l’unique louange du Dieu fait chair. Ainsi, dans la suite des temps, le Christ réalise la présence de Dieu au milieu de nous.


L’enjeu spirituel du moment présent
Conférence du père Henri Laux sj
Récollection de l’association Socrate Saint Paul
26/11/2016 - Paris


[1Lettre 214, Correspondance, Desdée de Brouwer,1966, p 727


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