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Kinshasa, témoignage de Sr Générose après la journée de protestation du 21 janvier 2018

RD Congo


Chères sœurs, chers amis


Si le Seigneur ne garde la ville, c’est en vain que veille les gardes. (Ps. 126, 1b)


Beaucoup veulent avoir de nouvelles. Enfin, je puis vous les partager. Merci de vos prières pour nous.
 
Le dimanche 21 janvier 2018, à la messe, alors que nous n’avions même pas reçu la bénédiction finale ni même les instructions concernant la marche, nous étions surpris par le jet des gaz lacrymogènes. Ça fusait de partout. Nous courions çà et là dans l’église cherchant des personnes qui avaient apporté de la margarine pour appliquer sur le visage.
Quand ils ont arrêté de lancer des gaz lacrymogènes, le prêtre, le vicaire de la paroisse Saint-Augustin, courageux prit une croix, passa devant les chrétiens et commença à marcher, nous l’avons suivi. Il y avait aussi une foule de non catholiques qui attendaient dehors pour marcher avec nous. Quelques minutes après, les policiers nous attaquèrent. Ils se saisirent du prêtre, le jetèrent dans la boue et déchirèrent ses ornements liturgiques. La foule se dispersa. Des jeunes courageux continuèrent la marche jusqu’à un certain niveau, à dix minutes de l’église. Ils rencontrèrent une embuscade, les policiers tirèrent à bout portant, l’un d’eux fut touché et mourut. Ils revinrent avec le corps à la paroisse.


Au même moment, les chrétiens de trois paroisses alentours (Saint-Benoît, Saint-Laurent, et Sainte-Christine) arrivèrent à Saint-Augustin, les jeunes chantaient : "nous sommes réunis maintenant, nous sommes une force". Les policiers demandèrent du renfort. Deux camions remplis des militaires en tenue de la police avec des casques blancs (qu’on appelle ainsi à Kinshasa), les militaires de Mamadou nous entourèrent.
Ce fut le début de la guerre entre les militaires doublé de la police contre un peuple sans armes. Je ne sais le nombre de gaz lacrymogènes qu’ils jetèrent dans une église archicomble. L’église était remplie de fumée. Et ils tiraient en l’air dehors. En réalité, ils faisaient pression non seulement pour nous empêcher de continuer la marche de protestation mais aussi pour s’emparer du corps du jeune tué par balle. En effet, ils avaient reçu l’ordre de récupérer tous les corps pour effacer les traces. Malheureusement il y avait des journalistes qui avaient déjà pris des photos.
Nous avons vu des jeunes escalader le mur de l’église pour fuir des tirs, ils tombaient dans l’enceinte de l’église, blessés par les fils barbelés qui les retenaient. Ceux qui étaient à l’intérieur, étouffaient, par les gaz qui n’arrêtaient pas de fuser de toutes parts.


Quand ils ont tué le jeune garçon, il y a eu des jeunes qui ont fui dans les maisons alentours, la fouille dans ces maisons a commencé, les policiers et les militaires y entraient systématiquement pour dénicher les jeunes garçons et les arrêter. Même ceux qui n’avaient pas marché avec les chrétiens furent arrêtés.


Finalement vers 12h00, après une forte pression, ils décidèrent de pénétrer dans l’église, ils évacuèrent la foule, ils récupérèrent le corps que nous avions caché au secrétariat de la paroisse. Il n’y avait même pas un drap pour couvrir le mort, heureusement que j’avais pris un pagne supplémentaire en pensant à moi-même au cas où quelque chose m’arriverait, je l’ai donné pour couvrir le corps. Un taxi est arrivé avec la croix rouge pour emmener la dépouille à la morgue. Bizarre, c’est la paroisse qui a payé pour que le corps de ce garçon soit embaumé. 
Nous avons appelé la MONUSCO plusieurs fois, espérant que ces gens viendraient vite pour nous secourir en vain. Les gens de la MONUSCO sont arrivés quand l’église fut déjà vidée, nous n’étions plus encerclés par les fameux militaires, des méchants comme on les appelle Kinshasa.


En fait nous avons appris qu’il y a des églises qui étaient ciblées, les policiers avaient reçu l’ordre de nous empêcher de marcher par tous les moyens notamment Saint-Augustin, la nôtre, Saint-Joseph, Saint- Alphonse, Saint-Christophe, Saint-François de Sales où une aspirante a été tuée. Ironie du sort, elle était la fille d’un colonel. J’ai oublié les autres noms des paroisses ciblés.


Cette fois-ci, les policiers et les militaires ont été plus violents envers le clergé. Notre frère, un diacre assomptionniste, a été tabassé copieusement ; un passionniste, curé d’une paroisse a été déshabillé et frappé devant ses paroissiens, plusieurs autres ont été torturés dans les locaux de l’ANR, agence de renseignement.
À croire que nous vivons à l’époque de l’union soviétique. Il y avait pendant la célébration eucharistique, des jeunes gens payés par les membres de gouvernement pour les informer du déroulement de la messe. Ainsi ils savaient à quel moment ils pouvaient commencer le jet des gaz lacrymogènes. Sœur Clémentine Myriam témoigne qu’il y avait deux jeunes juste à côté d’elle qui communiquaient au téléphone par texto tout le temps, deux aspirantes ont dit la même chose, et à la fin de notre calvaire, des jeunes choristes dirent les avoir vu aussi. Triste réalité !


Les gaz lacrymogènes ont des conséquences que nous ne mesurons pas. Nous avions tous les larmes aux yeux malgré la margarine que nous appliquions au visage, beaucoup toussaient. Il y a des personnes qui ont eu la peau déchiquetait lorsque cela touchait leur corps vu la force avec laquelle ils étaient jetés. Même plusieurs jours après l’événement, le visage continue à avoir une sensation de brûlure, les yeux aussi. Certains ont eu mal à la gorge. 
Clémentine Myriam et moi sommes revenues en communauté peu avant 13h, quittant enfin notre "prison à ciel ouvert" comme le souligne le cardinal Monsengwo dans son message du 21 janvier.
Cette journée a été très stressante, plus que le 31 décembre pour les personnes qui y étaient présentes. L’Église catholique pense continuer la lutte. En février, une autre marche est prévue. Je crois que plusieurs personnes vont se joindre à nous.
Même les familles de militaires et policiers, pensent enfin se joindre à l’Église pour protester, ce calvaire les a touchées par la mort de leur fille, l’aspirante Thérèse. Les gens commencent à comprendre que la lutte menée par l’Église concerne tout le pays. 
Voilà le petit partage de ce que nous avons vécu.


Générose Thérèse r.a.



Story of the bloody police crackdown of the anti-Kabila marches on January 21st in one of Kinshasa’s parishes
Last Sunday, January 21, a peaceful march organized by the Coordination committee of the Catholic Church in the DRC to demand the application of the Political Agreement of December 31, 2016, was violently repressed by the police. There were wounded, arrests and deaths. The internet and SMS were even cut off for four days. Here is the story told by Sister Générose Thérèse who was present
...

Kinshasa, January 27, 2018
Dear sisters and friends,
"If the Lord does not guard the city, it is in vain that the guards watch. Ps. 126, 1
Many of you have asked for first hand news of what’s been happening here. I’m able now to share something about our experience. Thank you for your prayers for us.
On Sunday, January 21, at the end of the Mass, when we had not even received the final blessing or the instructions regarding the march, we were surprised by the jet of tear gas bombs. They were being fired everywhere. We ran here and there in the church looking for people who had brought margarine to apply to our faces. When they (the police) stopped firing tear gas, the priest, the vicar of the parish Saint Augustine, bravely took up the cross, passed in front of the Christians and began to march, we followed him. There was also a crowd of non-Catholics waiting outside to march with us. A few minutes later, the police attacked us. They seized the priest, threw him in the mud and tore his liturgical vestments. The crowd dispersed. A group of brave young men continued the march until, ten minutes from the Church, they ran into an ambush of police firing at them point-blank ; one of them was hit and killed on the spot. They returned with the body to the parish.
At the same time, the Christians from three surrounding parishes (Saint Benoit, Saint Laurent, and Saint Christine) arrived at Saint Augustine, the people were singing : “We are gathered together now, we are a force“. The police called for reinforcements. Two trucks filled with soldiers in police uniforms with white helmets, called in Kinshasa "soldiers of Mamadou", surrounded us and pushed us back into the church. This was the beginning of the war between the soldiers and the police against an unarmed people. I can’t tell the number of tear gas bombs they threw into the church that was full to cracking. The church was full of smoke. And they were shooting outside. In fact, they were harassing us not only to stop us from continuing the protest march but also to get hold of the body of the young person who had been shot and killed. Indeed, they had received orders to recover all the bodies in order to erase the traces. Fortunately there were journalists who had already taken photos. We saw young people trying to climb the church wall to flee the shooting ; they fell into the compound, wounded by the barbed wire. Those inside were suffocated by the gas that kept pouring in from all sides.
When they killed the youth, the others fled into the surrounding houses. The crowds began entering these houses and the police and soldiers routinely entered to find and arrest them. Even those who were not involved in the march with the Christians were arrested.
Finally at around 12 noon, after a lot of pressure, they decided to enter the church, they evacuated the crowd and recovered the body that we had hidden in the parish secretariat. There was not even a sheet to cover the dead, fortunately I had taken an extra cloth thinking of myself in case something happened to me ; I gave it to cover the body. A taxi arrived with the Red Cross to take the remains to the morgue. We called the MONUSCO (UN Peace corps) several times, hoping that they would come quickly to rescue us, but in vain. The MONUSCO soldiers arrived when the church was already empty ; we were no longer encircled by the famous soldiers, “villains” as they are called at Kinshasa.
Later we learned that certain churches were specially targeted ; the police had been ordered to prevent people from marching by all means. These were ours, Saint Augustine, Saint Joseph, Saint Alphonsus, Saint Christopher, and Saint Francis of Salles where a pre-postulant was killed. Ironically, she was the daughter of a colonel. I forget the names of the other targeted parishes.
This time around, the police and the military were more violent towards the clergy. Our brother, an Assumptionist deacon, was beaten copiously ; a Passionist Father was stripped naked and beaten in front of his parishioners, several others were tortured in the premises of the ANR, the intelligence agency.
We felt like we were living in the Soviet Union during the cold war era. During the Eucharistic celebration, there were young people who had been paid by the government to inform them of the progression of the Mass so they would know when to start the tear gas. Sister Clementine Myriam testifies that there were two young people right next to her who were communicating on the phone by SMS all the time, two of our pre-postulants said the same thing, and at the end of our ordeal, some of the choir members said they saw them also. Sad reality !
Tear gas has consequences that we had not expected. We all had tears in our eyes despite the margarine we applied on our faces, many coughed. There are people who had their skin shredded when it touched their bodies because of the force with which the bombs were thrown. Even several days after the event, the face continues to have a burning sensation, eyes too. Some had sore throats.
Sister Clementine Myriam and I returned to the community shortly before 1 pm, finally leaving our "open air prison" as Cardinal Monsengwo underlined in his message of January 22nd.
The day was very stressful, more so than December 31st say people who were there. The Catholic Church intends to continue the struggle. In February, another march is planned. I believe that many more people will join us.
Even some military and police families, affected by the death of the daughter of a colonel, the pre-postulant Thérèse, are saying they will now join the Church to protest. People are beginning to understand that the struggle of the Church is the struggle of the whole country.
So here is a brief sharing of what we experienced.
Sr. Générose Thérèse r.a.



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