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L’Immaculée Conception

Sur la Vierge Marie

Nous célébrons aujourd’hui une des plus belles fêtes de l’Église en l’honneur de la très Sainte Vierge. Nous qui honorons le mystère de son Assomption, rappelons-nous que cette grande gloire, toutes ces splendeurs, toutes ces vertus, toutes ces grâces merveilleuses ont leur origine dans son Immaculée Conception.

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Je me sens portée à vous faire aujourd’hui une réflexion très pratique pour vous : il est nécessaire de mettre au fond de tous nos efforts, de toutes nos pensées de perfection, la conviction que nous sommes conçues dans le péché, par conséquent rapporter à cela toutes les difficultés, les imperfections, les combats que nous rencontrons dans la vie.

Vous savez que le premier homme, créé dans l’état de justice originelle, était toujours porté au bien. Il avait constamment la lumière dans son entendement, la bonne volonté dans son cœur. L’on comprend difficilement comment, avec une si grande lumière, avec une si grande facilité pour le bien, Adam ait pu se laisser entraîner jusqu’à s’éloigner de Dieu. C’est pourquoi son péché est si grand.

Le baptême nous rétablit dans la justice et nous enlève certaines suites du péché ; mais il ne les enlève pas toutes. Il nous laisse l’ignorance, l’inclination au mal, ce que les Pères appellent le foyer du péché (Fomes peccati). Il faut réfléchir souvent là-dessus. Cette conviction nous aidera puissamment à la pratique de l’humilité. Car si l’homme doit se tenir comme un néant devant Dieu, l’homme pécheur a bien d’autres raisons pour être humble.

Il faut bien pénétrer ceci. Je remarque souvent dans mes rapports avec les sœurs une grande indignation dans les âmes, quand elles trouvent en elles quelque chose d’imparfait. Ce sont des combats, des afflictions, des désolations, des étonnements. "Mais je n’ai pas toujours été comme cela ! Mais comment ! Jamais je n’avais eu de telles pensées ! J’avais tant d’amour pour notre Seigneur et tant de ferveur !…" Enfin des dispositions admirables. Eh bien, voyez, mes filles, ces âmes ne sont pas convaincues qu’au fond d’elles-mêmes il y a l’inclination au mal.

Saint Jean de la Croix dit que nous portons en nous le germe des sept péchés capitaux, et premièrement un orgueil immense ; nous pouvons ne pas en connaître d’abord toute l’étendue. Notre Seigneur donne à l’âme les premières grâces qui l’attirent à lui. Elle ne viendrait pas s’il ne la prévenait par sa douceur et ses consolations ; mais, lorsque l’âme commence à se donner à la piété, elle s’attribue dans son orgueil les grâces que notre Seigneur lui accorde gratuitement, ce choix, cette bonté, cette préférence. Un vieux confesseur me disait un jour : Lorsqu’on veut apprivoiser un jeune cheval sauvage, on lui présente de l’avoine, et, pendant qu’il la mange, on lui met le licou. Ce confesseur prétendait que notre Seigneur agissait ainsi avec les âmes.

Il ne fait peut-être pas exactement la même chose. Mais peut-être que notre Seigneur aurait moins de serviteurs particuliers, de servantes exclusivement à lui, si, dans la jeunesse, il ne donnait à l’âme cet attrait, cette consolation, cette joie d’amour qui surpasse toutes les joies du monde et par laquelle elle est attirée. C’est une visite de Dieu, mais c’est Dieu seul qui fait tout.

L’âme alors, quoique imparfaite, voyant venir à elle notre Seigneur, qui est la béatitude même, le voit tellement béatitude, tellement beauté, tellement amour qu’elle ne peut s’empêcher de le préférer à tout. Dans son orgueil, elle s’imagine faire de grandes choses, quand il lui est comme impossible de faire autrement. Ne croyez pas qu’elle fasse de grandes choses, qu’elle ait aucune perfection ou aucune vertu, elle est avant tout très satisfaite d’elle-même. Si elle marche, c’est notre Seigneur qui la porte, et, comme dit l’auteur de l’Imitation : Il n’est pas difficile d’agir lorsque nous sommes portés par la grâce.

Notre Seigneur ne peut laisser l’âme dans cette illusion. Il ne permettra pas qu’elle arrive à son dernier jour, rendant grâces de tous ses mérites, quand, en définitive, elle n’en a aucun ; se croyant beaucoup de générosité, beaucoup d’amour, et n’ayant rien. Non, après nous avoir portés dans ses bras, notre Seigneur se retire, afin de voir l’âme former ses petits pas, comme le dit saint François de Sales.

Qu’arrive-t-il alors ? L’âme est désespérée, découragée ; elle croit ne plus rien faire pour Dieu. L’amour-propre qui la satisfaisait est mécontent ; elle ne se voit plus aucune des vertus qu’elle s’imaginait avoir. Elle se croit perdue. Rien n’est perdu pourtant. C’est notre Seigneur qui agit et veut la faire entrer dans une autre voie, une voie où elle pratiquera plus de générosité en le suivant sur le Calvaire, car la voie de la perfection n’est pas toujours douce. Cette histoire est celle de toutes les âmes, et il n’est personne ici qui ne puisse se l’appliquer. Elle est quelquefois sèche et dure.

Voilà pour l’orgueil. Saint Jean de la Croix continue et passe à l’avarice. Il y a une avarice spirituelle qui tient à ses mérites propres, et ne se réjouit pas autant de voir les mérites dans les autres. On est avare de consolations, avare de biens spirituels. Je ne parle pas de cette avarice grossière qui nous attache aux biens de ce monde, bien que les saints aient parfois éprouvé le besoin de se détacher d’un petit rien, afin d’être tout à Dieu.

Puis c’est la luxure, non pas sans doute le vice grossier, mais certaines recherches, certain plaisir de l’admiration des créatures qui doivent être expurgés.

Ensuite l’envie, pas l’envie grossière, mais certaines racines de jalousie, une émotion de tristesse qui nous prend le cœur, lorsque nous voyons d’autres personnes au-dessus de nous ou qui nous sont préférées, lorsque nous les voyons avancer plus vite que nous, mieux faire, nous dépasser. Nous ne nous réjouissons pas de voir Dieu mieux servi. Nous ne pensons pas que l’avancement de ces âmes n’empêche pas du tout notre propre avancement, et que la société des âmes parfaites peut nous être d’un grand secours.

La gourmandise ! Il y a une gourmandise spirituelle et une gourmandise matérielle qui conservent leurs racines en nous. La colère encore bien plus ! C’est un des vices dont on se défait le plus difficilement. Dans les occasions, c’est une indignation, un soulèvement, une irritation, un ennui, au lieu de porter tout en patience. Saint Jacques dit : Celui qui porte tout en patience est un homme parfait (Jc 1, 4.), patient à porter tous les fardeaux, patient avec tous les caractères.

La paresse a aussi ses racines en nous, pas en toutes également, mais enfin elles s’y trouvent.

À côté de cette imperfection générale, qui n’admet qu’une seule exception admirable en la très Sainte Vierge, nous voyons que les saints ont édifié leur perfection sur la connaissance de leur bassesse. Nous voyons leurs efforts pour se dépouiller de la racine du péché et pour pratiquer l’humilité, en se méprisant eux-mêmes. Sainte Jeanne de Chantal dit que les saints ne méprisent jamais les autres, trouvant assez à mépriser en eux-mêmes.

Honorons la Sainte Vierge, exempte de toute tache et cependant la plus humble de toutes les créatures, et demandons-lui d’acquérir l’humilité par notre imperfection, comme elle a acquis l’humilité par sa perfection. Ce n’est pas précisément sur sa pureté et ses autres vertus que Dieu a basé toutes les grâces dont il l’a comblée, mais particulièrement sur son humilité. Pour nous, mes filles, tâchons de faire servir notre imperfection au profit de notre humilité.

Sainte Marie-Eugénie de Jésus
Fondatrice des Religieuses de l’Assomption
Instruction de chapitre du 8 décembre 1872

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