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Itinéraire pour les six dimanches de Carême

Année liturgique 2014-2015 [B]

Dimanche I

La grand-route du carême est encombrée. C’est une route suivie par les catéchumènes, qui renaîtront de l’eau et de l’Esprit pendant la nuit de Pâques. C’est une route suivie par tous les pécheurs, qui recevront le pardon de Dieu au jour anniversaire de la mort du Seigneur. C’est aussi une route suivie par toutes les baptisées qui, si possible, consacreront leur vie au Christ pendant le temps de Pâques.

Le carême est donc un temps baptismal. Le baptême est à recevoir. Il est à "re-recevoir" dans le second baptême qu’est le sacrement de réconciliation. Il est aussi à sceller dans la consécration qui engage à le vivre en toute exigence. Il n’y a pas à dissocier les uns et les autres. Le carême n’est pas vécu par un agrégat d’individus chacun occupé de son propre but spirituel, mais par un peuple. Un futur baptisé n’est pas nécessairement une future consacrée. L’un et l’autre vivent en tout cas ce temps au coude à coude.
Les chrétiens vont ensemble vers Pâques. Ils se glorifient humblement d’être chrétiens ou presque chrétiens. L’Église en ce temps prie pour ceux qui vont recevoir le baptême, pour ceux qui vont recevoir le "second baptême", pour les vierges vivant dans le monde qui consacreront leur vie au Christ comme à un époux. Il faut se réjouir que la grand-route soit encombrée. Et il faut s’attrister que nombreux soient ceux qui oublient le baptême, qu’il soit à demander, à renouveler ou à consacrer.

Dimanche II

"Que ton nom soit sanctifié".
En hébreu, la sanctification est une mise à part ou à l’écart : que ton nom soit à part de tous les autres noms. La sainteté de Dieu ne lui interdit pourtant pas d’être proche, elle n’interdit pas que son nom figure dans les dictionnaires parmi tous les autres noms et qu’il ait le pouvoir de devenir l’un de nous.
Le désir de consécration est aussi celui d’une mise à part. Tous les baptisés sont égaux, certains sont plus égaux que les autres. Tous les baptisés sont consacrés (prêtres, prophètes et rois depuis leur baptême), tous n’entendent pas leur Seigneur leur demander de se mettre un tantinet à part. Être à part tout en appartenant pleinement au troupeau, il y a paradoxe sans qu’il y ait contradiction. Il est possible que le Seigneur appelle à la consécration des hommes et des femmes qui seraient incapables d’être bons citoyens du Royaume dans la vie conjugale ou dans une vie de prière qui ne participe pas officiellement à la prière liturgique de l’Église.
La consécration est la "meilleure part" parce qu’elle est meilleure pour celui qui s’y sent appelé. Dire qu’elle est "meilleure" ne revient pas à se vanter mais, tout bonnement, à louer Dieu de proposer à chacun le chemin qui est le meilleur (pour lui).

Dimanche III

"Que ton règne vienne".
Ceux qui prient ainsi doivent avoir le bon sens d’observer qu’ils ne le diraient pas si le règne de Dieu était déjà venu sans reste. Jésus confia cette prière à ses disciples avant Pâques. Mais même après Pâques et Pentecôte, l’Église est temple de l’Esprit dans un monde où le mal règne presque autant que le bien.
Jésus disait aussi qu’il est des "violents" qui tentent de s’emparer du Royaume (Matthieu 11,12). Il nous appelle probablement tous à une sainte violence. Il ne nous appelle pas tous, toutefois, à la violence de la vierge consacrée vivant dans le monde qui veut le Christ pour époux et seul époux, et qui veut, porteuse de l’anneau et du voile, préfigurer (laborieusement !) la vie des saints dans la Jérusalem d’en haut.
Une tentation nous guette tous, croire que l’Église est le Royaume, que Dieu est dans son ciel et que tout va bien dans les murs de nos sanctuaires. Ce n’est pas le cas. Dieu n’est pas impuissant aujourd’hui, il est incontestablement tout puissant, mais une foi dénuée d’espérance ne serait pas chrétienne, et une espérance désireuse d’agir ne le serait pas plus.
Le Dieu qui nous appelle nous met probablement devant un fait accompli : j’ai besoin de toi pour ceci ou cela. Celle qui se consacre à répondre à un tel appel accepte donc que le fait soit accompli, elle ne demande à l’Eglise qu’une ratification. Et le Dieu qui appelle l’appelle à "collaborer" avec Lui. Le Royaume de Dieu n’est pas œuvre humaine. Mais il n’est pas non plus l’œuvre d’un Dieu solitaire. Les consacrées se "vouent" donc à presser sa venue.

Dimanche IV

Et autant dire que les vœux et propositum des vierges consacrées sont indissociables de notre impuissance à les accomplir… Nos ambitions nous jugent. Notre carême passera par la croix, et gare à celui qui croirait que la résurrection doit faire oublier la croix.
"Que ta volonté soit faite"
 : le demanderions-nous si elle était faite sur la terre comme au ciel, et d’abord si nous la faisions nous-même, dans le secret de notre cœur ou dans toute la face visible de notre être ? Toute liturgie chrétienne a pour premiers mots un aveu de notre faiblesse ("Dieu, viens à mon aide…") ou une confession des péchés.
La vierge consacrée est mise à part par l’Église — "sanctifiée", au sens hébraïque du terme. Elle demeure évidemment pécheresse. De tous les pécheurs, parfois, elle est celle qui a la plus vive conscience de ses péchés. Plus nous nous voulons proches de Dieu, plus nous constatons que nous passons notre vie à nous éloigner de lui. La consacrée a inévitablement une certaine honte de son état, inséparable de la joie donnée par l’appel de Dieu.
Les Pères grecs ont un mot pour le sentiment du péché : la componction, penthos. Elle n’interdit pas que la joie soit au fond de nous — ne se consacrent à Dieu que des baptisés, qui sont des sauvés et qui doivent exulter de l’être. Cette joie doit toujours être liée à une gravité. Nous ne méritons pas d’être sauvés. Celle qui a revêtu le voile d’allégresse doit savoir que sa première prière est "prends pitié du pécheur que je suis".

Dimanche V

"Convertissez-vous" !
Dans le rituel de la profession monastique, la première chose que la future moniale demande à sa future communauté est la "conversion des mœurs", conversio morum. La vie chrétienne toutefois peut être nourrie de consécration sans être vécue en communauté. Mais peut-être la consacrée a-t-elle des exigences à faire peser sur l’Église alors même qu’elle veut d’abord donner à l’Église. La vie consacrée n’est pas consacrée en soi, pas plus qu’il n’y a des prêtres ou des évêques en soi.
Le prêtre est prêtre pour cette communauté, la vierge consacrée vivant dans le monde est consacrée au service visible ou moins visible de tel diocèse. Dans toute communauté, le prêtre, la vierge consacrée, etc., tous ont le statut de signes. Qu’en serait-il d’un signe, toutefois, si personne n’en reconnaissait la signification ? Et pour cette raison, il n’est pas de consécration heureuse sans que des frères et des sœurs aient à cœur de reconnaître cette consécration et d’avoir une charité, aider la consacrée sur son chemin propre de conversion.
Frères, venez à mon aide. Voyez mon péché (il est toujours facile à voir), aidez-moi sur le chemin de la conversion. Vous voyez qui je suis, voyez aussi ce que ma consécration veut dire. Et le voyant, aidez-moi à la vivre.
"Nul homme n’est une île" (J. Donne). Pas de consécration sans communion. Et si j’ai à être facteur de communion, j’ai aussi à être porté par une communion. Il y a une manière spécifique, pour la vierge consacrée, de vivre son sacerdoce de baptisée. Attendons de nos frères et sœurs qu’ils exercent aussi à notre égard une manière spécifique de vivre charitablement le leur…

Dimanche VI

Et tout nous conduit, provisoirement, au silence de la croix. En croix, le Verbe ne parle pas, ou presque pas. La joie de suivre le ressuscité implique la confiance de ceux qui suivent le crucifié. La croix, surtout, n’est pas une manière de parler ou un rappel pieux fait après la résurrection. Un seul fut crucifié pour nous sauver. Nul ne collabore au salut du monde. Le disciple en tout cas est lui aussi un crucifié, ou en tout cas un crucifiable.
La vierge consacrée vivant dans le monde, le prêtre, sont d’abord les hommes et les femmes d’un renoncement. Des relations leurs sont ôtées. Israël se savait peuple époux de Dieu, mais le renoncement au mariage humain y était impensable. Ne vouloir être qu’à Dieu est exorbitant : nous n’y parvenons jamais.
Tenter de le faire est un presque scandale, ou une entreprise presque comique, dans un monde qui fait de son mieux pour éviter Dieu, et où chacun se "consacre" aux tâches, ou aux "valeurs", qu’il choisit lui-même. Le Christ crucifié est un candidat messie qui a échoué. Celle qui le suit, osons le dire, est une ratée aux yeux du monde. Il faut qu’elle le sache. Il faut qu’elle y trouve sa joie. Elle doit perpétuellement savoir qu’elle fait partie de ceux qui jugent le monde.

(18 février 2015) © Innovative Media Inc.


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