Jour de Pâques

Pâques

Les textes bibliques usent de langages et de narrations différents pour dire le mystère de la résurrection qui est au fondement de notre foi. Les Evangiles ne décrivent jamais le moment de la Résurrection. Ils parlent plutôt de ces expériences où les hommes et les femmes qui ont suivi Jésus découvrent que l’histoire ne s’est pas terminée quand la pierre a scellé le tombeau où est enterré le Crucifié. Ainsi de Marie de Magdala qui, le premier jour de la semaine vient au tombeau où on a déposé celui qu’elle a aimé et qu’elle croit mort. Il fait encore sombre : pour elle le jour n’est pas encore levé, la lumière n’est pas encore faite sur ce qui est en train de se passer. Elle vient et voit la pierre enlevée du tombeau. Cette vue de la pierre déplacée lui suggère que le corps n’est plus dans le tombeau. Sans prendre le temps de vérifier, elle court prévenir les disciples. L’espace clos du tombeau est ouvert sur le monde, mais Marie, comme nous l’apprenons des paroles adressées aux disciples, n’imagine que l’absence du corps. C’est de ce corps dont elle parle, un corps qu’on aurait enlevé et curieusement ajoute-t-elle : nous ne savons pas où on l’a mis. Elle ne saisit pas l’événement, mais elle sait que c’est toute la communauté des disciples de Jésus qui en est affectée.
Marie donc, qui a le sens de la communauté, se trompe : ce n’est pas le Seigneur qui a été enlevé. Le narrateur nous l’a dévoilé : c’est la pierre qui a été enlevée, comme déjà pour Lazare on l’avait roulée. Marie aurait pu se souvenir de ce signe d’une vie échappée du lieu de la mort. Mais son désarroi, sans doute, l’enferme au point que sa mémoire se fige et n’ouvre pas à l’espérance.
Les disciples prévenus sortent, courent jusqu’au tombeau. Ils sortent de leur repli sur soi et entrent dans le tombeau vide, où il n’y a rien à voir que les linges laissés là. Les signes de la mort sont présents, mais la mort n’est plus là. Le disciple bien-aimé, l’autre disciple, voit l’absence de Jésus et croit qu’elle n’est pas contraire à sa présence... Il comprend sans doute aussi que l’amour ne disparaît pas, qu’il se vit autrement.

Dans les Actes des Apôtres, c’est Pierre qui proclame la bonne nouvelle chez le centurion. Il raconte en déployant le kérygme, l’annonce de la mort et de la résurrection de Jésus. Il cherche à montrer que la résurrection de Jésus s’est inscrite dans l’histoire. Il insiste même pour parler du Christ ressuscité, comme celui avec qui nous avons mangé et bu après sa résurrection d’entre les morts. L’insistance est mise sur la matérialité des apparitions, comme pour lutter contre une lecture trop spiritualisante du fait. Oui, la résurrection est un événement attesté par des témoins, inscrit dans le temps et dans l’espace. Pierre encore, dans son discours, relie la résurrection (passée) de Jésus, l’onction (présente) de l’Esprit, et le retour (futur) du Christ à la fin des temps : Il nous a chargés d’annoncer au peuple et de témoigner que Dieu l’a choisi comme Juge des vivants et des morts. Dans la perspective de Luc, la résurrection est la clé de voûte de sa compréhension de l’histoire. Elle permet le déploiement du temps de l’Eglise et rend fiable la perspective de la parousie à la fin des temps.

Alors il est bon aussi de lire l’épître aux Colossiens. Elle est, dans le passage proposé par la liturgie, exhortation à rechercher les réalités d’en haut où se trouve le Christ Ressuscité. Le rappel du passé libérateur (vous êtes ressuscités avec le Christ) provoque une orientation de la vie présente vers le Ressuscité (recherchez donc les réalités d’en haut), puis se tourne vers le futur (votre vie reste cachée avec lui en Dieu...). L’éthique est, au fond, l’espace où la réalité présente de la résurrection devient, de façon fragmentaire encore, une réalité qui peut déjà être expérimentée dans la vie quotidienne des croyants. De plus, malgré les vicissitudes de la vie terrestre, le salut est déjà une réalité présente, quoique encore cachée au ciel. Paul en affirme la certitude. L’avenir rendra manifeste une réalité actuelle ; il dévoilera que les croyants sont déjà en Christ. C’est une eschatologie d’épiphanie que l’épître nous propose donc.

Ce jour que fit le Seigneur est un jour de joie, alléluia ! Notre monde est l’espace où aujourd’hui jaillit la Pâques... nos vies, l’espace où elle s’expérimente, notre espérance l’attente de son plein dévoilement.

Sophie Ramond, RA
Province de France

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